L’ORDRE DU JOUR PARLEMENTAIRE COMMENCE PAR UNE FOCALISATION SUR LE NIVEAU COMMUNAL

Franco Vielma

Caracas, 7 janv. 2021

Lors de l’installation de l’Assemblée nationale (AN) élue le 6 décembre dernier, son nouveau président, le député Jorge Rodriguez, a indiqué quelques orientations fondamentales que le nouveau parlement aura, plaçant dans l’ordre de priorités de légiférer et d’agir en faveur de la construction du pouvoir communal au Venezuela.

Rodriguez a déclaré que la nouvelle gestion parlementaire « ira vers le Parlement communal, cette gestion ira vers la création de lois pour protéger les villes communales, les communes, les conseils communaux », a-t-il dit, ce qui implique une relance ou une réforme des lois du pouvoir populaire et la promulgation d’autres, y compris l’aspirante loi des villes communales, qui est considérée par beaucoup comme une pièce juridique manquante pour l’avancement de la réalisation des gouvernements autonomes dans le pays.

Déjà dans le cadre de la campagne parlementaire, Rodriguez avait indiqué que la transformation de l’État était possible à partir de l’approfondissement des mécanismes de transfert du pouvoir aux communautés organisées.

« Nous devons adopter la loi qui donne du pouvoir à ceux qui connaissent le quartier, les conseils communaux, nous devons donner un pouvoir réel aux communes et ce sera par la loi des villes communales. Nous devons donner un vrai pouvoir aux communes et ce sera par le biais de la loi des villes communales… », a-t-il dit.

L’agenda de l’Assemblée nationale va de pair avec la stratégie de l’exécutif vénézuélien d’assumer de nouveaux termes dans la gestion sociale et l’exercice du pouvoir. En octobre dernier, lors du Congrès national des communes 2.0 organisé par voie numérique, le président Nicolás Maduro a donné des instructions pour l’organisation, l’installation et le déploiement de 200 villes communales gérées en autonomie, par le pouvoir du peuple, par les communes et les conseils communaux eux-mêmes.

De même, le président a salué la proposition de donner cours, par l’intermédiaire de l’Assemblée nationale, à un instrument qui donne un corps juridique au Parlement communal qui, selon ses termes, « oblige le Parlement national à consulter les Communes, tous les projets et toutes les questions en débat pour leur décision ».

Cela rend cette proposition politiquement très ambitieuse. Le  propose la création d’un organe législatif complémentaire à l’AN elle-même et qui dispose d’un véritable corps politique dans les axes territoriaux du pouvoir communal.

De même, le président Maduro a évoqué la nécessité de consolider un nouveau bloc historique national, où les nouvelles façons de faire de la politique sont un facteur inexorable. Elles ont un impact sur les possibilités de remodeler, en termes gramsciens, l’échafaudage de la gestion et de la participation pour moduler l’infrastructure et la superstructure du pays.

Le moment devient opportun pour, dès à présent, décharger toutes les réflexions possibles, pour lesquelles nous poursuivons avec les points suivants.

QUESTIONS ET DÉFIS POLITIQUES

La nouvelle AN a pris sa place dans la politique nationale avec une présentation claire et concrète. Ils insistent pour « réparer » les dégâts laissés par le cycle parlementaire qui l’a précédé, comprenant que cela a permis de consolider un nouveau cadre de réalités dans le pays. À savoir : le blocus et le siège extérieurs, la fracture de l’espace intérieur et du débat politique entre les Vénézuéliens et la stagnation et la stagnation partielle de la politique intérieure.

La nouvelle AN, en faveur de la « réconciliation », de l’ouverture de « mécanismes de dialogue », plus l’insistance sur la création de distensions politiques, selon le discours du député Jorge Rodriguez, vise à maintenir la paix, à briser le blocus, au retour de l’institutionnalité et de l’harmonie politique nationale comme atouts politiques stratégiques.

Mais le chavisme n’entend pas que les formes de dialogue national se perpétuent sous la forme d’un dialogue binomial unique. Le chavisme a su reconnaître l’existence de plusieurs oppositions politiques et, au-delà, d’un pays beaucoup plus diversifié, avec un ensemble de besoins politiques, de revendications de la population et d’anciennes dettes en termes de participation sociale et de démocratie protagoniste.

La pleine reconnaissance du terrain rend ces propositions parlementaires extrêmement stratégiques. Pour la première fois dans un parlement national, les lois concernant le pouvoir populaire sont en tête de l’agenda législatif.

Le chavisme reconnaît alors l’espace politique national au-delà de la diatribe entre les partis. Aller à la Commune, c’est, pour le chavisme, aller à la moelle, aux entrailles politiques de la nation, où se déroule la diatribe de la vie quotidienne, aujourd’hui, entre les douleurs et les conquêtes qui ont été tracées par la nouvelle réalité nationale.

La nouvelle AN est, de tous côtés, une AN pour le « déblocage » du pays. Cela implique que son travail politique dans les limites de ses pouvoirs vise à débloquer tous les nœuds critiques possibles, qui à l’époque ont tenté de placer le Venezuela dans une position hémiplégique.

La politique intérieure est un élément à « débloquer », et pour cela, au-delà des dialogues avec l’opposition, ils appellent à la création de lois qui, dans le large spectre social, changent les règles du jeu démocratique du plus profond du pays.

Ces lois seront rédigées dans un cadre de contestation, car elles seront contestées par des secteurs de l’autogestion politique, qui se sont abstenus aux élections et qui défendront la permanence et la continuité des anciennes formes de politique. Pour cela, ils feront appel à la défense d’instances qui seraient soi-disant éradiquées, comme les mairies, ou signaleront l’élimination des AN par un Parlement communal, en déclarant l’inconstitutionnalité de ces lois du pouvoir populaire.

Ils encourageront les pressions extérieures, le blocus et la continuité des moyens de paralyser l’État national en diabolisant ces initiatives et en dénonçant à nouveau un prétendu communisme imposé dans le pays.

En outre, ces lois seront débattues dans un nouveau pays, un pays différent, soumis à de nouvelles inerties et conditions qui n’existaient pas lorsque les premières lois du pouvoir populaire ont été promulguées. Les nouvelles lois seront élaborées selon les critères d’un État limité en ressources, sous blocus, en contingence permanente et en voie de démanteler le système de rentier pétrolier, qui a été le contrat matériel fondateur du Venezuela contemporain, avant et après 1999.

L’expérience accumulée

Les meilleurs points de référence sur lesquels les parlementaires des AN peuvent s’appuyer pour assumer les nouvelles tâches législatives sur la Commune se trouvent peut-être dans les mémoires des Congrès communaux qui ont eu lieu ces dernières années. Il y a là des principes élémentaires écrits à partir de la propre expertise et de l’expérience de ses protagonistes.

Les forces communales et autres expressions du tissu politique du chavisme sont la réserve sociale, morale et politique du pays ; ce sont elles qui ont eu le privilège ardu d’expérimenter sur le terrain politique du « nouveau ». Ils ont travaillé avec des hauts et des bas, des erreurs, des incohérences, des faiblesses et avec mille obstacles devant eux, mais ce sont eux qui ont donné naissance à une nouvelle façon de faire de la politique au Venezuela et font, par conséquent, partie des expressions du savoir indispensable pour repenser le pays.

Les conseils communaux, et après eux, les communes et les systèmes d’agrégation communale, sont tous des expressions germinales du pouvoir social, ils sont le point de départ pour donner forme aux Villes Communales en tant qu’espaces géo-humains. Ils sont aussi le point exact pour décanter un système de participation parlementaire communale, qui permet de dépasser la vieille logique clientéliste de l’ancien parlementarisme.

Mais l’élaboration d’une loi des villes communales et d’une loi qui se réfère au Parlement communal, implique l’identification de sujets politiques appropriés de plus grande ampleur, non seulement pour être rendus visibles dans ces lois, mais aussi parce qu’ils sont les facteurs qui peuvent donner un réel soutien à ces initiatives législatives dans les instances les plus complexes de la société.

Cette référence va à l’avant-garde, aux CLAPS, à l’UBCH et au tissu politique majoritairement féminin qui fait de la vraie politique au quotidien et au plus profond de l’espace politique national ; ils sont une référence indispensable, car ils sont dans les formes cellulaires de la politique au jour le jour, vivant parmi les gens et à partir d’eux avec les adversités, et étant un mur de confinement et d’attention aux demandes les plus sincères.

Ce sont des secteurs qui, par excellence, sont clairement formés aux façons de faire de la politique au milieu des nouvelles inerties du pays, loin des méthodes aériennes de formulation des politiques publiques. Ils sont donc essentiels, car ils comprennent que l’éventuelle loi sur les villes communales et une loi sur le parlement communal doivent aller à la recherche de nouvelles formes de gestion politique et sociale au milieu des larmes et des opportunités auxquelles nous sommes confrontés.

Ces secteurs sociaux et leurs espaces naturels constituent un foyer d’expertise inestimable et peuvent être, en tant que facteurs de première ligne, les promoteurs du changement opportun des règles qui pourraient découler de ces lois importantes.

Les lois à venir pourraient même reformuler les lois du Pouvoir Populaire en vigueur, car après des années de leur promulgation, la réalité a montré que les mécanismes prévus pour leur mise en œuvre sont dépassés, qu’ils n’ont pas été remplis car les méthodes pour les imposer n’ont pas été efficaces et de plus de nombreuses conditions ont changé.

En d’autres termes, l’expérience accumulée de l’adage législatif au fait, nous oblige à repenser ce cadre normatif. Cela n’implique pas l’expiration des lois en vigueur, mais plutôt que celles-ci ont été formulées dans l’expérimentation du nouveau et ce même processus d’invention est exposé à de grandes possibilités de reformulation en faveur des temps politiques et sociaux.

La lutte naturelle entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant, qui a été longue et complexe dans les entrailles de la gestion publique, va maintenant avoir de nouvelles lois qui, avec une grande emphase, vont déléguer à de nouveaux acteurs politiques de nouveaux rôles pertinents pour l’exercice du pouvoir. C’est très important, car ces lois pourraient résoudre les différends qui découlent des anciennes pratiques et prétentions des fonctionnaires et des institutions à préserver les quotas. Cette lutte est donc aussi une source d’apprentissage pour les législateurs.

Il sera particulièrement important de pouvoir élaborer des instruments qui soient politiquement efficaces, viables, pertinents et adaptés aux conditions matérielles et existentielles du pays.

Comme suggestion supplémentaire, il conviendrait que la rédaction de ces lois soit originale, en explorant l’idéologie nationale d’origine, en particulier celle qui est née de Simón Rodríguez lui-même, qui a appelé « Toparquie » le gouvernement du lieu et l’autonomie comme forme d’organisation de l’exercice du pouvoir sur le territoire de la République, en dissolvant les formes de pouvoir nées de l’inertie coloniale et en les remplaçant par des autonomies faites sur mesure par des hommes et des femmes libres en association et en organisation. Il y a là, dans toute cette accumulation théorique, une immense richesse que nous ne pouvons plus sous-estimer.

Bref, le tableau d’ensemble est idéal et fertile pour l’audace politique, pour libérer les forces de la politique au sein de la société vénézuélienne, avec un nouvel élan et des aspirations plus ambitieuses.

Source : Misión Verdad

Traduction : FAL 33