Au Chili la Constitution sera rédigée avec la gauche

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Julián Inzaugarat, 17 mai 2021

Le Chili a vécu son jour d’élection historique pour laisser derrière lui l’héritage de Pinochet. Les résultats préliminaires montrent une défaite retentissante de la droite et des partis traditionnels pour la Convention constituante. Les forces de gauche et de centre-gauche auront la majorité des 155 électeurs qui rédigeront la nouvelle Magna Carta.

 Avec un peu plus de 43 % de participation, les résultats du Service électoral (Servel) montrent que Vamos por Chile, la force qui répond à l’actuel président Sebastián Piñera, a remporté 37 sièges avec 20,56 % des voix au niveau national.

 Une bonne performance a été celle de la liste de gauche Apruebo Dignidad, qui est arrivée en deuxième position sur la totalité des votes avec 18,74% et qui devrait avoir 28 électeurs. Pour sa part, la liste Apruebo (ancienne Concertación, qui a gouverné le Chili entre 1990 et 2010) a obtenu 14,46% et atteindrait 25 sièges.

 La grande surprise est venue des indépendants qui ont remporté 47 sièges, qui au total ont obtenu plus de voix que les listes de Vamos por Chile, Lista del Apruebo et Apruebo Dignidad. Alors que 17 sièges sont réservés aux peuples autochtones, en faveur d’une modification substantielle de la Constitution et d’une éventuelle proposition de faire du Chili un État plurinational.

 Parmi les indépendants, il faut souligner la grande participation de la Liste du Peuple, une liste qui a réuni 138 candidats dans 22 districts du pays, et qui a obtenu l’élection de 27 de ses candidats, parmi lesquels celle qui est connue sous le nom de “Tía Pikachú” (Tante Pikachú). Dans leurs professions de foi, ils sont d’accord sur la recherche d’un État environnemental, égalitaire et participatif.

 De même, ils rejettent les partis politiques traditionnels, non seulement ceux de droite, regroupés dans Vamos por Chile, mais aussi ceux de l’ancienne Concertación Democrática, aujourd’hui regroupés dans la Lista del Apruebo (Liste de l’approbation).

 Un autre groupe d’indépendants ayant obtenu de bons résultats est celui des “Indépendants non-neutres”, qui a atteint environ 7,9 %, avec 11 électeurs. Ce groupe se positionne comme centre-gauche, plus proche de la Liste d’Approbation.

 Avec ces résultats, les forces de centre-gauche et de gauche obtiendront les 2/3 des voix nécessaires pour abandonner la Constitution de Pinochet. La droite s’est retrouvée privée de son droit de veto, un objectif sur lequel elle avait misé après avoir décidé d’opter pour une liste commune. Les deux blocs les plus proches seront la “Liste d’Approbation de la Dignité” et la Liste du Peuple d’une part, et un bloc de centre-gauche avec la “Liste d’Approbation” et les “Indépendants non-neutres” d’autre part.

Dans le même temps, au sein de la Liste d’Approbation, on trouve de nombreuses candidatures d’extraction sociale et des figures des mobilisations de 2019. Cerise sur le gâteau, le parti de la démocratie chrétienne, le parti traditionnel du centre de la Concertation démocratique, n’aura que deux électeurs. Le Parti socialiste du Chili obtient la majorité des électeurs de ce pacte avec 15.

Mais la défaite de Sebastián Piñera ne s’est pas seulement produite lors de l’élection constituante, mais aussi dans les mairies et les gouvernorats où il a subi des défaites dans des districts historiquement gouvernés par la droite. Pour les gouverneurs, Unidad Constituyente (ancienne Concertación Democrática, et Lista del Apruebo pour les constituants), a obtenu de meilleurs résultats, bien qu’elle ait également subi des surprises dans les mairies.

Sur les 16 régions, seules trois d’entre elles ont connu un vainqueur au premier tour, tandis que les 13 autres sont en ballotage et feront l’objet d’un scrutin le 13 juin, car elles n’ont pas atteint les 40 % requis. Dans 11 régions, le pacte de l’Unité Constituante (UC) arrive au second tour, et en tête dans sept régions. Le pacte Chile Vamos, quant à lui, a assuré l’arrivée de ses candidats au ballotage dans neuf régions, et a obtenu la majorité seulement dans deux régions : Arica et Los Ríos. La gauche a fêté les gouvernorats de Valparaíso et de la région métropolitaine. À Valparaíso, Rodrigo Mundaca (IND-Frente Amplio) s’est imposé au premier tour, tandis que dans la région métropolitaine, Andrés Orrego (DC) affrontera Karina Oliva (Comunes- Frente Amplio) au second tour.

A Tarapacá, les 24,3% des voix obtenues par le candidat du pacte régional Por Dignidad, Enzo Morales, seront déterminantes pour que le candidat du Frente Amplio José Miguel Carvajal (28%) triomphe au second tour face à Marco Pérez (25%), candidat de Unidad Constituyente (Unité Constituante).

Dans les mairies, la gauche a célébré la réélection de Daniel Jadue (Parti communiste) avec 64% de soutien, et de Jorge Sharp avec 55%, pour les mairies de Recoleta et Valparaíso, respectivement. De même, Iraci Luiza Hassler Jacob, du parti communiste, a surpris par sa victoire sur Felipe Alessandri Vergara, un conservateur de Renovación Nacional. À Villa del Mar, Macarena Carolina Ripamonti Serrano, du Frente Amplio, a gagné contre Andrea Molina Oliva, de Chile Vamos (alliance qui soutient Sebastián Piñera.)

En outre, Cathy Barriga (IND-Chile Vamos) a subi une lourde défaite à Maipú après avoir perdu contre Tomás Vodanovic (Revolución Democrática- Frente Amplio), et à Nuñoa, la gagnante a été Emilia Rios (Révolution démocratique-FrenteAmplio)

Les résultats montrent une victoire pour les forces de gauche tant pour les constituants que pour les mairies et les gouvernorats. Le 13 juin prochain, quand seront définitivement élus les gouverneurs de 13 régions, il pourrait se dessiner une tendance positive pour les partis progressistes pour les élections de novembre où sera en jeu, ni plus ni moins que la présidence de la nation.

Sourec : Alainet

Traduction : FAL 33