Les Femmes Diaguitas, les chamanes de l’eau

Par Ivan Torres / Bordeaux, France

Dans les rues européennes, le vélo est devenu une alternative face à l’importance du trafic automobile. C’est une bonne nouvelle pour l’environnement en Europe, cependant l’essor des vélos, des trottinettes, des motos et des voitures électriques (sans oublier les batteries de téléphones portables et les micro conducteurs) provoque des ravages écologiques dans d’autres régions du monde : ceci à cause du lithium, «l’or blanc ».

L’Australie, la Bolivie, le Chili et l’Argentine concentrent 87% des réserves mondiales de lithium (http://www.mineralinfo.fr/ecomine/marche-lithium-en-2020-enjeux-paradoxes). Or les mines de lithium endommagent irréversiblement les écosystèmes de l’altiplano andin, eu égard aux énormes quantités d’eau nécessaires pour leur processus d’extraction.

Cet écocide est dénoncé depuis des années par les populations de ces régions (notamment en Argentine et au Chili) car les sociétés minières causent des dommages aux réserves aquifères et aux rivières, certaines rivières ayant été contaminées ou asséchées. Ainsi, dans la province d’Antofagasta, en Argentine, où une plaine de la rivière Trapiche a été totalement asséchée. Ceci est la partie écologique, mais elles occasionnent aussi des dégâts sociaux, comme l’explique Lourdes Albornoz, porte-parole du collectif Mujeres Diaguitas, Ancestras del Futuro (Femmes Diaguitas, Ancêtres du Futur), « les gens et les communautés doivent émigrer de leurs territoires, qui sont devenant des zones de sacrifice, qui sont mortes après le passage des sociétés minières », a-t-il expliqué. Les Diaguitas sont un ensemble de peuples indépendants, de la région située entre le nord-ouest de l’Argentine et l’est de la Cordillère chilienne. Ils furent persécutés et déportés sous la conquête espagnole. Leur idiome commun est le Kakan, aujourd’hui disparu. Ils sont des céramistes réputés et vivent essentiellement de l’agriculture.

Avec les pots-de-vin versés par les sociétés minières aux fonctionnaires de ces provinces, Mme Albornoz alerte « cela créé un Etat parallèle, un Etat militarisé qui réprime les manifestations, où l’accès aux droits de l’homme dépend de si vous êtes pour ou contre l’exploitation minière ». Lorsque ces sociétés minières s’installent dans ces régions, “la pauvreté, les bordels, la traite d’êtres humains et le trafic de drogues augmentent également”, ajoute-t-elle.

Depuis des années, plusieurs communautés autochtones et originelles ont dénoncé dans les assemblées socio-environnementales les dommages causés par ces sociétés minières. Actuellement, les communautés surveillent le débit de la rivière Los Patos (dans la province de Catamarca, en Argentine), vital pour la vie de la région (journal local, ‘Pagina12’, 23/03/20). Mme Albornoz précise que ce combat pour la défense environnementale, sociale et culturelle est également un combat de femmes, « les femmes Diaguitas se sont
unies pour déposer cette plainte internationale, nous sommes un mouvement autogéré », explique.

Les sociétés minières en cause dans ces régions de l’altiplano andin sont les canadiennes Goldcorp, Yamana Gold et Barrick Gold, les sociétés américaines Newmont et Livent. Les sociétés Shandong Gold (Chine) et la société japonaise Mitsubishi sont également mentionnées, du côté européen on trouve le consortium anglosuisse Glencore International.

Le message du collectif Femmes Diaguitas, Ancêtres du Futur, alerte que ce déséquilibre « affecte jour après jour notre rivière ancestrale, dont les affluents sont les veines qui transportent la vie dans toute la vallée, les millions de litres d’eau souterraine extraits quotidiennement générant un déséquilibre hydrique important
dans cette zone de sécheresse extrême ».

L’une des actions les plus récentes du collectif fut l’organisation d’une marche de 2 jours et de 80 kms (23 et 24 avril 2021, à Andalgalá) pour la défense des ressources naturelles. Il a aussi lancé une pétition en ligne sur Change.org ( https: // www .change.org/o/mujeres_diaguitas_ancestras_del_futuro ), où il déclare que « nous, femmes appartenant aux différentes communautés Diaguitas de tout le territoire andin, unies par les
eaux-glaciers depuis la Cordillère jusqu’à l’Argentine et au Chili aujourd’hui, lançons un appel pour que les communautés nous reconnaissent et nous rejoignent pour devenir un même fleuve ».

Lourdes explique que cette union des femmes est une réponse écologique pour et par les droits humains face à l’union des sociétés minières et aux grands dommages qu’elles causent aux écosystèmes de ces régions en Argentine.

Bordeaux 05/05/2021