Haïti : Les Etats-Unis derrière l’assassinat de Jovenel Moïse

L’île d’Haïti est située en mer des Caraïbes, dans la zone centrale des Antilles. Considérée comme le pays le plus pauvre du continent américain, elle occupe le tiers occidental de l’île qu’elle partage avec la République Dominicaine.

 

On parle d’Haïti dans les analyses internationales pour ses problèmes d’instabilité sociale , d’émigration, les catastrophes dues à des phénomènes naturels qui la touchent ou pour des tragédies politiques comme l’assassinat, en juillet 2021, du président Jovenel Moïse.

 

Haïti a été le premier pays d’Amérique Latine à prendre son indépendance au début du XIX ème siècle (1804) grâce à un processus révolutionnaire original qui a combiné l’abolition de l’esclavage de la population noire et l’indépendance politique par rapport à la France. Une révolte d’esclaves dirigée par l’homme politique et militaire François Dominique Toussaint L´Ouverture et des dirigeants comme Jean Jacques Dessalines qui a proclamé, en 1804, l’indépendance de cette zone occidentale de l’île d’Hispagnola appelée Haïti (Terre de Montagnes) en hommage aux habitants d’origine de l’île.

 

Cette Terre de Montagnes, pleine de difficultés environnementales, a subi une déforestation de 95% de son territoire qui favorise l’apparition de phénomènes naturels comme les tempêtes tropicales qui provoquent de graves inondations et l’augmentation de la surface de sols peu fertiles due à l’érosion. Malgré cela, Haïti reste un territoire géo-stratégiquement très important à cause de sa proximité avec les Etats-Unis et de l’intérêt que ceux-ci du fait que ceux-ci cherchent à contrôler Cuba, le voisin immédiat d’Haïti par la mer et passage aérien et maritime intermédiaire vers la République Bolivarienne du Venezuela, 2 pays soumis par Washington à une politique de pression maximale.

 

Des Etats-Unis où sont présentes des organisations non gouvernementales et des fondations comme celle de l’ancien président Bill Clinton qui ont une forte influence sur la vie politique et économique d’Haïti et provoquent des distorsions politiques, économqiues et sociales.

 

Une augmentation marquée de la corruption sert de catalyseur à la crise politique et socioéconomique dans cette fragile république dans laquelle l’absence d’institutions de l’Etat qui s’occupent de satisfaire les besoins de la population est une réalité. Tout cela s’ajoutant à l’aggravation de la lutte entre les principaux groupes criminels et à l’augmentation de l’émigration, du commerce des armes et de la contrebande de drogues qui ont déclenché des signaux d’alarme dans l’empire et en même temps atténuent toute information relative à l’assassinat du président Moïse à cause des embrouilles qui recouvrent tous ces phénomènes.

 

Jovenel Moïse a été exécuté le 7 juillet 2021, dans sa propre maison où a été également blessée sa femme Martine. Un crime commis par uen vingtaine de mercenaires – des militaires colombiens engagés par l’entreprise Counter Terrorist Unit Federal Academy (CTU) située à Miami et dirigée par un Vénézuélien proche du président colombien Iván Duque, Antonio Emmanuel Intriago et 2 haïtiens de nationalité étasunienne.

 

Des mercenaires qui ont reçu un entraînement militaire aux Etats-Unis, ce qui a été confirmé par le Pentagone, dans le cadre de programmes de coopération avec l’Armée colombienne dans le domaine de la sécurité. Certains de ceux qui ont été arrêtés auraient même travaille pour la DEA, l’agence anti-drogues des Etats-Unis et pour le FBI, ce qui rend peu probable le fait que dans les hautes sphères politiques nord-américaines, on n’ait pas eu connaissance de ce plan d’assassinat du président de la République.

 

On a dit que l’auteur intellectuel de cet assassinat serait le médecin étasunien d’origine haïtienne résidant en Floride – une terre fertile en mercenaires, exilés d’extrême-droite et où de constantes attaques sont perpétrées contre des pays latino-américains – Christian Emmanuel Sanon, qui aurait eu des contacts avec le chef de la sécurité du palais présidentiel dans la capitale haïtienne, Dimitri Herard, qui a fait de nombreux voyages à Bogotá, Panamá et Miami pendant les semaines qui ont précédé l’assassinat du président Moïse.

 

On a appris, selon l’Agence AP, que Sanon aurait été approché, en Floride, par des personnes disant représenter le département d’Etat et le département de la Justice des Etats-Unis qui voulaient le mettre à la présidence d’Haïti sans préciser qu’on voulait tuer Moïse.

 

Pour sa part, Martine Moïse, l’ancienne première dame d’Haïti, a accusé l’oligarchie du pays d’être derrière l’assassinat de son mari. Une oligarchie étroitement unie aux Etats-Unis et à la France et qui s’était opposée aux changements annoncés par Moïse qu’elle qualifiait « d’usurpateur » parce qu’il n’avait pas abandonné son poste le 7 février 2021 comme prévu.

 

Les médias pro-étasuniens et les médias étasuniens eux-mêmes évitent de faire des déclarations publiques concernant l’assassinat de Jovenel Moïse, en partie à cause des liens que Moïse avait avec ce pays. Il n’y a pas de discussions importantes à ce sujet, ce qui témoigne de l’intérêt qu’ont les élites politiques haïtiennes loyales à Washington à cacher les véritables causes et les éventuels responsables du crime, ceux qui l’ont imaginé, financé et mené à bien.

 

Souvenons-nous qu’immédiatement après ce crime, le Gouvernement de Joe Biden avait envoyé des représentants politiques et militaires et même un groupe spécial du FBI pour apporter « une assistance et des conseils » aux autorités haïtiennes nouvellement nommées par le premier ministre en exercice Ariel Henry pour installer les forcespolitiques contrôlées par Washington à la tête du pays.

 

Le premier ministre Ariel Henry (nommé le 5 juillet 2021, 2 jours après l’assassinat de Moïse) a affronté une brève période d’incertitude pendant laquelle le premier ministre par intérim Claude Joseph avait même demandé l’intervention de troupes nord-américaines. Une possibilité qui avait été sérieusement étudiée, selon la porte-parole de al Maison Blanche Jenn Psaki mais qui a été abandonnée sous la pression internationale qui a fait pencher la balance du côté d’ Henry et l’a confirmé à son poste le 20 juillet en lui murmurant l’ordre de construire une base politique fidèle à Washington.

 

Un Henry qui, le 29 septembre dernier, a destitué les 9 membres du Conseil Electoral Provisoire (CEP) après les avoir accusé d’être « partisans. » Une décision qui retarde les élections prévues pour le 7 novembre qui auraient coïncidé avec un appel au referendum destiné à modifier la Constitution actuelle.

 

Une décision qui viole ce qu’on appelle « l’Accord de Gouvernement Pacifique et Efficace » signé entre Henry et plus d’uen centaine d’organisations politiques haïtiennes 2 semaines avant la destitution des membres du CEP et prévoyait des élections pour le second semestre de 2022.

 

Ariel Henry, qui a fait ses études de médecine en France et aux Etats-Unis est lié à l’église des saints des derniers jours (mormons) et a même été accusé de complicité dans l’assassinat de Jovenel Moïse. Il a décidé de faire avancer les élections présidentielles et en même temps de modifier la Constitution comme le voulait un Moïse contesté.

 

On accusait celui-ci de rechercher des mécanismes politiques pour garantir l’impunité des membres de son gouvernement accusés de corruption et soutenir des multinationales intéressées par l’exploitation de l’or et de l’argent dans ce pays de 27 750 kilomètres carrés dans un cadre constitutionnel qui donnerait au Président le pouvoir de décision sur les concessions minières et garantirait l’exploitation par les compagnies étrangères.

 

La question est de savoir si la nouvelle Constitution sera ou non favorable aux multinationales étrangères.

 

La totalité des faits disponibles, l’histoire des interventions, des agressions, l’organisation de l’instabilité, le soutien à des assassinats de dirigeants et le financement de coups d’Etat dans toute l’Amérique Latine dont les Etats-Unis ont été le principal acteur nous indiquent que Washington a travaillé à l’élaboration d’un scénario de changement favorable à ses intérêts en Haïti.

 

Un scénario qui a consisté essentiellement à saper fortement la situation politique intérieure avant l’assassinat de Jovenel Moïse – qui ne servait déjà plus les intérêts de Washington en étant hors de contrôle et trop exposé à cause de ses liens avec la corruption, la spoliation des classes les plus défavorisées et ses relations étroites avec des bandes armées – un scénario qui se poursuit aujourd’hui avec l’exigence de fixer des élections qui favorisent les groupes pro-étasuniens et dans lequel le changement de Constitution favoriserait et renforcerait la domination étrangère sur les richesses que possède encore Haïti.

 

Une campagne qui a provoqué la destitution de fonctionnaires qui représentaient un frein aux intentions de l’actuel premier ministre, à la désorganisation du système de gouvernement en stimulant le pouvoir des forces pro-étasuniennes.

 

Washington, grâce au travail de sape de l’OEA et de son secrétaire général, l’Uruguayen Luis Almagro, a étudié la réaction des puissances critiques envers l’ingérence nord-américaine en Haïti ainsi que celles des org naisations internationales pour adapter son plan d’hégémonie pour qu’il lui permette de modifier des points qui sont un frein à l’objectif de domination d’Haïti sans provoquer de critiques dans la région ni dans le monde.

 

L’idée est de mettre en place un plan de domination qui serve à implanter des « révolutions de couleur » dans d’autres pays d’Amérique Latine désignés par l’impérialisme : Cuba, le Nicaragua, le Venezuela ou d’autres qui sortent du chemin fixé par la puissance du Nord.

 

Haïti semble avoir été le terrain d’expérimentation qui permette d’assassiner d’autres présidents sur notre continent et ici, comme toujours, dans l’ombre, cachée, il y a la main de Washington.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

 

Source en espagnol :

https://www.telesurtv.net/bloggers/Asesinato-del-presidente-de-Haiti-Washington-en-las-sombras-20211014-0001.html

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