Observatoire Lucía Pérez : un inventaire public et autogéré de la violence patriarcale

 

Créé en 2020, l’Observatoire Lucía Pérez, est le premier inventaire autogéré et public de la violence patriarcale. Sur le site, il est possible de signaler et de suivre les cas de féminicides, de trans et travesticides, de tentatives de féminicides, les rapports de violence, les viols, les crimes sous enquête, les cas de femmes disparues et les mobilisations.

L’observatoire tire son nom de Lucía Pérez, une jeune femme assassinée le 8 octobre 2016 à Mar del Plata, à l’âge de 16 ans. « Son meurtre est à l’origine de la première grève nationale des femmes (le 18 octobre 2016) et le jugement qui a laissé les auteurs de ce féminicide impunis a provoqué la deuxième grève, en 2018. La mobilisation sociale constante en 2020 a réussi à faire annuler ce jugement et à obtenir un nouveau procès dont la date est encore à déterminer », peut-on lire sur le site de l’observatoire.
Rien que pour le mois de janvier 2021, l’Observatoire Lucía Pérez a enregistré 37 féminicides et travesticides, 3 crimes pour lesquels il y a suspicion de féminicides, 2 des femmes assassinées étaient enceintes, 29 tentatives de féminicides, 25 enfants orphelins et 23 mobilisations contre la violence patriarcale. « Ce ne sont pas que des statistiques. Il s’agit du bilan social de ce que l’État ne fait pas, malgré l’obligation qui lui en est faite. Ce ne sont pas que des chiffres. C’est la cartographie de la violence patriarcale et la description du système judiciaire, de la police et des rares mesures de protection dont disposent les victimes avant d’entrer dans ce douloureux tableau ».

Le site de l’observatoire peut être consulté en ligne sur le lien http://observatorioluciaperez.org/. Une mise à jour quotidienne est effectuée des féminicides, des trans et travesticides, des tentatives de féminicides, des rapports de violence masculine, des viols, des crimes faisant l’objet d’une enquête, des cas de femmes disparues et des mobilisations.

Chaque affaire enregistrée contient, notamment, les données suivantes : nom, âge, date, lieu, circonstances, informations sur le féminicide, le nom du juge, la condamnation et les sources d’information permettant de développer et documenter l’affaire.

Dans la description de son travail, l’Observatoire précise : « Ceci n’est pas un ‘projet’. C’est l’effort quotidien de nombreuses mains liées entre elles pour fournir des données, les vérifier, les analyser et ainsi penser à des actions pour prévenir ces crimes atroces. Il ne s’agit pas d’une liste. C’est une invitation à faire connaître les cas qui manquent, à corriger les erreurs et à clarifier les informations afin d’essayer de dessiner une vue panoramique qui nous aide à penser et à faire, à agir et à exiger, à nous bouger et à secouer ce qui est nécessaire pour arrêter cette catastrophe et pour guérir ces blessures qui sont à la fois biographiques et sociales ».

De même, l’Observatoire Lucía Pérez précise qu’il ne s’agit pas de faire concurrence à d’autres inventaires qui sont déjà en cours : « Il existe d’autres inventaires. Cela signifie que d’autres personnes et organisations sont intéressées par la même chose. Aussi, loin d’établir une concurrence, l’Observatoire Lucía Pérez propose de travailler en collaboration pour améliorer et optimiser tous les inventaires que la société réalise avec beaucoup d’effort et selon des critères différents, mais sans doute avec le même objectif : contribuer aux solutions ».

Sur une page du site de l’Observatoire on trouve un résumé de ce que le crime de Lucia Perez a représenté pour la société (https://lavaca.org/luciaperez/). « Nous partageons des photos, des vidéos et des interviews qui retracent les années de lutte contre les violences faites aux femmes. Un hommage et un enregistrement multimédia de tout ce que nous avons fait en tant que société pour construire le #NuncaMás de #NiUnaMenos ».

L’Observatoire Lucía Pérez est notamment réalisé par Lavaca, une coopérative de travail qui publie lavaca.org, le journal mensuel Mu, produit le programme Decí Mu et plusieurs émissions de radio. Lavaca organise également une maîtrise en communication et plusieurs cours et ateliers. 

Source : Anred

Traduction : Venesol