La révolte des “pouilleux” et le racisme du “caviar”

Pérou Pérou | April 13, 2021

J’ai rarement vu ressortir toute la haine viscérale et le racisme le plus féroce des secteurs conservateurs, d’une certaine classe moyenne, mais aussi d’un secteur de la gauche liménienne contre les citoyens qui ont décidé d’opter pour quelqu’un de différent, contre ceux qui ont opté pour un enseignant qui vit au jour le jour l’abandon de l’État, pour un vigile qui subit les injustices du système, pour un paysan abandonné à son sort, et qui est aujourd’hui incarné par Castillo.

Leur conviction de détenir la vérité les conduit à perdre leur rôle et à exprimer leur mépris pour la “plèbe”.

Après le flash électoral, les réseaux sociaux se sont déchaînés et “#C’est pas possible” est même devenu une tendance sur Twitter ; puis sont venues les insultes, les adjectifs, les disqualifications chargées d’une haine sans limite. Sans doute la mentalité coloniale est-elle encore intacte chez de nombreuses personnes qui pensent que le Pérou reste cantonné dans les beaux quartiers, dans les bureaux publics de l’État, dans les ONG, sur les réseaux sociaux, sur Twitter et dans les cafés. J’ai même pu lire des phrases comme : “incapable”, “ignorant” “terroriste” “gauchiste radical”, “paysan inepte” “bouseux” “que les cul-terreux aillent vivre au Venezuela”.

Cela me rappelle l’époque de Tupac Amaru, lorsque les vice-rois et le visiteur Arreche appelaient avec mépris “la révolte des pouilleux”. C’est dire à quel point l’attitude de beaucoup de gens qui se prétendent même de gauche est raciste et fasciste ; Ils osent dire qu’ils ne laisseront pas un ignorant entrer à Lima pour les gouverner, il s’avère que Lima a maintenant des propriétaires, ce sont les nouveaux majordomes qui ne veulent plus quitter les bureaux publics, et nous devons demander la permission d’entrer sur la place Pizarro avec laquelle ils se sentent identifiés et très à l’aise. Le néolibéralisme est un échec total sur le plan économique, mais sur le plan idéologique, il a connu un succès impressionnant et dévastateur dans l’esprit des gens, c’est pourquoi ils s’accrochent à un statu quo décadent.
Raciste vous le devenez du jour au lendemain ou vous êtes un fasciste sournois, sinon comment expliquer des expressions aussi déplorables contre le peuple. Vous êtes raciste quand vous ne connaissez pas le péruvien des sommets et des temples, des campagnes et des montagnes, le Pérou des vallées et des plateaux, les péruviens et péruviennes des maisons de terre et des quartiers poussiéreux où certains politiciens ne vont même pas en campagne électoral. Oui, ils sont racistes ceux qui méprisent ceux qui se battent librement contre toute la presse et tout le pouvoir médiatique et décident de voter malgré cela pour ce que leur dicte leur conscience et pour celui qu’ils croient les représenter.

Il est temps de mettre fin aux privilèges des siècles, sinon regardons la Bolivie où Evo Morales avec le Quechua, l’Aymara et en alliance avec les syndicats ont pu transformer son peuple et montrer que ceux d’en bas peuvent mieux gouverner.

Le combat ne sera pas facile, mais avec chaque jour de lutte, l’esprit du peuple est aussi trempé que l’acier.

Igor IRIGOIN

Source: Razones de Pueblo – Traduction: Romain Migus