L’ex-président du Honduras Juan Orlando Hernández arrêté pour trafic de drogue

17 Février 2022

Deux semaines après avoir quitté ses fonctions, l’ancien président a été arrêté à son domicile mardi et emmené par hélicoptère à la Direction nationale des forces spéciales. Selon la justice américaine, entre 2004 et 2022, Hernández a fait partie d’un réseau qui a acheminé quelque 500 tonnes de cocaïne aux États-Unis.

L’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, a été arrêté mardi à son domicile dans la ville de Tegucigalpa. Devant sa résidence, des dizaines de personnes sont arrivées pour assister à l’un des moments les plus attendus de l’histoire du pays. Suite à la demande d’extradition formulée par les États-Unis à l’encontre de J.O. Hernández pour trafic de drogue et association avec des organisations criminelles à l’étranger, la Cour suprême de justice a désigné mardi le juge chargé d’étudier la demande d’extradition. Quelques heures plus tard, le magistrat a signé le mandat d’arrêt contre l’ancien président, militant du Parti national.

L’arrestation a eu lieu deux semaines seulement après la fin du second mandat de M. Hernández. Lundi dernier, conscient de sa situation, l’ancien président a déclaré qu’il était prêt à coopérer avec la justice hondurienne. Pendant ce temps, des caravanes célébrant l’éventuelle extradition de Hernández vers les États-Unis ont été organisées dans différentes régions du pays. L’année dernière, son frère, l’ancien député du Parti National Tony Hernández, a été condamné à la prison à vie par un tribunal fédéral de New York pour trafic de drogue vers les États-Unis.

Menotté, portant un gilet pare-balles et un casque de protection, Hernández a été arrêté à son domicile lors d’une opération menée par les forces de sécurité honduriennes en collaboration avec la Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis. La Cour suprême de justice du Honduras (CSJ) a désigné le juge Edwin Ortéz Cruz, qui a émis quelques heures plus tard le mandat d’arrêt contre l’ancien président. Selon Lucía Villars, porte-parole du CSJ, il s’agit de la 33e demande d’extradition, « la plupart des demandes ont été faites par les États-Unis et pour des liens avec le trafic de drogue », a-t-elle déclaré dans une interview à Radio Progreso.

La procédure d’extradition se déroule en deux audiences. Lors de la première, la demande d’extradition est communiquée, et un mois plus tard, la deuxième audience a lieu pour présenter les preuves. Sur la base des extraditions précédentes, la procédure pourrait prendre deux à trois mois de plus. Suite à cette décision, Hernández peut faire appel. La première audience a eu lieu ce mardi.

Lundi soir, la plus haute cour de justice a convoqué d’urgence les magistrats après que le ministère des affaires étrangères a confirmé dans l’après-midi la communication de l’ambassade des États-Unis avec la demande d’extradition d’un ressortissant hondurien. Plus tard, la chaîne américaine CNN a révélé qu’il s’agissait de l’ancien président nationaliste.

« Un acte honteux »

Selon le secrétaire à la sécurité, Ramón Sabillón, l’ancien président est accusé de trafic d’une importante quantité de drogue. « Il ne s’agit pas de cinq kilos, comme c’est le cas d’autres personnes qui ont été extradées, non, il s’agit de plus de 100 kilos, une quantité considérable », a déclaré Sabillón, qui a également précisé que la présidente Xiomara Castro a ordonné le respect de la loi et se tient informée de l’affaire. « Un ancien président extradé est un événement honteux pour nous en tant que pays », a déploré Sabillón, qui était directeur de la police nationale en 2014 lors de la capture de deux dirigeants d’une organisation criminelle liée au cartel de Sinaloa et qui a ensuite été démis de ses fonctions par l’ancien président, aujourd’hui accusé de trafic de drogue.

Selon le document envoyé par l’ambassade des États-Unis au ministère des affaires étrangères, M. Hernández a participé entre 2004 et 2022 à une association qui a acheminé « environ 500 tonnes de cocaïne via le Honduras et à destination des États-Unis ». Il est accusé de « fabrication, distribution et possession dans l’intention de distribuer une substance illicite à bord d’un avion immatriculé aux États-Unis ».

Le second chef d’accusation contre l’ancien président hondurien est pour « utilisation ou port d’armes à feu ou complicité dans l’utilisation, l’autorisation et la possession » de « mitrailleuses et d’engins destructeurs ». Et le troisième chef d’accusation fait référence à un complot  visant à utiliser des armes à feu pour soutenir l’importation de drogues aux États-Unis. « Complot en vue de l’utilisation ou de port d’armes à feu, y compris de mitrailleuses et d’engins destructeurs, pendant et en relation avec un association important des stupéfiants, ou de possession d’armes à feu, y compris de mitrailleuses et d’engins destructeurs, dans le cadre de ce complot », ajoute le document. À cet égard, selon le texte, l’ancien président « a reçu des millions de dollars de pots-de-vin et de bénéfices de multiples organisations de trafic de drogue au Honduras, au Mexique et ailleurs. »

Direction : New York

Les avocats de la défense de l’ancien président hondurien ont déclaré que leur client était victime de harcèlement après que la police a encerclé le domicile de M. Hernández. Le porte-parole du Secrétariat à la sécurité, Miguel Martínez, a déclaré que quelque 600 policiers gardaient la propriété de l’ancien président « pour empêcher toute activité illégale dans la zone ».

L’annonce de la possible extradition de l’ancien président hondurien vers les États-Unis a été accueillie avec joie par les Honduriens et les Honduriennes qui sont descendus dans les rues au son de la chanson qui s’avère aujourd’hui être une prophétie : Juanchi va pa Nueva York (Juanchi va à New York). La chanson est devenue populaire avec l’extradition et la condamnation du premier de la famille Hernández, l’ancien député du Parti national Tony, considéré par les États-Unis comme un trafiquant de drogue « à grande échelle ».

La semaine dernière, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, avait annoncé le retrait du visa d’Hernández, mettant ainsi fin au soutien que la Maison Blanche lui avait apporté après sa réélection illégitime en 2017.

Dominique Galeano

Source : Pagina/12     Traduction : Venesol