ACTION URGENTE : LE NEW YORK TIMES EFFACE LA GUERRE ÉCONOMIQUE DES ÉTATS-UNIS CONTRE LE VENEZUELA (FAIR.ORG)

Bryce Greene (étudiant à l’université d’Indiana/Bloomington) pour www.fair.org

Le 6 décembre 2020, le Venezuela a organisé des élections pour l’Assemblée Nationale, principal organe législatif du pays. Bien que le taux de participation a presque atteint un creux historique, le Parti socialiste Unifié du président Nicolás Maduro (PSUV) a remporté une victoire éclatante.

A l’approche des élections, le New York Times (5/12/20) a publié un article intitulé  » Le Venezuela vote dans une élection que l’opposition qualifie de farce « . Ce texte contient diverses descriptions de la crise politique et économique dans le pays.

Malheureusement, l’article ignore le fait que le gouvernement états-unien a ciblé de très nombreuses sanctions visant explicitement à déstabiliser le gouvernement Maduro et à écraser l’économie vénézuélienne. Or le mot « sanction » n’apparaît jamais dans l’article.

Le New York Times (5/12/20) décrit « une période difficile pour le Venezuela, alors que le pays est aux prises avec de profonds défis économiques et un effondrement de son système de soins de santé » – sans mentionner que la politique états-unienne est conçue pour approfondir ces défis et exacerber cet effondrement.

Au cours de la première année de Trump, son administration a considérablement étendu les sanctions de l’ère Obama sur le Venezuela dans le cadre d’une campagne visant à évincer du pouvoir le président démocratiquement élu Nicolás Maduro. Ces sanctions limitaient les exportations de pétrole du Venezuela et empêchaient son accès aux institutions financières internationales. Selon la Maison Blanche, elles étaient « calibrées pour priver la dictature de Maduro d’une source de financement essentielle ».

Avec sa principale source de revenus qui se tarit et qui est isolée du système financier mondial, l’économie vénézuélienne est en chute libre. Une étude rédigée par un économiste vénézuélien a souligné certains des effets dévastateurs des sanctions. Elles ont provoqué une accélération du déclin de la production pétrolière, qui a coûté à l’État vénézuélien jusqu’à 31 milliards de dollars. L’étude a également établi une corrélation historique entre les exportations de pétrole et les importations de provisions essentielles. De 2018 à 2020, les importations ont diminué de 77 %. Le Venezuela ne perçoit plus qu’1 % des revenus qu’il percevait avant la guerre économique.

En raison des sanctions, le système de santé s’est effondré, les importations de denrées alimentaires ont chuté encore plus rapidement et des milliers de personnes ont quitté le pays. La pression exercée par les États-Unis sur les organismes humanitaires internationaux a empêché des organisations telles que la Croix-Rouge de fournir une aide indispensable. Un responsable de la Croix-Rouge a fait remarquer qu’il était plus facile d’obtenir des fournitures pour le Yémen ou la Syrie que pour le Venezuela. Une étude du Center for Economic and Policy Research estime que les sanctions ont entraîné jusqu’à 40 000 morts supplémentaires en raison de la détérioration des conditions de vie et de l’infrastructure sanitaire. Pendant la crise du Covid-19, le Fonds monétaire international (FMI) a même refusé de fournir un financement pour aider à développer les systèmes de détection et de réponse du Venezuela.

Le New York Times, notant « un petit groupe de personnes faisant la queue pour voter », suggère que les élections vénézuéliennes ne sont pas démocratiques parce que l’attente aux bureaux de vote n’est pas assez longue ! (La photo sous-exposée est également un bon moyen de suggérer visuellement l’oppression).

Après l’investiture du président Maduro pour un second mandat en 2019, après sa réélection en 2018, les États-Unis ont refusé de reconnaître le gouvernement, et ont renforcé les sanctions. Avec le soutien et l’appui total de Washington, Juan Guaidó, chef de l’Assemblée nationale, s’est autoproclamé président par intérim du pays. M. Guaidó a été accueilli par le Nord global et a même assisté au discours du président Trump sur l’état de l’Union en 2020. Encouragée par le soutien manifeste des États-Unis, l’opposition de Maduro a intensifié ses efforts pour déstabiliser le pays et délégitimer le gouvernement actuel, alimentant de violents affrontements, une tentative d’assassinat contre Maduro et même une invasion avortée dans le style « Baie des cochons ».

Trump se serait lassé de toute cette affaire, mais les sanctions et les souffrances continuent.

Rien de tout cela n’a rendu le Venezuela « plus démocratique », ni n’a rapproché le pays de la résolution de ses problèmes politiques. Au lieu de cela, la situation est bien pire.

Tout ce contexte critique a été complètement omis par le New York Times dans sa description de la situation au Venezuela. Comme indiqué plus haut, le mot « sanction » n’apparaît pas une seule fois.

D’après ce rapport du Times, toute la « faim, le chômage, les pénuries d’essence et… l’effondrement du système de santé » qui « n’ont fait qu’empirer avec le coronavirus » est à imputer exclusivement à Maduro. Le rôle des États-Unis est ignoré, et les lecteurs du journal, pour la plupart états-uniens, sont laissés dans l’ignorance totale des actions de leur propre gouvernement. Tout cela pour justifier la poursuite de la tentative du coup d’État états-unien et pour déplorer son échec apparent.

Le Times a décrit la victoire électorale imminente du parti de Maduro comme quelque chose qui « pourrait considérablement affaiblir Juan Guaidó » dans sa « tentative audacieuse mais finalement ratée, soutenue par les États-Unis pour prendre le pouvoir ». La tentative de coup d’État est donc présentée comme un noble effort des États-Unis qui est contrecarré par les élections.

Le Times a suggéré que l’échec de la tentative de coup d’État américain « a renforcé les sentiments d’abandon et d’impuissance politique ». Le lecteur est censé supposer que les Vénézuéliens attendent que Juan Guaidó, soutenu par les États-Unis, les sauve de leur situation désespérée.

L’auteure, Julie Turkowitz, chef du bureau des Andes, a déjà usé de ce même procédé dans le passé (FAIR.org16/04/20). Au début de cette année, Mme Turkowitz a écrit un article (4/10/20) sur l’effondrement du système de santé vénézuélien. Là aussi, elle a minimisé le rôle de la guerre économique états-unienne, en rejetant la plus grande partie de la responsabilité sur le gouvernement vénézuélien.  Au-delà de la situation actuelle au Venezuela, le New York Times joue depuis longtemps un rôle de soutien aux tentatives états-unienne de dominer l’Amérique latine (FAIR.org11/20/20).

Rien de tout cela n’excuse les erreurs dont Maduro et son gouvernement ont été accusés. Cependant, rien de ce que Maduro a fait n’est une raison d’effacer les actes de violence économique que les États-Unis commettent sur le Venezuela. Si le Times s’inquiète de la santé et du bien-être des Vénézuéliens, le journal devrait concentrer ses reportages sur la campagne du gouvernement états-unien visant à écraser l’économie vénézuélienne et à briser son système politique.

ACTION :

Veuillez rappeler au New York Times qu’en tant que journal états-unien, il a l’obligation de couvrir les effets de la politique du gouvernement états-unien sur des pays comme le Venezuela.

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(Image d’en-tête : Représentation par le New York Times d’un bureau de vote au Venezuela, corrigée automatiquement pour supprimer la sous-exposition éditoriale du Times.)

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/12/21/action-urgente-le-new-york-times-efface-la-guerre-economique-des-etats-unis-contre-le-venezuela-fair-org/