Toutes les élections étatsuniennes sont frauduleuses, alors taisez-vous à propos du Nicaragua

9 novembre 2021

Caitlin JOHNSTONE

Les médias occidentaux font aujourd’hui leurs gros titres sur une élection truquée, non pas aux États-Unis ou dans l’une des autres puissantes nations qui leur sont alliées et dont les élections sont systématiquement frauduleuses de fond en comble, mais dans la petite nation d’Amérique centrale du Nicaragua.

Une recherche sur Google ne donne que des articles dénigrant l’élection au Nicaragua et ses résultats. Comme l’a signalé sur Twitter Left I on the News, la couverture de la victoire du président Daniel Ortega par CNNvoyait défiler un bandeau avec des guillemets autour des deux mots “élection” et “victoire”, et un présentateur déclarant carrément “Ortega a obtenu 75 % des voix, des résultats que nous savons illégitimes”.

La correspondante du New York Times, Natalie Kitroeff, a rapporté qu’Ortega avait “arrêté tous les adversaires crédibles, fermé les partis d’opposition, interdit les grands événements de campagne, fermé en masse les bureaux de vote” et qu’il n’y avait “aucun panneau d’affichage ni aucune affiche de campagne” pour l’opposition. Toutes ces affirmations ont été carrément réfutées par les observateurs qui ont rendu compte de la situation sur place, comme Wyatt ReedBen NortonMargaret KimberlyAhmed KaballoCaleb Maupin et d’autres.

Fausses nouvelles absurdes du NY Times, le porte-parole du gouvernement américain : Contrairement à ce propagandiste, je suis au Nicaragua et je fais un reportage sur les élections. Je suis allé dans 4 bureaux de vote différents ; ils étaient tous pleins, avec un processus totalement calme et transparent. Il y a 7 options sur le bulletin de vote, 6 de l’opposition.

Cette inquiétude des médias à propos des élections au Nicaragua ne serait pas aussi absurde si les élections aux Etats-Unis et dans les pays alliés étaient loin d’être exemptes de fraude et de manipulation.

On croit souvent à tort que rien ne change jamais dans le statu quo politique américain parce qu’une lutte idéologique entre deux factions égales et opposées maintient les choses dans un état de blocage où il est impossible de faire avancer les changements qui profiteraient aux Américains ordinaires. En réalité, ces deux “factions” sont parfaitement alignées sur tous les plans, sauf les plus superficiels, les compétitions électorales entre elles sont dominées par une classe de donateurs ayant un intérêt direct à protéger le statu quo, les candidats qui s’affrontent sont présélectionnés par un processus primaire corrompu et méticuleusement contrôlé afin de s’assurer que le public ne vote que pour ceux qui préserveront l’oligarchie et l’empire, et les partis tiers sont constitutionnellement empêchés de devenir politiquement viables.

Toutes les élections américaines pour les postes de pouvoir réel sont frauduleuses. Aucune d’entre elles ne permet une véritable opposition. C’est un système à parti unique contrôlé par des institutions ploutocratiques et militaires frauduleusement déguisées en démocratie, et pourtant des gens qui se disent “journalistes” ont la témérité de critiquer l’intégrité des élections en Amérique latine sans jamais critiquer les leurs.

Pour une fois, il serait formidable d’entendre une discussion généralisée sur le trucage des élections américaines sur le même ton alarmé que les trolls des médias parlent de nations comme le Nicaragua, la Bolivie ou le Venezuela. “Très alarmant la façon dont les tiers sont interdits de participation au débat présidentiel américain.” “Inquiétant de voir comment toute opposition réelle à la structure du pouvoir américain est bannie des médias grand public.”

Chaque fois que je soulève ce point, les gens me disent : “Les États-Unis n’emprisonnent pas leurs leaders d’opposition politique comme d’autres pays tyranniques !”

C’est uniquement parce que les États-Unis n’ont pas de leaders d’opposition politique. Il n’y a pas de politiciens américains ayant un quelconque intérêt politique qui s’opposent de manière significative à la structure du pouvoir en place. Toute véritable opposition a été étouffée ; tout ce que vous obtenez, ce sont deux laquais pratiquement identiques de l’empire oligarchique qui se chamaillent pour des futilités narratives sans importance, comme le fait de savoir si la théorie de la race critique est enseignée ou non dans les écoles.

Il n’y a pas de véritable opposition à la structure de pouvoir américaine dans la politique électorale ; elle a été trop agressivement écrasée génération après génération depuis l’époque où elle incarcérait ouvertement des dissidents politiques comme Eugene Debs pour “sédition”. Et quiconque s’approche de près ou de loin de la menace de cette structure de pouvoir en dehors de la politique électorale est effectivement emprisonné, comme nous le voyons actuellement dans des cas comme celui de Julian Assange.

Il n’y a aucune raison valable de croire les récits impériaux officiels concernant le Nicaragua ou toute autre nation ciblée par l’empire, à la fois parce que les États-Unis sont pratiquement toujours beaucoup plus coupables de ce dont ils accusent leurs ennemis et parce que leur institution politique et médiatique ment constamment. Si vous croyez le récit dominant sur n’importe quelle nation ciblée par les États-Unis, vous vous retrouverez du mauvais côté des débats sur cette nation, parce que l’empire américain est l’institution la plus corrompue et la plus meurtrière sur terre et que son pouvoir est maintenu en place par les mensonges et la propagande.

Plus tôt vous aurez votre moment “c’est donc nous les méchants ?”, plus vite vous arriverez à la vérité.

L’empire américain – et j’entends par là les États satellites du monde entier qui soutiennent ses programmes de domination planétaire – n’a pas à critiquer des gouvernements bien moins puissants, bien moins destructeurs et bien moins corrompus. Les élections dans cette structure de pouvoir centralisée aux États-Unis sont constamment truquées de multiples façons pour assurer la survie du statu quo politique sur lequel elle est construite, et si les grands médias existaient dans le but de pratiquer le journalisme, nous en serions tous parfaitement conscients.

Jusqu’à ce que vous viviez dans une nation avec une vraie opposition politique et de vraies élections, vous devriez peut-être fermer votre gueule sur des pays comme le Nicaragua.

Caitlin Johnstone

Traduction “C’est comme ça pour tout, partout et depuis toujours” par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

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