La paix en Colombie, c’est la paix au Venezuela

9 Avril 2021

Par Ernesto Cazal

La Colombie et le Venezuela partagent plus de 2 200 kilomètres de frontière depuis des siècles, alors que leur nom était différent, qu’ils étaient des colonies et qu’on ne pouvait même pas imaginer les républiques actuelles. Quand ils devinrent des républiques, il n’y eut qu’un seul pays plus l’Equateur et le Panamá et les frontières ne délimitaient pas les pays mais étaient des passages culturels et administratifs entre départements. 

De 1821 à 1831, le fleuve Orénoque et le fleuve Magdalena faisaient partie d’une même formation géopolitique qui fut ensuite divisée et conquise par les nouveaux impérialismes du XIXème et du XXème siècles.

Dès lors, le nom de Colombie n’est plus associé à un projet de grande nation bolivarienne mais à une fabrique d’économies et de politiques criminelles à cause de la relation de soumission stratégique des élites aux intérêts étasuniens, ce qui provoque une autonomie réduite de de pays. Une enquête historique importante de Renán Vega Cantor démontre que la relation Etats-Unis-Colombie est caractérisée par l’ingérence impérialiste, la mise en place de politiques anti-insurrectionnelles et l’institutionnalisation du terrorisme d’Etat. 

Si nous considérons rigoureusement la nomenclature conceptuelle utilisée par l’anthropologue Rodolfo Quintero, la «culture de conquête» a dominé la République du Venezuela grâce à l’empreinte des Etats-Unis qui tirent toujours les fils de la politique profonde du Venezuela avec en toile de fond l’odeur du pétrole. Ce qu’on appelle le « Consensus de Washington » à la fin du XXème siècle avait pris par le col cette enclave géostratégique qui était la combinaison territoriale, économique et culturelle de nos 2 pays séparés après être nés au XIXème siècle.

Avec l’arrivée au pouvoir de la Révolution Bolivarienne au Venezuela, certaines comportements du pays voisin envers ses frontières ont changé et ensuite se sont perpétués pour aboutir à un conflit entre Etats en ajoutant à ces 2 200 kilomètres de frontière une porosité susceptible de profiter aux laboratoires de guerre de toutes sortes et à la mission à la mode actuellement. 

Ce qui se passe entre l’état d’ Apure et le département d’Arauca est une expression de cette relation, la Colombie étant un Etat dont les relations stratégiques dépendent des intérêts et des décisions de l’establishment nord-américain qui l’utilise comme pivot dans le conflit contre l’Etat vénézuélien, conflit qui se caractérise par les pressions destructrices destinées à imposer de l’étranger un « changement de régime » qu’il affronte.

Le situation historique ainsi comprise, on peut affirmer que le conflit social et armé de Colombie se répercute au-delà des frontières depuis plusieurs décennies. Nous ne rappellerons que le bombardement ordonné en 2008 par Juan Manuel Santos alors qu’il était ministre de la Défense d’ Álvaro Uribe Vélez contre un camp des FARC-EP situé en Equateur, une attaque que le Gouvernement de ce pays, alors présidé par Rafael Correa n’avait pas autorisée et qui a provoqué une crise tri-frontalière qui a provoqué des tensions diplomatiques et militaires qu’on ne peut que deviner.

La guerre des Etats-Unis contre le Venezuela en cours a en Colombie de multiples ressources parmi lesquelles l’utilisation de groupes armés criminels qui gouvernent à la place de l’Etat les départements frontaliers avec la République Bolivarienne grâce à des opérations secrètes poursuivant différents objectifs et ayant différents motifs et l’abus de l’appareil d’Etat colombien comme capital politique et administratif militarisé d’avance par le complexe industriel et militaire yankee lui-même.

Avec le Plan Colombie que l’actuel président Joe Biden se vante d’avoir conçu, a commencé un processus de privatisation de la guerre grâce à cette sorte de stratégies anti-insurrectionnelles, selon les conclusions du rapport de Vega Cantor :

« L’utilisation dans le conflit intérieur de notre pays de mercenaires qui commettent de nombreux délits (viols, assassinats, tortures, disparitions), qui jouissent d’une totale impunité en vertu des accords entre la Colombie et les Etats-Unis renforce la « culture de l’impunité » qui caractérise la Force Armée de Colombie. »

A cause du conflit social et armé, les industries du para-militarisme et du trafic de drogues ont réussi à s’infiltrer dans les entrailles de la société et de l’État colombien et le degré de violence entre les groupes insurgés armés et non armés en vers les autorités sous tutelle des Etats-Unis a augmenté. Les rancunes de ces acteurs et de ces agents se sont expriment vivement sur la frontière sud des plaines du Venezuela d’une manière particulière à la guerre quotidienne qu’imposent les économies criminelles dérivées du conflit traditionnel colombien.

Le Venezuela et la paix en Colombie 

Depuis qu’Iván Duque occupe le Palais de Nariño (2018), le Gouvernement du président Nicolás Maduro l’a maintes fois appelé instamment à respecter les dispositions prises dans les Accords de Paix signés entre le Gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC-EP en 2016. L’uribisme, à la base, a refusé de reconnaître l’existence d’un conflit social et armé de dimensions historiques et existentiel pour la région dans son pays. Il parle plus volontiers d’une histoire de cow-boys entre guérilléros et autorités dans laquelle la seule logique qui s’impose est une logique pourrie de Guerre Froide lobotomisée par les manuels militaires et du renseignement yankees. 

En fait, Uribe Vélez a été le principal garant du parti de la guerre en Colombie même quand il reconnaissait le rôle de médiateur d’Hugo Chávez dans l’échange de prisonniers entre son Gouvernement et les FARC-EP en 2007.

Avec la Révolution Bolivarienne aux commandes de l’Etat au Venezuela, obtenir une médiation qui débouche sur des accords de paix entre les guérillas et l’Etat a été réussi grâce aux bons offices des représentants politiques du Venezuela hors de Caracas, de Bogotá, des 2 200 kilomètres de frontière ou de La Havane. Chávez a toujours insisté dans son désir de contribuer à un processus de cette sorte dans le pays voisin sans s’impliquer dans ses affaires intérieures. Il y est arrivé& avec un slogan profond : « La paix en Colombie, c’est la paix au Venezuela. »

En effet, pour la Révolution Bolivarienne, le renforcement du conflit social et armé en Colombie a des implications directes sur la stabilité du Venezuela comme cela a été prouvé très souvent, y compris par l’actuel foyer de violence à Apure-Arauca. C’est lorsque l’uribisme était au pouvoir qu’il y a eu le plus de tensions bilatérales car l’attitude belliciste d’ Uribe et de ses sbires coïncide largement avec l’objectif des Etats-Unis au Venezuela : le « changement de régime.»  

Le rôle du Gouvernement Bolivarien dans la paix en Colombie est bien connu et l’ex-président Santos l’a remercié plusieurs fois avant de quitter son poste. Duque rejette cela et se comporte comme un sourd face au nouvel appel du chancelier Jorge Arreaza pour qu’il se décide à mettre en place les accords de La Havane.

Parmi les intérêts géopolitiques les plus immédiats et les plus importants du Gouvernement présidé par Nicolás Maduro, il y a la paix en Colombie car la résolution politique du conflit produirait une autonomie plus souveraine et le Gouvernement colombien serait moins dépendant des intérêts des Etats-Unis et il y aurait donc moins de risques de menaces d’actes de déstabilisation en rapport avec les palns de « changement de régime. »

De plus, la paix rendrait sans doute possible une réalité dans laquelle l’agitation d’un conflit fratricide causé par les intérêts de l’Empire infiniment plus mesquins qu’une absence de compréhension entre Colombiens et Vénézuéliens, plus intéressés par les bénéfices sociaux d’une absence d’affrontement que par les conséquences que par les conséquences d’une guerre qu’ils connaissent déjà, ne devrait plus exister. C’est une chose importante pour laquelle tout citoyen, qu’il soit Colombien ou vénézuélien, doit lutter.

Source: Resumen Latinoamericano

Traduction: Françoise Lopez pour Bolivar Infos