Communiqué de l’Assemblée générale des professeurs de l’Université d’Antioquia

Dénonciation publique et ouverte avec demande d’intervention auprès des organisations internationales

Le corps professoral de l’université d’Antioquia, dans le cadre de l’État et de la société colombienne considère que la protestation sociale est un droit constitutionnel et qu’en ce moment, celle qui a lieu en Colombie est la réponse à une politique non solidaire, inefficace et inefficiente de gestion des ressources économiques par le gouvernement. Les décisions erratiques du président ont conduit le pays à une situation de pauvreté intolérable, mais ont favorisé les minorités les plus riches par des exonérations fiscales qui ont considérablement accru le fossé social. Dans le même temps, il alloue aveuglément et obstinément des ressources à des investissements somptueux afin de continuer à profiter de la concentration du capital et du pouvoir de ces élites, dont la cupidité les empêche de voir les conditions déplorables dans lesquelles vivent la plupart de nos compatriotes. Une telle façon de gouverner continue d’aggraver le climat d’agitation par la décision d’investir dans des fournitures pour la guerre et des pages de publicité à la télévision avec une émission quotidienne onéreuse à une heure de grande écoute comme espace publicitaire.

Pouvons-nous tolérer l’irresponsabilité dans la gestion de l’argent dont fait preuve ce gouvernement ? La réponse est NON. Nous ne pouvons pas être d’accord avec leur façon de gouverner à cause des conséquences graves telles que : la diminution de l’investissement social, l’impact grave sur la sécurité et la souveraineté alimentaires, le sous-financement de la culture, de la santé et de l’éducation ; le non-respect des accords de La Havane ; l’autorisation de la contamination des forêts, des rivières, des champs et de sa population par un poison interdit dans des dizaines de pays pour ses conséquences néfastes sur la santé humaine et la nature. En outre, il a encouragé la privatisation progressive de l’État et donc des droits des citoyens, générant la faim, la pauvreté et la guerre. Pour toutes les raisons susmentionnées, nous exprimons notre solidarité avec la protestation sociale pacifique qui a lieu actuellement dans le pays. En outre, notre conscience sociale nous empêche de garder le silence face à la violente répression avec laquelle le gouvernement répond à la protestation sociale et aux menaces latentes auxquelles notre fragile démocratie est confrontée.

Sur la base de tout ce qui précède, les professeurs de l’Université d’Antioquia se sont réunis en assemblée générale en tant que communauté universitaire, nous élevons notre voix publiquement et ouvertement pour exiger que cesse en Colombie la violation par les agents de l’Etat des protocoles et des droits de l’homme dans le contexte de la protestation sociale. D’après les rapports de diverses organisations, les agents de l’État colombien doivent faire l’objet d’une enquête pour leur éventuelle culpabilité dans 21 décès et 208 blessures, 18 blessures aux yeux, 10 crimes de violence sexuelle, pour avoir procédé à 503 détentions irrégulières et pour avoir mené 42 attaques contre des défenseurs des droits humains. En outre, nous exprimons notre désaccord avec la militarisation des villes ordonnée par le gouvernement colombien. Les forces militaires ne sont pas là pour contenir les protestations des citoyens, ce sont des forces de choc qui, dans ces circonstances, avec leurs actions, sont disproportionnées et gênantes dans un pays qui se dit démocratique. Pour les raisons ci-dessus, depuis Medellin-Colombie et compte tenu des menaces actuelles, nous demandons instamment aux organisations garantes du respect du droit humanitaire international et de la défense de la démocratie, de se manifester devant la situation dramatique que vit le peuple colombien et d’intervenir de manière décisive par la voie diplomatique pour trouver une solution de justice sociale et surtout une solution démocratique au conflit qui afflige actuellement notre société.

Medellin, en Colombie, le 4e jour du mois de mai 2021.

Avec copie :

Organisation des États américains, OEA

Commission interaméricaine des droits de l’homme

Organisation des Nations Unies

Parlement européen

Traduction: FAL 33