Le risque de coopérer avec la Colombie : Cuba, Trump et le processus de paix

Le gouvernement d’Ivan Duque n’a pas respecté les engagements inhérents au processus de paix et a fini par amener Cuba à être considérée comme un commanditaire du terrorisme par le biais d’un processus qu’elle avait elle-même initié.

Quelques jours avant la fin de son mandat de président des États-Unis, le gouvernement de Donald Trump avait ajouté Cuba à la liste des États soutenant le terrorisme. Dans le communiqué de presse de Mike Pompeo, l’une des principales justifications de cette décision a été le refus de Cuba d’extrader les combattants de l’ELN (Ejercito de Liberación Nacional) qui s’étaient rendus à La Havane pour les pourparlers de paix qui se tenaient avec le gouvernement colombien en 2017.

Après l’attaque de l’école générale des cadets de Santander qui a entraîné la mort de 22 cadets, le président colombien a rompu les pourparlers avec l’ELN et a demandé à Cuba d’extrader 10 chefs de guérilla afin de les poursuivre en justice pour cet acte. Seulement, en plein milieu des pourparlers de paix, il était difficile de satisfaire la demande.

La raison principale est que les membres de l’ELN n’étaient pas à La Havane de leur propre gré, mais le gouvernement colombien avait demandé à Cuba de participer en tant que garant du processus de paix avancé avec la guérilla. Un “pays garant” a la responsabilité de susciter la confiance des acteurs du dialogue et de donner de la crédibilité au processus. Lors des pourparlers de paix avec les FARC-EP, Cuba et la Norvège étaient des pays garants et ont contribué considérablement à soutenir les négociations en temps de crise. De plus, contrairement à la croyance populaire, ce pays a critiqué la guérilla à plusieurs reprises (notamment pour son implication dans le trafic de drogue), et a donc également fait des efforts pour garantir un rôle indépendant dans le processus.

C’est précisément pourquoi il était complexe de demander à Cuba de livrer les dix chefs de la guérilla : cela aurait été perçu comme une trahison à un engagement auparavant acquis et, par conséquent, cela aurait contribué à affaiblir son image internationale de pays fiable pour ce type de processus. Cela aurait pu constituer un revers diplomatique entre les deux pays s’il n’y avait pas eu la récente adhésion de Cuba à la liste des États soutenant le terrorisme. Cuba a donc reçu une sévère punition des Etats-Unis pour avoir respecté ses engagements internationaux. La pression exercée par le gouvernement d’Ivan Duque est également responsable de cette décision.

Au-delà des conséquences que cela pourrait avoir pour Cuba et de l’équité ou de l’iniquité de la mesure, cette décision pourrait affecter les futurs processus de négociation de paix en Colombie. Cela envoie un message à tous les pays qui peuvent participer à un processus présentant ces caractéristiques : il est risqué de s’engager avec la Colombie. Le gouvernement d’Ivan Duque n’a pas respecté les engagements inhérents à un processus de paix et, au contraire, a fini par faire considérer Cuba comme un commanditaire du terrorisme par un processus qu’il a lui-même initié. En d’autres termes, s’engager dans un processus de négociation en Colombie signifie qu’il n’y a pas de clarté quant aux responsabilités et que, dans une certaine mesure, un pays peut être considéré comme “dangereux” ou comme un allié des terroristes.

Ce n’est là qu’une des nombreuses fausses étapes de la politique étrangère de Duque (du “siège diplomatique” à l’ingérence dans les élections américaines). En privilégiant la satisfaction des bases de son parti, ce gouvernement affaiblit la crédibilité de la Colombie dans le système international et positionne désormais la Colombie comme un pays auquel on ne peut pas faire confiance. S’il existait encore une possibilité lointaine de rétablir les négociations avec l’ELN, elle sera désormais beaucoup plus complexe et sévère.

À l’exemple de Cuba, les autres pays voulant s’engager auprès de la Colombie s’y aventureront désormais difficilement, de peur du revers diplomatique que pourrait leur infliger la politique étrangère colombienne.

Traduit de : https://lasillavacia.com/silla-llena/red-de-la-paz/riesgo-de-cooperar-colombia-cuba-trump-y-procesos-de-paz-77532

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