Venezuela : nous nous en occupons !

Mercredi dernier, le 12 février 2020, le président des États-Unis d'Amérique, Donald Trump, interrogé sur la situation dans notre pays, a exprimé avec son arrogance habituelle : "Nous allons nous occuper des Vénézuéliens", en réaffirmant sa détermination rétrograde à exercer la "politique du gros bâton", en ce XXIe siècle, contre le Venezuela.

Trump est déterminé à ignorer notre condition de nation indépendante et souveraine qui, même dans les moments les plus complexes de notre histoire politique, nous a permis de trouver les mécanismes, pas toujours les meilleurs, mais finalement développés par nous, pour dégager l’horizon de la Patrie.

Depuis le milieu du XIXe siècle, après la mort de notre libérateur Simon Bolivar, les victoires militaires de certaines des factions internes ou les accords politiques entre elles, ont marqué le dépassement circonstanciel des guerres et révoltes infinies qui ont eu lieu dans cette période sombre de l’histoire.  

Au XXème siècle, les coups d’État ont été inaugurés comme une nouvelle façon de résoudre les conflits de pouvoir. Le premier de ces coups, ouvertement soutenu par le gouvernement américain, fut celui de Juan Vicente Gómez contre Cipriano Castro en 1908.

L’administration de la Maison Blanche de l’époque, sous le Corollaire Roosevelt de 1904, où elle s’arroge l’obligation “…d’exercer un pouvoir de police international”, était “chargée” de soutenir par la fourniture d’armes et de soutien politique la plus longue dictature génocidaire de 27 ans que nous ayons jamais connue en échange du pillage de nos ressources pétrolières.

Depuis 1958 de ce XXe siècle, il n’y a pas eu d’autre moyen d’accéder au pouvoir au Venezuela que par des élections. Au-delà de l’appréciation de la légitimité de certains de ces processus, l’élection populaire a été le seul moyen d’accéder à la présidence de la République ou de résoudre les crises politiques de manière démocratique, surtout à la fin du XXe siècle et au début du XXIe.

 

La victoire du commandant Chavez en 1998 a ouvert un processus de renouvellement de la confiance dans l’exercice de la souveraineté populaire pour produire des transformations révolutionnaires dans la société, tels ont été les référendums successifs qui ont marqué le processus constitutif de 1999, puis la résolution, par le référendum constitutionnel qui a fini par ratifier le mandat d’Hugo Chavez en août 2004, de la tentative soutenue depuis 2001 de fermer la voie à la révolution démocratique populaire, par la violence contre-révolutionnaire.

A partir de cette année 2004, les élections ont été le mécanisme pour gérer démocratiquement les contradictions antagonistes entre deux visions du modèle politique, économique, social et culturel que le pays devrait avoir. C’est ainsi qu’en 2013, l’opposition a décidé d’ignorer les résultats électoraux qui ont donné comme vainqueur de la présidence à Nicolas Maduro, ouvrant ainsi cette étape douloureuse de la vie républicaine qui nous a conduit à l’un des processus d’ingérence étrangère les plus ignominieux qui ait été appliqué à une nation, au point que M. Trump espère sans vergogne qu’il va “prendre soin” de nous.

Comme nous l’avons écrit la semaine dernière, nous ne pouvons pas banaliser la gravité de cette menace. Le mépris public et grossier du gouvernement américain et de ses alliés européens et latino-américains pour l’institutionnalité de l’État vénézuélien, l’administration de facto, que ces gouvernements permettent au proconsul Guaidó en faillite, de ressources et de biens vénézuéliens importants à l’étranger et la tenue d’au moins 11 manœuvres militaires conjointes dans les Caraïbes et en Amazonie, au cours de l’année 2019, sont la preuve du défi et de la responsabilité historique que nous, les dirigeants politiques de cette époque vénézuélienne, avons en particulier.

Ce scénario oblige tous les facteurs politiques à prendre en charge avec sérieux, avec détachement, avec amour patriotique et avec sensibilité pour le peuple qui souffre, à trouver un accord pour le fonctionnement démocratique normal de toutes les institutions de l’État, pour la préservation de la souveraineté sur nos ressources et nos biens, de l’intégrité territoriale et du droit que nous avons, en tant que peuple, de vivre en paix, avec tranquillité et dignité.

En tant que peuple digne, d’une seule voix, nous devons rejeter la simple énonciation de quelqu’un qui dit qu’il va “prendre soin de nous”.  Nous sommes les fils et les filles de Bolivar, bon sang, et nous devons veiller à ce que notre dignité nationale soit respectée. Et nous obtiendrons ce respect davantage par notre intelligence, notre maturité et notre audace politique que par la force.

La guerre sera toujours la victoire des interventionnistes, la paix dans la dignité sera la victoire de la Patrie. Vive le Venezuela !  

Auteur : Elías Jaua Milano, homme d’État vénézuélien, vice-président de la République d’Hugo Chávez du 26 janvier 2010 au 13 octobre 2012, Ministre des Relations extérieures de 2013 à 2014 et Ministre de l’Éducation de 2017 à 2018.
Traduction : Bernard Tornare
Source : blog Hugo Chavez, de Bernard Tornare
Source en Espagnol : Así Somos