Peuples indigènes. 22 mai, journée mondiale de lutte #StopTerricide

Par Resumen Latinoamericano le 21 mai, 2021

Nous partageons le document : NOTRE PAROLE EST UN DOCUMENT

Il y a des moments dans la vie où nous devons prendre des décisions qui ne semblent pas affecter de manière décisive les faits historiques de l’humanité. Cependant, nous nous trouvons à des points où il n’y a pas d’inflexion. Dans ce cas, cette poignée de sœurs, cette poignée multipliée en dizaines, centaines, milliers de femmes indigènes, nous sommes la voix de celles qui n’ont pas pu le faire et de celles qui ne sont plus. Lassées du terricide, écœurées par tant d’impunité et d’injustice, nous avons décidé de sortir et de marcher parce que nous sommes des mots vivants face à tant de mort.

Notre objectif était de nous rendre à Buenos Aires, d’y entrer à pied pour apporter notre  médecine, car ce sont les espaces où émergent toute la contamination et la douleur dont nous souffrons. C’est de là, dans cet espace géographique, que naissent les décisions qui nous affectent, que se construit le monde qui nous envahit.

C’est pourquoi nous arrivons au noyau de ce que nous comprenons comme étant le germe de tous les virus et peut-être le pire et le plus mortel, le virus de la peur, le virus de la haine, le virus de la mesquinerie, de l’égoïsme. C’est là que nous nous rendons avec notre médecine, déterminées à entamer un processus de guérison.

Nous arrivons, nous allons entrer et nous allons entrer en marchant. Même si la situation de pandémie nous oblige à prendre des mesures restrictives, en partie, parce que l’inconscience de beaucoup d’êtres qui habitent ces grandes villes a décidé de manière irresponsable de refuser de prendre soin d’eux-mêmes et de prendre soin des autres et cela a fait proliférer la pandémie. Mais ce n’est pas la seule chose qui a fait proliférer la pandémie, c’est aussi le mode de vie que cette modernité, ce système, cette matrice civilisatrice a apporté avec elle.

Nous allons marcher. Nous pensions que ce serait un autre contexte dans lequel nous allions entrer à Buenos Aires. Malheureusement, l’annonce faite hier par le gouvernement nous oblige à marcher avec l’incertitude de savoir si la protection de notre intégrité physique, si la possibilité de le faire dans une expression libre de protestation et de visibilité ne va pas être interrompue par des balles, par la répression, par le harcèlement.

C’est pourquoi nous comprenons que de nombreuses personnes qui devaient accompagner cette marche ont décidé de ne pas le faire. Nous ne les jugeons pas, nous le comprenons. Mais nous ne voulons pas non plus être jugées pour notre décision. En effet, alors que nous nous demandions si nous devions entrer dans la ville de Buenos Aires, l’une de nos sœurs a reçu un appel de la province de Salta, de la communauté où elle vit, la communauté indigène Tapiete, lui annonçant qu’une fillette de 7 ans seulement avait été violée de manière bestiale hier.

Nous en avons assez, ne nous en voulez pas d’être écœurées par tant de haine misogyne et raciste. Ne nous reprochez pas de ne pas supporter les forêts abattues, les montagnes brûlées, les rivières assassinées, ne nous reprochez pas de ne pas vouloir continuer à nourrir la longue liste des morts avec nos filles.

Nous allons marcher, nous allons entrer avec la force ancestrale, avec le courage de la parole, et il en sera ce qu’il doit en être. L’État fera ce qu’il a à faire et nous ferons ce que nous avons à faire.

Notre objectif est d’exiger que le Terricide soit déclaré crime contre la nature et l’humanité et que les coupables soient jugés et condamnés.

 

Nous vous invitons à en faire partie en exprimant #BastaDeTerricidio sur les réseaux sociaux, les affiches aux fenêtres, les voitures, partout où vous le pouvez et comme vous le sentez.

Vous pourrez suivre la couverture #live sur nos réseaux sociaux.

Tant qu’il n’y aura pas de justice pour eux, il n’y aura pas de paix.

 

 

Source: Resumen Latinoamericano

Traduction: France Amérique Latine 33