La solidarité internationale est-elle désormais une forme de terrorisme ?

La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; l’ignorance, c’est la force :

Depuis 1959, Cuba envoie dans les pays sinistrés des “armées de robes blanches” au nom de la solidarité internationale et de la “diplomatie médicale”.

Alfred de Zayas

03/02/2021

Lorsque George Orwell a écrit son roman “1984”, il était bien conscient des dangers du totalitarisme et de la menace que représentent pour nos libertés l’endoctrinement et la manipulation de l’opinion publique, que ce soit par le gouvernement ou le secteur privé. Il ne s’agit pas seulement de “fausses nouvelles”, mais de la destruction du langage. Mais Orwell aurait-il pu prévoir la folie d’un président et secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, dans son utilisation corrompue des mots ?

 L’Iran, la Corée du Nord et la Syrie figuraient déjà sur la “liste noire” américaine des pays supposés soutenir le terrorisme. Maintenant, Cuba a été ajouté à cette fausse liste. En fait, si Trump voulait dénoncer les pays qui encouragent le terrorisme, il devrait commencer par les États-Unis eux-mêmes et leur utilisation meurtrière de drones, les attentats terroristes à la bombe contre des civils en Afghanistan et en Irak, qui font actuellement l’objet d’une enquête par le procureur en chef Fatou Bensouda de la Cour pénale internationale de La Haye. Je réfléchirais à la production et au commerce des armes qui tuent sans discrimination, notamment les mines terrestres, les bombes à fragmentation et les armes à l’uranium appauvri.

 Quelle est la contribution de Cuba au “terrorisme” ? Sa solidarité avec la Bolivie, le Nicaragua et le Venezuela justifie-t-elle d’être considérée comme un commanditaire du terrorisme, comme l’a suggéré Pompeo ? Que signifie le mot “terrorisme” dans le dictionnaire de Pompeo ? N’est-ce pas une forme de “discours de haine”, une forme de “fausses nouvelles” visant à désinformer le public pour qu’il poursuive les ambitions de “changement de régime” de Washington ?

 En 2017, l’experte indépendante des Nations unies sur les droits de l’homme et la solidarité internationale, Virginia Dandan, a mené une mission officielle très professionnelle à Cuba au nom du Conseil des droits de l’homme. Son rapport a mis en évidence les contributions de Cuba à une culture de la paix dans le monde et son assistance altruiste à de nombreux pays en développement, notamment en envoyant ses médecins pour aider les services médicaux de nombreux pays qui demandent cette assistance, en particulier en ce qui concerne les épidémies répétées d’Ebola en Afrique. En fait, depuis 1959, Cuba envoie dans les pays sinistrés des “armées de robes blanches” au nom de la solidarité internationale et de ce que l’on peut appeler la diplomatie médicale. https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N17/220/84/PDF/N1722084.pdf?OpenElement et https://undocs.org/es/A/HRC/38/40/Add.1.

 Suite au succès de la mission de Dandan à Cuba et à la présentation de son rapport au Conseil des droits de l’homme, Cuba a continué à envoyer des médecins et des infirmières dans de nombreux pays dans le besoin, y compris des pays européens comme l’Italie et Andorre. Il a été rapporté que Cuba a eu jusqu’à 37.000 travailleurs médicaux qui ont aidé dans 67 pays. https://apnews.com/article/98cfdbf5c4a62a40eba648723e452f3e et https://www.thenation.com/article/world/cuba-doctors-covid-19/ Cela est également reflété dans un récent rapport publié dans le magazine Time.

 En 1984, les slogans de Big Brother étaient basés sur la “double pensée”, c’est-à-dire sur la capacité de l’homme à accepter simultanément comme correctes deux croyances mutuellement contradictoires. Nous nous souvenons tous que les ministères de la Vérité, de l’Amour, de la Paix et de l’Abondance en Océanie ont fait en sorte que les heureux habitants de l’Océanie croient en la bienveillance de leurs dirigeants. Mais qui, sain d’esprit, pourrait croire en la bonne foi de Donald Trump et de Mike Pompeo ? Comme pour les slogans de “1984”, l’utilisation de la double pensée par Trump illustre son attente que le peuple américain – et le monde – acceptent simultanément la croyance que Cuba est un État terroriste, même si l’on ne peut pas cacher le fait qu’il pratique la solidarité internationale, comme le confirment les rapports des Nations unies et la procédure d’examen périodique universel (EPU) du Conseil des droits de l’homme.

 Le “journal télévisé” de Trump ne lui survivra pas. Rien ne prouve que le gouvernement cubain est ou a été le cerveau d’une quelconque attaque terroriste dans le monde. Cuba n’est pas non plus en mesure de financer des activités terroristes, elle-même victime de sanctions draconiennes qui ont étouffé son économie.

Gregory Meeks, membre démocrate du Congrès de New York, est le nouveau président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants. Il a ajouté que la liste noire de Trump n’est pas destinée à aider le peuple cubain et ne fait que compliquer les choses en tentant de lier les mains de l’administration Biden. S’adressant à l’Associated Press, Meeks a noté que cette désignation moins d’une semaine avant la fin de la présidence de Trump et suite à l’incitation de Trump à “une attaque terroriste interne dans la capitale américaine … c’est de l’hypocrisie”.

 C’est trop absurde pour être dit. Les pays candidats éminents pour la liste seraient, bien sûr, l’Arabie Saoudite, qui commet quotidiennement des attentats terroristes contre le peuple du Yémen, où d’innombrables enfants ont été victimes d’attaques terroristes, et où sévit aujourd’hui la plus grande crise humanitaire au monde. Et ceux qui sont maintenant appelés terroristes dans le livre de Trump – les Houthis – devraient être remplacés par Mohammad bin Salman al Saud.

 Espérons qu’après le 20 janvier, Joe Biden et Kamala Harris auront le courage d’effacer ces abus de dernière minute de l’administration Trump et de lever les 60 ans d’embargos cruels, de blocages financiers et de sanctions, comme l’a demandé l’Assemblée générale des Nations unies dans 28 résolutions, dont la dernière a été adoptée le 7 novembre 2019. https://www.un.org/press/en/2019/ga12212.doc.htm

 (Traduction : CSCA)

 – Professeur Dr. Alfred de Zayas, Genève. Expert indépendant des Nations unies sur la promotion d’un ordre international démocratique et équitable (2012-2018).

Source : Alainet

Traduction : FAL 33