Milagro Sala : « Nous avons besoin d’arrêter la main de Morales »

FOTO ADRIAN PEREZ milagro sala

16 janvier 2021

La parole de la dirigeante de Tupa Amaru au bout de cinq ans de prison à Jujuy

 « Ces cinq dernières années ont été très dures, non seulement parce que je suis prisonnière,  mais pour les onze compagnons qui ont été humiliés par les policiers, les juges et les procureurs pour avoir refusé de dire du mal de Milagro Sala et pour maintenir leurs convictions » ; c’est ce qu’a déclaré à Pagina/12 Milagro Sala lors du cinquième anniversaire  de son emprisonnement à Jujuy qui est gouverné par le macriste Gerardo Morales qu’elle a accusé de militariser la province pour éviter la mobilisation prévue ce samedi pour réclamer sa liberté. « Nous avons besoin qu’on arrête la main de Morales parce qu’il se croit le maître de la vie des habitants de Jujuy » a-t-elle assuré.

Elle s’était aussi exprimée sur ce sujet lors d’un dialogue avec le journaliste Victor Hugo Morales, dans son programme radio « la matinée de Victor Hugo », sur AM750. Elle avait mentionné le « sac pesant » qu’elle porte sur le dos à cause de sa situation mais aussi à cause de celle de ses compagnons qui ont été menacés de retrouver leur liberté seulement s’ils l’accusaient de quelque chose, le principal objectif de Morales.

Elle a raconté également que même si, aujourd’hui, certains de ses compagnons ont retrouvé leur liberté, ils souffrent de graves séquelles de santé, mentale et physique. Tel est le cas de Javier Nievas qui, en juin, a été contaminé par le coronavirus en prison, mais les autorités ne l’ont pas cru. Aujourd’hui, il souffre de problèmes pulmonaires, conséquences de la maladie.

Quant aux libérations et aux emprisonnements à domicile pour les fêtes, Sala a affirmé qu’« ils n’avaient rien à fêter ». « Parce que, au-delà du moment où tu peux retrouver la liberté, la vie ne te rendra rien ».

Milagro Sala a été arrêtée le 16 janvier 2016 pour avoir participé à une manifestation devant l’édifice du gouvernement de Jujuy. A partir de ce moment-là, a été déployée une énorme chaîne d’accusations et de mises en cause judiciaires contre elle. Cependant, au jour d’aujourd’hui, elle n’a pas de condamnation ferme – bien que la Constitution de Jujuy ne le permette pas- et sa prison préventive a déjà été prolongée trois fois.

Après cinq ans d’emprisonnement – aujourd’hui à domicile- et plus d’un an après l’arrivée à la présidence d’Alberto Fernandez, Sala a dit à Pagina/12 que « à Jujuy rien n’a changé parce que les chefs de la police et de la gendarmerie sont toujours les mêmes ». Et elle a dénoncé le fait que « pendant toute la semaine, les compagnons ont subi beaucoup de pression ».

« Il y a eu un très gros appel à manifester pour demain, pour demander la liberté de tous les prisonniers politiques. Pas seulement de Milagro Sala, mais de tous ceux qui sont emprisonnés pour des motifs politiques et contre lesquels on a utilisé la justice pour les poursuivre. Mais, en ce moment même, ils ne laissent pas passer nos compagnons » a-t-elle déclaré.

La cause en est l’imposant dispositif de sécurité qui a été déployé par Morales pour empêcher la mobilisation en faveur de la dirigeante sociale et l’entrée des manifestants dans la ville de San Salvador de Jujuy. Officiellement, la justification est que ce sont des actions de prévention face à de possibles dégradations de « biens publics et privés, de même que la protection de l’intégrité des personnes, du personnel policiers et des fonctionnaires publics ». Le contexte de pandémie du covid 19 est aussi mentionné comme argument pour affecter dans le dispositif trois pelotons du Corps Spécial, de même que des effectifs en civil, selon le Dispositif de Prévention et Sécurité pendant la « Mobilisation de Secteurs Sociaux- Dispositif Anniversaire ».

Sala a rapporté « qu’ils ont menacé les entreprises de transport pour qu’elles ne permettent pas la mobilisation des membres des organisations sociales ; sur toutes les routes, ils ont déployé plus de sécurité comme si l’organisation Tupac Ama       ru était le pire du pire ; ils disent que les compagnons qui arriveront à la marche seront traduits en justice ».

 

« Si cela n’est pas une province militarisée, alors, je ne sais pas ce que c’est », a dit la dirigeante sociale, et elle a ajouté : « Cela c’est parce qu’il y a une complicité. Il y a une complicité entre la Police Fédérale et la Gendarmerie pour que Morales continue à faire ce qu’il a envie. Et c’est extraordinaire que l’on vive ça en pleine démocratie et avec un gouvernement qui se dit National et Populaire. »

« Nous avons besoin qu’on arrête la main de Morales parce qu’il se croit le maître de la vie des habitants de Jujuy », a demandé Sala. « Et la seule façon que ça change, c’est qu’on change les juges et les procureurs. Une Réforme Judiciaire est urgente pour que plus jamais elle ne soit dominée par un parti politique ».

Dossier : Sofia Moure

Source : Página 12

traduction : FAL 33