Venezuela. Le coup d’État d’avril 2002 et la guerre médiatique depuis l’Europe

Resumen Latinoamericano le 10 avril 2021

Par Geraldina Colotti

En analysant certains éléments clés du coup d’État d’avril 2002, on comprend pourquoi il est légitime de considérer le Venezuela bolivarien comme un paradigme du 21e siècle, un laboratoire qui va au-delà de la réalité vénézuélienne. Ayant pu observer ce tournant de l’intérieur des médias européens, nous avons pu vivre en direct le crescendo des mensonges, savamment alimentés, qui serviront ensuite à nier le coup d’État : des bombes médiatiques, lancées contre la jeune République bolivarienne du Venezuela selon un plan établi par de grands intérêts multinationaux.

Près de vingt ans après le coup d’État, à la lecture de la grande production documentaire, fruit d’enquêtes journalistiques ou judiciaires, la vérité des faits émerge de manière incontestable : celle du conflit d’intérêts qui a conduit et conduit à déformer la vérité, en la mettant au service de ceux qui agissent pour étouffer les raisons des secteurs populaires, au nom du “pluralisme de l’information”.

Un “schéma” qui fonctionne toujours, puisque les grandes concentrations médiatiques sont un appendice exécutif qui soutient et alimente la concentration monopolistique existante au niveau économique. Comme c’est le cas aujourd’hui avec la version des putschistes vénézuéliens, hégémonique dans les médias européens parce qu’imposée par les grandes entreprises, l’interprétation souhaitée par Washington et conditionnée par les médias privés vénézuéliens s’est répandue à l’époque : des États-Unis à l’Europe en passant par la Colombie et avec un point de vue principal dans le journal espagnol El País.

 Au Venezuela, à l’époque, la lutte contre les médias latifundia venait de commencer, et de la “leçon” d’avril allait émerger la force des médias alternatifs, du “journalisme de rue”. En 2001, les deux principaux réseaux de télévision privés vénézuéliens, RCTV (qui a participé activement au coup d’État) et Venevisión, détenaient chacun plus de 30% du marché. Les médias ont reflété le pouvoir économico-politique des grands groupes familiaux dans leur imbrication avec les conglomérats économico-financiers internationaux.

Les organisations de journalistes dits “indépendants”, telles que Reportes sans Frontières, porte-voix de la CIA, ont également occupé l’espace. L’arrogance des médias privés est allée jusqu’à construire une fausse interview d’Ignacio Ramonet, pour donner l’impression qu’il avait cessé de soutenir la révolution bolivarienne, déplaçant les mêmes “critiques” qui ont légitimé le coup d’État au Venezuela. Dès le début, les médias ont assumé le rôle d’acteurs politiques du conflit, utilisant tout l’attirail de la pire “guerre froide” contre le “Castro-Chavisme”.

Des arguments qui se sont imposés dans une Europe où le récit des vainqueurs de l’histoire du XXe siècle était déjà entré dans la dérive acclamée des partis de la gauche modérée. A cette époque, leur divorce d’avec un projet réformiste cohérent, qui envisage la nécessité de changements structurels en faveur des secteurs populaires et forçant les limites de la “compatibilité” capitaliste, était déjà clair. Sinon, ils auraient dû regarder avec intérêt le socialisme embryonnaire d’Hugo Chávez, qui a parié sur l’affaiblissement des mécanismes de l’État bourgeois de l’intérieur, en s’appuyant principalement sur le consensus et en n’utilisant qu’une coercition minimale contre les ennemis.

Les 49 lois d’habilitation promulguées par Chávez en novembre 2001 n’ont pas aboli la propriété privée, ni mis hors la loi la bourgeoisie, ni envisagé une véritable révolution économique, mais elles ont certainement sapé des privilèges et des intérêts décisifs pour le grand capital international : en particulier la loi foncière et la loi sur les hydrocarbures. La répétition orchestrale du coup d’État a été la grève des patrons du 10 décembre 2001, appelée par Fedecámaras et soutenue par CTV le jour où Chávez aurait promulgué la loi sur la terre dans un lieu symbolique comme Santa Inés de Barinas, où Ezequiel Zamora a vaincu l’oligarchie au milieu du XIXe siècle.

Et la figure de Carmona Estanga, chef du syndicat patronal, est apparue comme le principal protagoniste de la conspiration en cours. Le 5 mars 2002, le document programmatique du coup d’État a été présenté, le soi-disant Pacte d’Émeraude, signé par les principaux dirigeants de Fedecámaras et de CTV et béni par les hiérarchies ecclésiastiques. Un soutien qui a été immortalisé par la photo du prêtre Luis Ugalde, qui a joint triomphalement les mains de Carmona Estanga et du syndicaliste Carlos Ortega. Pour l’occasion, ce dernier a déclaré : “Nous considérons que le départ de M. Chavez est imminent”.

Les médias privés ont souligné les applaudissements des États-Unis. Le 6 mars, un document de 125 points émanant de la direction de PDVSA a montré l’ampleur du conflit ouvert par la décision de Chavez de remplacer les hauts responsables de l’entreprise, devenue un État parallèle. Peu après, les sabotages, la destruction de documents, les manifestations à l’intérieur de l’entreprise, le blocus de la raffinerie d’El Palito à Carabobo, avec la pénurie d’essence qui en a résulté dans la capitale, ont commencé : les derniers essais du coup d’État, réalisés en tandem entre CTV et Fedecamaras qui ont même décidé de payer les jours de grève à leurs propres ?

Au moment du coup d’État, la mise en avant de la soi-disant “société civile” s’est également concrétisée dans les médias pour cacher la véritable nature des marches contre Chávez pilotées par le système de pouvoir de la IVe République. Tant pour une “gauche” convaincue qu’il n’y a pas d’alternatives au capitalisme, que pour l’impérialisme américain, il est depuis impossible de comprendre la force du peuple, organisé et conscient, qui a su résister à la grève du pétrole des patrons et continuer à défendre la révolution bolivarienne depuis 1998. La grève du pétrole, qui a duré de décembre 2002 à février 2003, a entraîné la perte de plus de 20 milliards de dollars. On a également appris que la société Intesa, créée par SAIC pour 60% et PDVSA pour 40% des actions, contrôlait le “cerveau de PDVSA” et avait un jeu facile dans la gestion du sabotage. La SAIC était dirigée par les États-Unis et comptait parmi ses directeurs exécutifs de hauts commandants militaires et d’anciens directeurs de la CIA. Ainsi, le gigantesque sabotage électrique de mars 2019 sera-t-il géré de la même manière. Mais, hier comme aujourd’hui, la révolution bolivarienne a su résister grâce à la force du peuple, lançant son message d’espoir à ceux qui luttent ailleurs dans le monde : “Chaque 11 est suivi de son 13”.

Source: Resumen Latinoamericano

Traduction: FAL 33