« L’art des sanctions » : son impact sur les industries pétrolières d’Iran et du Venezuela

Misión Verdad, sept. 18

Travailleurs pétroliers d’Iran et du Venezuela au moment du débarquement du cargo Fortune sur la côte vénézuélienne. Photo AFP

 De nombreux projecteurs médiatiques et géopolitiques de ces derniers temps ont été braqués, principalement, sur le soutien de l’Iran au Venezuela dans le secteur pétrolier à un moment de grande tension et de menaces dirigées par les Etats-Unis contre celui qui ne communie pas avec son agenda et ses intérêts.

Depuis la fin des années 70 du siècle dernier, les Etats-Unis ont initié leur course désespérée de mesures coercitives unilatérales contre l’Iran. La période a été longue mais la focalisation des sanctions s’est maintenue au cours du temps, la coercition frappe directement la sphère financière-économique-commerciale et les programmes iraniens de développement nucléaire.

De fait, Elliott Abrams, le représentant des Etats-Unis pour le Venezuela et l’Iran, lors d’une session d’information, rappelait il y a quelques jours que le magnat président étatsunien Donald Trump a prévu d’imposer l’embargo sur les armes à l’Iran et d’autres restrictions.

On a déjà beaucoup parlé de l’application et des effets des « sanctions » ; cependant, revoir les impacts de ce vieux mécanisme renforce l’argument de l’attaque contre l’industrie, qui influe d’abord sur la chute de la production de brut.

Ce que dit Richard Nephew, créateur des sanctions contre l’Iran

 Pour les porteurs des politiques de pression et de coercition  étasuniennes, il est habituel et acceptable d’appliquer des mesures coercitives unilatérales à un pays déterminé si celui-ci n’est pas en accord avec l’agenda des Etats-Unis. Telle est la thèse de l’exception étasunienne.

C’est là que s’inscrit Richard Nephew, expert et architecte des « sanctions » contre l’Iran sous l’administration Obama. Dans son livre L’art des sanctions, il explique les macabres objectifs et les résultats des « sanctions », en employant le terme de « souffrance » et explique que celui-ci souligne   bien l’objectif poursuivi.

De plus , il insiste sur le fait que ce n’est pas parce que le préjudice causé par les sanctions  est moins visible aux yeux de la communauté internationale qu’elles ne doivent pas être moins destructrices.

  • Le journaliste et analyste des Etats -Unis Max Blumenthal sur twitter démonte un autre passage cynique du livre en question dans lequel Nephew révèle que les sanctions contre l’Iran ont été un terrible succès pour l’administration étasunienne car le rial iranien s’est déprécié en provoquant une hémorragie dans les réserves de devises. De plus, il y a eu un recul de l’économie, et le chômage et l’inflation ont augmenté. Ce sont sans doute des coups de fouet pour la population iranienne.
  • L’Organisation Sures, signale également que, dans le livre, Nephew écrit franchement que en réduisant la capacité d’exportation d’un pays, on provoque une pression sur l’importation de nourriture et de médicaments, et il met l’accent sur le fait que les sanctions sont douloureuses pour le citoyen de base.
  • De la même façon que le chancelier Jorge Arreaza ajoute d’autres définitions dans les objectifs des mesures coercitives unilatérales : pour Nephew, la souffrance doit être insupportable pour que l’objectif « change sa conduite ».

Les Etats-Unis ont appliqué des « sanctions » sur le secteur pétrolier iranien depuis 2018 pour casser l’exportation et entraver l’accès au système financier international.

Ceci est confirmé par le secrétaire d’État Mike Pompeo, qui après l’assassinat de Qasem Soleimani au début de cette année, a noté dans un discours que la stratégie de l’administration de « pression maximale » a pour objectif de couper 80 % des revenus pétroliers de l’Iran.

De même, il a déclaré que « le président Rouhani lui-même avait affirmé que  nous avions empêché le régime iranien de toucher 200 millions de dollars  de revenus étrangers et d’investissement ; voilà le résultat de nos activités ».

Déjà vers avril 2019 la Maison Blanche communiquait que Trump travaillait à réduire les exportations de pétrole de l’Iran à zéro.

La production de pétrole attaquée

L’impact sur l’exportation de brut, évidemment, affecte directement la production. Cependant, les

 « sanctions »  sur ce secteur contre la république islamique ont été maniées de façon pendulaire, c’est à dire : on les impose ou on les retire temporairement.

Dans le graphique 1, on voit les pics sans « sanction » et les chutes brutales quand elles sont appliquées. En particulier, la production au début de 2018 enregistrait environ 3.8 millions de b/d ; après l’imposition des sanctions la production est tombée à un peu plus d’un million de b/d.

Le graphique montre comment a chuté la production pétrolière iranienne pendant le temps des « sanctions » des Etats -Unis. Source : BBC

1*fYcfuga0FvEQfzUTdXC1pA.png

De même, le graphique n°2 montre la chute de la production au moment de la sortie des Etats-Unis du Plan d’Action Intégral Conjoint (JCPOA, sigle en anglais).

Graphique : Everycrsreport

1*5VktZthKVZNf_7SCOXEzaA.png

Les exportations de pétrole brut sont une des principales sources de revenu du gouvernement iranien, de même qu’un moteur important pour le développement de l’infrastructure et de l’économie du pays.

En comparaison, et de la même façon que l’industrie pétrolière iranienne, le Venezuela, étant également un pays « sanctionné », subit les mêmes attaques, et souffre des mêmes difficultés dans son industrie pétrolière.

Depuis août 2017, on impose pour la première fois des mesures de représailles financières contre le Venezuela en entravant le commerce avec le pays et le maintien du parc industriel.

C’est ainsi que l’on ferme les principales entrées de devises du pays, et par là on tente de renforcer la souffrance dont parle Nephew. En 2016, le Venezuela avait enregistré une production de 2,373 millions de b/d , alors qu’en 2017 , elle était de 2,072 b/d, ce qui fait une chute de presque 300 millions de b/d

1*hHk9JpTv9r4Cv74CpUE72Q.png

Production de brut du Venezuela. Graphique : Agence Internationale de l’Energie

Maintenant, avec l’imposition de « sanctions » à tout va, l’objectif est tout simplement atteint par la détérioration de la vie quotidienne et du futur immédiat des populations qui subissent ces assauts. Et cependant, comme le montre une des études les plus complètes en la matière à cette date, sur plus de 100 situations examinées, la conclusion est que les mesures coercitives unilatérales n’ont atteint l’objectif politique des Etats-Unis que dans 34 % des cas.

Les agissements des administrations étasuniennes ne sont autres que de véritables crimes de lèse humanité, au regard de l’article 7 du Statut de Rome, qui sont marqués dans leurs traits structurels par l’expansion et l’ingérence depuis que cette nation s’est assumée comme « exceptionnelle ».

Source : Misión Verdad

Traduction : FAL 33

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*