Brésil : Pourquoi le Gouvernement ne tombe-t-il pas ?

Par Paulo Cannabrava

 

Dans cet article, l’auteur soutient que la situation actuelle, au Brésil, est une situation de guerre, c’est pourquoi il n’est pas possible d’improviser ce qui rend impérieuse la nécessité « d’annuler l’élection de Bolsonaro et de Mourão».

 

C’est un scandale après l’autre et chaque fois le suivant est pire que le précédent. Les crimes qui se produisent sont plus qu’évidents mais ce qui prévaut, c’est le discours qui dit que le Gouvernement en a fini avec la corruption, que les corrompus et les communistes veulent revenir au pouvoir et qu’ils est là pour que cela ne se produise pas.

 

Pedro Castillo, le président du Pérou, s’est levé et a quitté la session plénière de l’Assemblée Générale de l’ONU quand le représentant du Gouvernement militaire d’occupation du Brésil est monté à la tribune pour faire son discours. L’attitude digne de quelqu’un dont la légitimité de l’élection a été mise en cause par ce Gouvernement. Car c’est un Gouvernement illégitime.

 

Pour beaucoup, Bolsonaro a fait défiler une série de mensonges et d’incongruités mais ce discours est celui qui reste dans les anales de l’ONU, qui a été entendu par tous les représentants des pays membres, qui a été publié au Journal Officiel de l’Union. C’est la version officielle qui reste. Nous avons 2 Brésil, celui du Gouvernement et le Brésil réel, celui du “pibito”, du peuple qui a faim et aime être trompé.

 

Dans ma vie de journaliste, j’ai eu l’occasion de couvrir d’importants forums mondiaux, des réunions de l’UNCTAD, de l’ONUDI, des Pays non Alignés, des Assemblées de l’OEA et d’autres. En aucun d’entre eux, aucun des représentants des pays n’a été aussi présent dans les médias. Ici, au Brésil, les militaires sont ceux qui dictent les règles aux médias locaux et sont capables de dicter les règles à la presse mondiale.

 

La seule journaliste de la presse hégémonique qui a rendu compte de ce qui s’est réellement passé est Eliane Brun, d’El País. Bolsonaro s’est moqué de l’ONU et du monde. « Bolsonaro s’est moqué de la démocratie à la tribune mondiale, ses mensonges ont été traduits en plusieurs langues et il est rentré chez lui acclamé par ses partisans pour son authenticité et pour avoir eu le courage d’affronter la partie de la planète qui le méprise. »

 

Une suite de 50 personnes

 

Une autre grande moquerie. Quelqu’un est sorti se promener avec le coronavirus et il a le Covid-19. C’est juste le ministre de la Santé, le médecin négationniste Marcelo Queiroga qui a fait un geste obscène en direction du peuple qui protestait. Résultat : il est en quarantaine pour 10 jours à New York. Cela coûte 30 000 R$ évidemment payés avec de l’argent public, sinon ce ne serait pas drôle.

 

Je me souviens que dans les premiers mois de son gouvernement, en 2019, Bolsonaro et sa suite ont rendu visite officiellement à Donald Trump, qui était président des Etats-Unis. A leur retour au Brésil, sur les 48 membres de la délégation, 28 avaient le COVID. A cette occasion, on a donné au SARS-CoV-2s le surnom de Virus de Trump. Bolsonaro, on l’a hospitalisé à l’hôpital militaire de Brasilia et il en est sorti en se disant guéri. La question de savoir s’il a été ou non vacciné a été déclaré secrète ôur 100 ans par édcret présidentiel. Paie-toi sa tête, ce peuple aime être trompé.

 

Tous les membres de la délégation ont fait preuve d’un grand cynisme. On voit sur les vidéos qu’ils s’amusent des protestations contre eux dans les rues de New York.

 

Stratégie de communication

 

André Singer, dans un article publié dans le journal Etat de São Paulo le 12 novembre, avertit que l’objectif de la stratégie de la communication adoptée est de causer de la confusion. C’est simple. Combien de fois avons-nous alerté sur les techniques de diversion utilisées par les militaires au Gouvernement ? Pour le scientifique, homme politique et professeur à l’université de São Paulo, « la stratégie vise à causer de la confusion, à désorganiser les adversaires et la société qui ne comprennent pas que ce processus doit être arrêté. »

 

C’est ainsi. Il faut en finir avec cette bringue. Une attaque à main armée des coffres publics, littéralement, car ce sont eux qui ont les armes.

 

Pendant ce temps, les gens qui se disent de gauche ne s’unissent même pas pour dire “Bolsonaro, dehors !” Ils n’ont même pas été capables d’identifier la nature de ce Gouvernement : un Gouvernement militaire d’occupation, des troupes prétoriennes au service de l’Empire.

 

Des banquiers et des patrons aux sans terre et sans toit en passant par les cardinaux catholiques et les pasteurs évangéliques et plus d’une douzaine de partis politiques, une seule voix pour crier “Bolsonaro, dehors !” Il ya ceux qui accréditent l’idée qu’il existe un consensus dans la société civile sur la destitution.

 

Pourquoi le Gouvernement ne tombe-t-il pas ?

 

La Conférence Nationale des Evêques s’est déclarée officiellement et il y a de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux de pasteurs évangéliques opposés à la dictature et au Gouvernement d’occupation. Ils sont fatigués. Ils survivent au jour-le-jour avec la misère qui se propage dans les familles dans les périphéries.

 

Des documents de la Fédération des Banques et de divers groupes de patrons affirment que la société brésilienne n’acceptera pas de solution autoritaire mais insistent sur une troisième voie qui n’a rien de « troisième », c’est à peine plus la même chose. On n’a jamais autant parlé de troisième voie mais ils sont incapables de présenter un nom qui soit viable.

 

Ce serait comique si ce n’était pas tragique car il leur manque quelqu’un pour conduire le processus. Ils n’ont pas de dirigeants connus qui atteignent les 2 doigts dans les enquêtes pré-électorales. Ils ont des opportunistes médiocres comme Aécio Neves, João Dória ou le vieux Fernando Henrique Cardoso. Ils essaient des vedettes de la télévision en pensant que grâce à leur notoriété, ils pourraient gagner des voix.

 

Ils ont des médias qui critiquent le Gouvernement pour avoir peu avancé dans l’ordre du jour néolibéral de liquidation des entreprises d’Etat et de dérégulation totale de l’économie.

 

Quelle frustration !

 

D’autre part, Lula du PT, a perdu 3 élections depuis 1989, et en a gagné 2 en étant réélu et 2 de plus avec l’élection de Dilma Rousseff. Il en aurait gagné 1 de plus si, en 2018, il avait pu se présenter dans des conditions d’égalité. Cette élection lui a été volée, pas seulement à lui et au PT mais à tout le pays qui avait le droit de voter pour qui il voulait élire. Lula a, par conséquent, tout à fait le droit de se présenter en 2022. La Nation le lui doit comme réparation.

 

Les Tribunaux Judiciaires et Electoraux doivent faire leur mea culpa. Ils son responsables de la farce électorale de 2018. Il y avait un général qui était conseiller du président de la Cour Suprême et qui a obéi aux commandants des forces armées qui voulaient que le Tribunal Suprême écarte Lula de cette élection.

 

Une éventuelle troisième voie, la véritable, passe par eux. Sans Bolsonaro et les forces armées dans la bagarre, la politisation se défait immédiatement et sans discussion. N’importe qui qui se présenterait serait le second ou le troisième nom pour une bataille électorale en égalité de conditions pour tous les candidats.

 

Le gros problème pour les élections de 2022, c’est le Gouvernement militaire d’occupation. Ils ont envisagé de prendre le pouvoir et sont en train d’envisager d’y rester à perpétuité. Ce sont leurs plans de guerre.

 

Seul le poids du peuple dans les rues pourrait changer cela : la victoire électorale par la fraude – une farce judiciaire comme en 2018. C’est pourquoi il est impératif de renverser tout le Gouvernement, il ne suffit pas de destituer Bolsonaro, il faut renverser tout le Gouvernement pour que ce ne soit plus les militaires qui président le processus électoral. Il faut le répéter jusqu’à plus soif.

 

Michel Temer, l’illégitime, a pris le pouvoir après le coup d’Etat contre Dilma, un spécialiste en destitution, a déjà donné son verdict : dans uen année d’élection, la destitution est brutale. Ce n’est pas une solution à la crise. En effet, ce n’en est pas une. Le Gouvernement entier doit tomber, il faut annuler l’élection illégitime de 2018, ordonner aux militaires de rentrer dans leurs casernes.

 

Il ya ceux qui disent que la capitaine Bolsonaro est malade, qu’il n’est pas en condition de rester à son poste. Ses viscères l’ont à nouveau conduit à l’hôpital et ce peut être un voyage sans retour. Il fait appel à cela. Il veut consolider son histoire en tant que mythe. Le cirque qu’il a fait à New York corrobore l’image du mythe.

 

Ce qui est sûr, convenons-en, c’est qu’il a investi les médias locaux et même les médias étasuniens. Il n’y a pas de précédent d’un président qui a eu autant d’espace dans les médias des Etats-Unis. Au Brésil, on neparle que de cela mais chaque jour, dans l’ombre, ils nous apportent une nouvelle loi sur la sécurité ou le rétablissement du vieux Service National d’Information de la dictature. L’actuelle Agence Brésilienne d’Information est actuellement une réplique du SNI avec des ramifications dans tous les organes de l’administration publique, dans les entreprises et dans les universités.

 

Avec Bolsonaro hors du combat, on calmerait les représentants du PIB et de la société organisée et la transition serait conduite par le général Hamilton Mourão, le vice-président, et les 15 généraux pour garantir la victoire aux élections de 2022.

 

Il faut tenir compte du fait que Mourão a son propre ordre du jour : des rencontres avec des personnalités politiques, des événements avec des patrons, des articles dans les journaux, un bon accueil de lapart des médias. Que Bolsonaro démissionne ou meure ou simplement soit déposé, Mourão prend le pouvoir avec un discours destiné à satisfaire les partisans de la troisième voie, ceux qui ne veulent ni Bolsonaro ni Lula, les patrons et les financiers préoccupés parce que Guedes, le super-ministre de l’Economie, ne respecte pas ce qu’il a promis : plus de privatisations, plus de dérégulation.

 

Avec 1 an de plus au gouvernement et une propagande intense, isl espèrent changer la situation politique et les résultats des sondages. Ils affirment aussi que ce sont les forces armées qui doivent présider les élections. Une grande victoire. Finalement, le discours : Lula est un voleur, Lula est communiste, nous allons libérer le pays du socialisme comme nous l’avons fait en 1964 et en 2018 s’impose.

 

Lula, si on regarde sa trajectoire depuis les années 1970, n’est pas et n’a jamais été un révolutionnaire. Il était anticommuniste,  : P4 tracé les lignes anti-getuliste1, anti-brizoliste2, il a domestiqué le mouvement syndical. Le résultat est là. En pulvérisant le mouvement syndical en 14 centrales syndicales, il a été incapable d’arrêter le démantèlement des droits du travail et du mouvement syndical même. En perdant les sources de soutien, ils ont perdu leur âme.

 

Mais Lula est celui que nous avons. Avoir vécu intensément cette dernière décennie l’a rendu meilleur. Il a évolué, sans aucun doute. Maintenant, il s’est réconcilié avec Vargas et il s’est rendu compte que derrière toutes les manœuvres pour le liquider politiquement, il y a les Etats-Unis. La conscience anti-impérialiste est essentielle pour comprendre le Brésil. Cette conscience anti-impérialiste a fait de lui un homme nouveau, capable de comprendre que la lutte est une lutte de libération nationale.

 

Le front de sauvetage national est un front large. Dans celui-ci, il faut tous les démocrates, les anti-impérialistes et les antifascistes.

 

Lula veut revenir au pouvoir et il a tout à fait le droit de le vouloir. Il veut gouverner pour les pauvres. Cela suffit déjà comme drapeau depuis qu’il est associé à la récupération de la souveraineté et à la construction de l’indépendance.

 

Mais la situation, comme nous l’avons vu, n’est pas une situation de paix et d’amour. C’est une situation de guerre. Le peuple a besoin de quelqu’un qui lui dise la vérité ? Les manifestations de rue doivent être bien ciblées : ordonner aux militaires de rentrer dans leurs casernes avant les élections.

 

Le peuple est à nouveau invité à descendre dans la rue le 2 octobre. Des millions de familles pleurent les 600 000 morts du COVID, une conséquence de la narco-politique du Gouvernement. Si toutes les familles qui ont perdu l’un de ses membres à cause de la pandémie descendent dans la rue, nous dépasserons les records de mobilisation.

NOTES de la traductrice:

1Getulisme : sorte de pragmatisme politique inspiré de Gétúlio Vargas qui fut président du Brésil et se suicida en 1954

2Brizolisme : de Leonel Brizola, gouverneur de l’état de Rio de Janeiro en 1982 pour le Parti Démocratique Travailliste.

 

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar infos

 

Source en espagnol :

https://www.resumenlatinoamericano.org/2021/10/04/brasil-por-que-no-derrumban-al-gobierno-militar/

URL de cet article :

http://bolivarinfos.over-blog.com/2021/10/bresil-pourquoi-le-gouvernement-ne-tombe-t-il-pas.html