“Mars approche” : le Chili entame une année historique

Source : CELAG

Le moi prochain au Chili sera fondamental pour mesurer le ton qui caractérisera la situation politique de cette année clef, dans laquelle une Constitution Démocratique est en jeu.

Mars commence le 23 Février au Chili. Cette bizarrerie a lieu parce que le pays andin lui-même en vit une plus importante : pour la première fois, il existe la possibilité qu’une Constitution soit élaborée démocratiquement.

Le cycle ouvert par naissance du mouvement social le 18 Octobre dernier, unique dans l’histoire du pays – tant pour sa massivité, son intensité, que sa durée, et aussi parce qu’il n’a pas été maîtrisé par un massacre – attendra le summum de sa première étape ce 26 Avril. Ce jour là aura lieu un plébiscite qui demandera aux chilien(ne)s s’ils veulent (ou non) une nouvelle Constitution, et par quel mécanisme : convention mixte ou convention constitutionnelle.

Il se sera passé un million de choses du 18 Octobre à cette date, mais peut-être que le plus surprenant reste le maintien actif de cette mobilisation sociale, comme une braise vivante, durant le moi de Février. Le moi de Février au Chili rime avec vacances, fermeture des écoles, des universités, du Parlement, avec le départ de nombreux Santiaguinos vers d’autres endroits etc… Ceci veut dire que c’est l’époque de l’année où il y a le moins d’activité politique. Et, effectivement l’establishment parie que pendant cette période estivale, les requêtes et revendications sociales seront oubliées. Mais ce n’est pas le cas. Chaque Vendredi, dans les principales villes du pays s’organisent d’importantes mobilisations ambulantes, les affrontements avec les carabiniers sont quotidiens, au même titre que les violations des Droits Humains. Aujourd’hui, nous comptons 445 blessures oculaires (34 totales avec une perte de la vue), 17 d’entres-elles se sont produites seulement en Février, en accord avec les chiffres officiels de l’Institut National des Droits Humains (INDH).

Ce fut un été très chaud, à feu et à sang, plus que quiconque n’aurait pu l’imaginer ou l’anticiper. En fait, le peu d’événements massifs qui ont eu lieu concernaient les revendications sociales. Prenons l’exemple du football de première division : ils ont du suspendre plusieurs match en raison des protestations des fans qui manifestaient pour rappeler que pendant l’été, deux fans de Colo Colo ont été tué : le premier percuté par une voiture de police, l’autre par une balle dans la tête le jour suivant, quand il protestait pour la mort du premier. Des festivals d’été ont également eu lieu dans les provinces, et dans chacun d’eux, le public a manifesté en faveur des revendications sociales, et par dessus tout, chanté contre Piñera (impossible à reproduire sur ces pages).

Mais ce 23 Février, arrive un festival majeur : le Festival de « Viña del Mar », qui, d’année en année, rassemble des milliers de personnes dans la Quinta Vergara, qui enregistre le chiffre maximal d’audience télévisée, qui se diffuse dans le monde entier et qui réunit des artistes de renommée mondiale. Ce sera le moyen de mesurer comment va commencer cette année. Le public de la Quinta – connu sous le nom de « El Monstruo » –  sera une bonne unité de mesure, et l’establishment le sait. Pour autant,   ils sont en train de prendre des mesures qui rappellent celles adoptées pendant la dictature : détecteurs de métaux à différents endroits, contrôle des porte-feuilles, augmentation du personnel de police et des caméras de surveillance, avertissements explicites aux comédiens pour qu’ils ne dépassent pas les bornes, enregistrements de faux applaudissements pour couvrir les moqueries visant les autorités, et, le plus incroyable, l’interdiction d’utiliser des pancartes faites par des humains.
Mais il est difficile de contrôler ou d’intimider « El Monstruo », il l’a déjà prouvé dans les années 80 durant la dictature. Et, maintenant, il compte sur une alliance à l’échelle mondiale, Mon Laferte, qui a dénoncé au monde entier les atteintes aux Droits Humains commises par le Gouvernement de Piñera, et qui jouera le lundi 24.

« Mars approche », c’est la phrase qu’on entend aujourd’hui dans beaucoup d’endroits du pays, en référence à la lutte sociale. Ceci commencera avec le Festival, continuera le 8 Mars avec la journée des Femmes qui a réunit l’an passé des milliers de femmes dans tout le pays, se poursuivra avec le retour en classe de centaine de milliers d’étudiants, et atteindra son summum le 29 Mars avec « El dia del Joven Combatiente » (le Jour du Jeune Combattant), en commémoration et en hommage à 3 jeunes du MIR : Paulina Aguirre (19 ans), Eduardo Vergara (20 ans) et Rafael Vergara (18 ans), assassinés par des agents de l’Etat un 29 Mars 1985.

Mars approche, et sera un moi décisif pour savoir si le cycle ouvert le 18 Octobre par le peuple chilien, et qui mettra fin à la transition, se terminera dans le plébiscite en faveur de la droite – si gagne l’option du « rejet » – ou du côté populaire – si gagne l’option « approuvée » -, et, par dessus tout, si triomphera le mécanisme de « convention constitutionnelle ».

Tout le monde semble se préparer à ce qui va arriver. Voyons ce que nous dira Mars en Février.

AuteurPedro Santander, Dr. en Linguistique (PUCV) (Chile) à la Pontificia Universidad Católica de Valparaíso (PUCV) détient une licence en Communication Social à l’Universidad de Chile (Uch). Actuellement directeur de l’Observatoire de Communication de la PUCV. C’est un professeur titulaire de l’Ecole de Journalisme de cette université.
Traduction : FAL33
Source : CELAG