Les vénézuélien(ne)s ont voté : résultats et clefs du rebond de participation.

Élections municipales et régionales au Venezuela : 90 % des voix dépouillées. Hausse de la participation : près de 42 % (soit un bond de 11% par rapport au scrutin législatif de décembre 2020). Victoire historique du chavisme qui remporte 20 des 23 états en lice et qui gagne la mairie de Caracas avec Carmen Melendez (photo ci-dessous). La droite gagne Nueva Esparta et deux nouveaux états : Cojedes et le Zulia, état pétrolier stratégique.

Le PSUV (principal parti du chavisme) a gagné dans les États d’Amazonas (40,16 %), Anzoátegui (45,98 %), Apure (43,33 %), Aragua (51,76 %), Barinas (42. 10 %), Carabobo (54,94 %), Delta Amacuro (59,95 %), Falcón (43,39 %), Guárico (47,07 %), La Guaira (50,12 %) et Lara (45,91 %).

Victoire également à Mérida (40,42 %), Miranda (48,19 %), Monagas (45,59 %), Portuguesa (45,78 %), Sucre (46,71 %), Táchira (41,03 %), Trujillo (41,48 %) et Yaracuy (45,89 %).

D’autre part, les forces de la droite ont gagné dans trois États, dont deux sont allés à la Mesa de la Unidad Democrática (MUD), Cojedes (48,52 %) et Zulia (56,90 %), et le gouvernorat de Nueva Esparta avec « Fuerza Vecinal » (42,56 %).

Pourquoi y a-t-il eu un regain de participation électorale ?

La hausse de 11 % de la participation s’explique par plusieurs facteurs : à commencer par le retour dans le champ démocratique de partis de droite/extrême droite qui jusque-là appelaient au boycott et préféraient jouer la carte du coup d’État, grâce à l’image sédimentée par les grands médias (« Venezuela=dictature »).

Lors des négociations récentes appuyées par le Mexique, l’aile putschiste a accordé son retour dans le champ électoral, et souhaite à présent suivre une autre voie, celle du travail politique de terrain. Face au retour d’une droite qui reste, comme ailleurs en Amérique Latine (Bolivie, Brésil, Pérou, Mexique, Chili etc..) incapable de sortir de son colonialisme, malgré ses déguisements, et surtout de sa soumission/admiration pour les USA et l’Europe, se rallume alors l’âme rebelle, indomptable d’un peuple qui même s’il critique souvent la gestion gouvernementale, n’acceptera jamais de revenir à la case du « fouet et de l’esclave ». C’est l’essence profonde du chavisme.

Il est significatif par exemple que le communard Angel Prado a été élu maire de Simón Planas (état de Lara) avec 53% de participation (12 % de plus que la moyenne nationale) : la commune El Maizal incarne en effet la stratégie originale de Chavez, celle d’organisations communales destinées à exercer une démocratie directe et à créer les conditions de la souveraineté alimentaire. Il ne faut pas sous-estimer non plus la dynamique participative au sein même du PSUV, seul parti a avoir organisé au mois d’août des primaires internes pour évaluer les gestions et choir les meilleur(e)s candidats. Ce renouvellement a oxygéné et remobilisé le parti, faisant place en partie à une nouvelle génération, à participation fortement féminine.

Il y a aussi, la sortie de la pandémie (l’OMS confirme que le Venezuela a écrasé la courbe de la pandémie). Le pays a rouvert les services publics, les espaces éducatifs, les transports avec la plus grande liberté et sécurité qui en découlent pour la population. Enfin l’usure et la fatigue sociales causées par le blocus et la guerre économique des USA et de l’UE commencent à faire place à un optimisme modéré de la population, palpable dans les rues et l’activité commerciale, grâce à la reprise économique attestée par des agences d’étude économique occidentale comme le Crédit Suisse qui prévoit un retour de la croissance.

Ce qui explique d’ailleurs le retour au pays, chaque semaine, de dizaines ou de centaines de vénézuélien(ne)s à bord des vols gratuits que le gouvernement met à leur disposition (sur la compagnie publique Conviasa), et qui avaient été forcé(e)s d’émigrer à la suite du blocus occidental.

Les vénézuélien(ne)s ont voté : résultats et clefs du rebond de participation.