6 mars : Nous sommes des milliers et des milliers de victimes de crimes d’Etat QUI A DONNE L’ORDRE ?

Photo : Corporación Jurídica Libertad.

Publié Samedi, 06 Mars 2021 par Communications (CJL) 

Le pays n’est toujours pas sûr du nombre total de victimes de crimes d’État. Les données varient : au moins 6 402 personnes ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires dans tout le pays entre 2002 et 2008, comme l’a récemment reconnu la Justice spéciale pour la paix (JEP), un crime d’État sans exemple similaire dans le monde ; 83 000 personnes disparues de force, selon les rapports de diverses institutions de l’État, d’organisations de défense des droits de l’homme et de proches. n crime d’État qui dépasse de plusieurs dizaines de milliers le nombre de personnes disparues dans le Cône Sud ; 6 433 115 personnes déplacées de force, un chiffre qui place la Colombie, après la Syrie, comme le deuxième pays au monde ayant le plus grand nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays ; 1. 834 cas de torture entre 2001 et 2009 ; 6 590 personnes détenues arbitrairement entre 2002 et 2004 de manière massive et irrégulière, selon les chiffres des organisations de défense des droits de l’homme ; 180 290 personnes victimes d’assassinats sélectifs, dont 77 854 groupes paramilitaires et 7 063 agents de l’État sont responsables ; 4 279 massacres ayant laissé un bilan de 24. 837 victimes, 6 201 victimes du génocide de l’Union Patriotique entre 1984 et 2002, 4153 personnes assassinées, enlevées ou disparues de force et 2049 survivants de menaces, de tentatives d’homicide, de torture, de violence sexuelle, de détention arbitraire, d’exil ; 723 actes de violation des droits de l’homme contre le mouvement politique ¡A Luchar !, génocide perpétré sur 529 personnes, 260 victimes d’assassinats, d’exécutions extrajudiciaires et 80 cas de disparition forcée.

Dans tout ce qui précède, il y a un énorme manque d’informations, les chiffres peuvent augmenter à mesure que l’élucidation de ces crimes progresse. Nous connaissons beaucoup de ces chiffres grâce aux enquêtes des organisations de défense des droits de l’homme, des victimes et des rapports du Centre National de la Mémoire Historique publiés sous l’administration précédente, mais nous sommes convaincus qu’il reste des vérités et des questions à résoudre : pourquoi, comment, avec quels intérêts, sous quelle politique, dans quel but. Qui a donné l’ordre ?

Quatre ans et quatre mois après la signature de l’accord de paix final, les discours et les pratiques guerrières ont été reconfigurés et servent de carburant à l’exacerbation de la violence dans les territoires, attaquant le mode de vie des communautés et réduisant au silence, presque quotidiennement, la voix des leaders sociaux qui travaillent dur pour faire de la paix une réalité.

Dans cette radiographie, l’État a été l’un des principaux responsables des chiffres et continue d’être celui qui perpétue le génocide politique continu dans notre pays, preuve en est les 76 massacres, dans lesquels 292 personnes ont été tuées, dont 6 filles et 18 garçons, comme l’a révélé ce mardi (23.02.2021) le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) dans son rapport annuel. Parmi les victimes, on compte 23 femmes, 6 filles, 18 garçons, 7 indigènes et 10 afro-descendants. 2020 est l’année avec le plus grand nombre enregistré depuis 2014.

Ces rapports inquiétants ont été portés à l’attention de l’État colombien, ainsi que des organismes internationaux de vérification des droits de l’homme par les organisations de victimes et de défense des droits de l’homme, ce qui a engendré de nouvelles menaces contre nos vies. Nous avons la preuve qu’une politique de négation des crimes d’État et de dissimulation de la vérité persiste, ce qui est confirmé par l’impunité la plus accablante et nous voyons avec inquiétude comment elle est exacerbée alors que certains progrès sont réalisés dans la clarification de ce qui s’est passé.

Ce gouvernement n’a pas cessé d’entraver les pouvoirs du Système intégral de vérité, justice, réparation et non-répétition (SIVJRNR), ce qui implique : l’impunité, l’absence de vérité et l’impossibilité de construire des garanties de non-répétition. Nous sommes préoccupés par le fait que le parti au pouvoir et ses sympathisants, qui prétendent parler au nom des victimes, sont ceux qui encouragent des actions qui ne visent qu’à perpétuer l’impunité et à favoriser les agents de l’État responsables de graves violations des droits de l’homme. Un exemple de cela, mentionné par le Movice à de nombreuses reprises, est l’actuel directeur du Centre national de la mémoire historique (CNMH) et certains fonctionnaires récemment nommés dans cette institution et d’autres institutions de l’État.

En outre, nous assistons actuellement à l’existence d’un pacte de silence entre les agents de l’État, orchestré par le Fonds technique spécialisé de défense des membres de la force publique (FONDETEC), dont l’objectif est de continuer à dissimuler les faits et les circonstances entourant les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées et, ainsi, de protéger la responsabilité des hauts commandants militaires et des soi-disant tiers, impliqués dans ces graves violations des droits de l’homme.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée Nationale pour la Dignité des Victimes de Crimes d’État, nous voulons des réponses et nous exigeons la vérité pleine et entière sur les principaux responsables de la violence d’État. Nous exigeons la fin du génocide politique dans notre pays et nous demandons à la justice d’agir objectivement car PERSONNE N’EST AU-DESSUS DE LA LOI.

Le Movice et la société colombienne ne cesseront de demander qui a donné l’ordre ?

Nous sommes une graine, nous sommes la mémoire, nous sommes le soleil qui renaît face à l’impunité.

Nous sommes le Mouvement National des Victimes de Crimes d’Etat (MOVICE).

Source : CJL

Traduction : FAL 33

La Corporation Juridique Liberté (CJL) est une organisation non gouvernementale créée en 1993 dans la ville de Medellin – Colombie, dédiée à la défense et à la promotion des droits de l’homme (droits civils et politiques, droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux et droits des personnes) dans les départements d’Antioquia et de Chocó.

Elle accompagne les communautés, les organisations sociales et les individus dans la promotion et la défense des droits de l’homme et des peuples, dans la délégitimation des pratiques autoritaires, dans la formation de sujets politiques et dans la transformation des relations sociales, politiques et économiques injustes qui prévalent en Colombie.