Poursuivi par la justice Juan Carlos Ier fuit l’Espagne

3 août 2020

Depuis le palais de la Zarzuela, la décision du monarque émérite de quitter l’Espagne a été annoncée lundi après que les détails de sa fortune opaque aient été révélés pendant des semaines. Juan Carlos I ne nie pas les faits qu’il attribue à sa vie privée et ne renonce pas à son titre.

Texte : Público.es

Le roi émérite Juan Carlos Ier, poursuivi par la justice, a fui l’Espagne. Ce lundi, sa décision, déjà exécutée, de quitter le pays a été officiellement rapportée. “C’est une décision que je prends avec un sentiment profond, mais avec une grande sérénité”, explique-t-il dans un communiqué de presse qui a vu la lumière ce lundi après des semaines où de nombreux détails de la fortune opaque de l’ancien chef d’État n’ont cessé d’être révélés. L’émérite est maintenant hors d’Espagne, bien que le pays où il résidera n’ait pas été révélé par le siège de la monarchie.

Juan Carlos I a justifié sa décision en disant ainsi contribuer « à faciliter l’exercice des fonctions de chef de l’État de son fils »  compte tenu des répercussions publiques que « certains événements passés génèrent dans sa vie privée », ce qu’il ne nie pas dans la déclaration. Mais la vérité est que l’émérite a quitté le pays poursuivi par la justice, à un pas de la mise en examen et après des semaines de linge sale de son passé révélé au grand jour. Zarzuela a également rapporté que Felipe VI a accueilli cette nouvelle avec “un respect et une gratitude sincères”.

De nombreux détails des transactions commerciales opaques de l’émérite pendant son règne ont éclaboussé la Maison royale ces derniers jours. Par exemple, on sait que Juan Carlos I a apporté des milliers d’euros de billets d’avion en Espagne et qu’il avait une machine à compter l’argent à la Zarzuela.

Lors de ces révélations, est apparu également le nom de son ex maîtresse, Corinna Larsen, à qui  Juan Carlos I a réclamé les 65 millions d’euros après avoir abdiqué ; celle-ci a été cité à comparaître par le juge dans l’affaire Villarejo. Larsen a déclaré à propos de l’émérite qu’il « aime l’argent par-dessus tout », comme elle l’a avoué en 2016 au commissaire à la retraite José Manuel Villarejo.

Cependant, et malgré cette dernière information, Juan Carlos Ier a déjà refusé de renoncer à son titre de roi émérite comme le réclamait la Zarzuela. Pour sa part, le gouvernement reste silencieux sur la question de savoir s’il révoquera ce traitement par un décret.

Les scandales du roi

Juan Carlos I est le seul monarque européen directement impliqué dans des affaires de corruption. Le ministère public de la Cour suprême attend les preuves d’un crime présumé de blanchiment d’argent aggravé de la part du roi émérite pour les crimes présumés liés aux paiements après l’attribution aux entreprises espagnoles des travaux de l’AVE à La Mecque. L’inviolabilité dont jouit l’émérite jusqu’au 19 juin 2014, date de son abdication, signifie que les crimes éventuels sont calculés à partir de sa démission du trône parce qu’elle était auparavant incontestable.

Dans ce cas, le ministère public attend de recevoir la documentation du procureur du canton de Genève, Yves Bertossa, pour déterminer la portée d’une enquête pénale puisque c’est un procureur suisse qui a recueilli les preuves d’un crime présumé.

En outre, le procureur suisse enquête également sur un transfert de 3,5 millions de dollars américains du compte du roi Juan Carlos vers le paradis fiscal des Bahamas, dont la principale bénéficiaire aurait été Corinna Larsen. Le compte du roi Juan Carlos en Suisse a été ouvert en 2008 et fermé en 2012, après l’accident survenu au Botswana et pendant les pires années de la crise, lorsque l’émérite retirait 100 000 euros par mois de sa fortune secrète et dont il a retiré 1,5 million rien qu’en 2010.

Ce compte en Suisse a été créé par le gestionnaire de fortune Arturo Fasana et l’avocat suisse Dante Canónica sur commande de Juan Carlos I, qui leur a demandé de créer “une structure” pour cacher au Trésor public une “importante donation” qu’il allait recevoir du roi d’Arabie saoudite, laquelle, finalement, était de 100 millions de dollars. Don pour lequel les techniciens du Trésor estiment que Juan Carlos I aurait dû verser 52 millions d’euros au Trésor. Ainsi, les procédures du Bureau du procureur suprême comprennent également une enquête visant à déterminer si le chef de l’État a manqué à ses obligations fiscales.

Source : Alba Ciudad

Traduction : FAL 33