Comment consolider la démocratie populaire en Bolivie dans le contexte régional actuel ?

Virginia Gonzales Salguero, 22/12/2020

Le processus bolivien d’émancipation et de conquêtes sociales est soutenu par les gouvernements progressistes de la région, mais il peut être érodé et miné par les États-Unis.

Les orientations et la portée de la démocratie en Amérique latine, au cours des quarante dernières années, ont été contestées entre les stratégies conservatrices liées à la domination extérieure et les stratégies populaires qui cherchent l’émancipation et la libération du peuple et, dans le cas de la Bolivie, on peut également constater l’influence des pays les plus forts économiquement et politiquement de la région qui établissent des tendances générales et influencent les cycles historiques.

 Ainsi, la situation de la Bolivie dans ce contexte de l’Amérique latine et du Sud des quarante dernières années peut être divisée en trois étapes :

Les années 80 et 90 avec la consolidation du néolibéralisme comme seule option possible pour la société, soutenue par “La fin de l’histoire” (Fukuyama) qui affirmait que le degré de développement économique et politique atteint par l’humanité ne permettait plus aucune action politique. Il a été proclamé, par le pouvoir, que la “meilleure façon possible d’organiser la société” avait été atteinte. Au cours de ces années, la férocité du néolibéralisme dans les pays hégémoniques s’est manifestée dans toute son expansion et sa cruauté en permettant un accès facile aux ressources naturelles de la planète entière. Les grands représentants de la reddition et de la servilité pour la mise en œuvre du pillage impitoyable en Amérique latine ont été : Menem, Sánchez de Lozada, Cardozo, Gaviria, Aylwin, Pinochet, Salinas de Gortari, Fujimori, entre autres.

La deuxième étape commence dans la région, et en particulier en Bolivie, avec la guerre de l’eau à l’aube du 21e siècle, et se poursuit avec la guerre du gaz déjà en 2003. Elle se caractérise par la remise en cause des politiques néolibérales qui ont laissé l’économie des pays d’Amérique latine en ruine et une dette extérieure vorace acquise à la fête du marché libre. Les mobilisations ont été une remise en cause de la politique mondiale de pillage.

 Durant ces années, la défense de la souveraineté, des ressources naturelles, des droits des peuples autochtones, l’émergence de mouvements sociaux et comme facteur très pertinent et déterminant dans la politique et les démocraties du continent ont été fortement mis en œuvre, la forte impulsion à l’intégration latino-américaine et surtout sud-américaine avec la création de l’ALBA, du CELAC et de l’UNASUR promue, avant tout, par Hugo Chávez, Fidel Castro et d’autres présidents comme Evo Morales, le couple Kirchner, Lula Da Silva, Rafael Correa, Fernando Lugo, Daniel Ortega, Pepe Mujica, parmi les plus importants. Alors que la Colombie, la Colombie malmenée, continuait à jouer son rôle d’enclave de l’impérialisme américain, elle avait dans ces années des présidents aussi abjects et antipatriotiques qu’Uribe, par exemple.

Dans ce contexte, les réalisations de la Bolivie ont été énormes en termes de bien-être économique, de conquêtes sociales, de revendications des peuples indigènes, de lutte contre le racisme et de promotion de la conscience nationale et régionale des secteurs populaires et indigènes, qui sont devenus les protagonistes centraux de ce processus historique anticolonial et anti-impérialiste.

La troisième étape est celle qui est en cours, dans laquelle les deux options décrites ci-dessus s’affrontent pour s’imposer comme politique officielle des pays de la zone, dans un contexte international où les Etats-Unis n’ont plus d’hégémonie planétaire face à l’émergence des géants que sont la Chine et la Russie. Néanmoins, le panorama est complexe et diversifié :

Le Brésil a récemment organisé des élections régionales, les gens ont voté pour les options centristes et dans une moindre mesure pour les candidats du PSL de Bolsonaro, mais ils n’ont pas non plus voté pour les candidats du PT. L’Argentine, en revanche, avec Alberto Fernandez, tente de mettre en œuvre des mesures populaires et de redresser l’économie nationale dans un contexte économique très défavorable et avec une dette extérieure impressionnante dans un pays qui avait été mis aux enchères publiques sous le gouvernement Macri.

Le Mexique avec López Obrador tente de transformer une situation compliquée dans laquelle une puissante oligarchie a des racines si profondes et si étendues qu’elle est placée dans une situation de privilèges presque immuables. Le Pérou connaît de fortes révoltes citoyennes face à l’énorme corruption de ses dirigeants. L’Uruguay a malheureusement pris un virage à droite lors des dernières élections nationales.

Au cours des deux dernières années, le Chili, dans le cadre de mobilisations populaires et anticapitalistes intenses et massives, a réussi à organiser un référendum au cours duquel la rédaction d’une nouvelle constitution visant à se débarrasser de l’héritage de Pinochet a été approuvée. Pendant ce temps, le Venezuela, bloqué par l’impérialisme américain et avec une économie en panne, défend sa souveraineté avec détermination et lutte avec énergie contre le sabotage et l’agression internationale. Lors des élections au Venezuela, le parti de Maduro, le GPP, a gagné avec 72 % des voix.

La Colombie, dans son rôle consolidé de pays base militaire des Etats-Unis, avec Ivan Duque comme président, marionnette d’Uribe et serviteur de l’impérialisme, maintient le peuple colombien dans une situation de désastre social et économique. L’Équateur, avec Lenin Moreno, est déterminé à remettre le corps, l’âme et les ressources naturelles aux exigences du néolibéralisme international.

En contrepartie, Cuba, qui envoie des armées de médecins, partout où cela est nécessaire, pour atténuer les effets de la pandémie qui sévit dans l’humanité et qui, en Amérique latine et dans les Caraïbes, touche plus sévèrement les secteurs les plus démunis.

Tel est le panorama politique régional en conflit et en confrontation, dans lequel la Bolivie devra défendre et renforcer sa démocratie populaire retrouvée en cette année 2020 avec la lutte tenace et engagée du peuple menée par la Centrale ouvrière bolivienne (COB), le Pacte d’unité (PU) et le Mouvement vers le socialisme (MAS). Il s’agit d’une situation ambiguë, incertaine et difficile, dans laquelle, d’une part, son processus d’émancipation et de conquêtes sociales est soutenu par les gouvernements progressistes de la région et, d’autre part, ce processus peut être érodé et miné par les États-Unis et par les pays associés au “colosse du Nord”.

Source : Alainet – Traduction : FAL 33