Le tribunal déclare coupable l’ex-sergent des carabiniers pour l’assassinat de Camilo Catrillanca

Chili- 7 janvier 2021

Camilo Catrillanca a été assassiné le 14 novembre 2018, après avoir reçu, par derrière, un tir à la tête, alors qu’il essayait de protéger un adolescent qui l’accompagnait sur un tracteur. Le projectile a été tiré par le GOPE-Comando Jungla. Ainsi, l’adolescent dont les initiales sont M.A.P.C., a assisté à l’assassinat de son compagnon. Il est mort à côté de lui. Ensuite ils l’ont descendu du tracteur, ils l’ont battu, ils l’ont mis dans une voiture de police et ils ont continué à le battre et à l’insulter. Telles sont les causes qui ont motivé la condamnation ce jeudi 7 janvier par le Tribunal Oral Pénal de Ango .

Il faut rappeler que les fonctionnaires du GOPE (Groupe Opérationnel de Carabiniers) ont donné de fausses informations en faisant référence à un affrontement et à une poursuite pour un supposé délit de recel d’un véhicule volé qui a été utilisé comme « cause » de l’entrée violente dans la communauté.

Face à une série de délits, y compris les accusations d’homicide de Camilo Catrillanca, d’homicide manqué et de tortures de l’adolescent M.P.A.C., d’obstructions aux recherches, de dissimulation et de tirs injustifiés, huit personnes ont été condamnées : Carlos Alarcon Molina, Raul Avila Morales, Patricio Sepulveda Munoz, Braulio Valenzuela Aranguiz , Gonzalo Andrés Pérez Vargas , Jorge Ivan Contrera Figueroa, Manuel Antonio Valdivieso Teran, et Cristian Eduardo Inostroza Quininir.

Carlos Alarcon, considéré comme le principal responsable de l’exécution de Catrillanca, a affirmé que ses supérieurs lui avaient demandé de donner une fausse version des faits qui avaient eu lieu, et le Tribunal Oral Pénal de Angol a décidé de le déclarer coupable du délit d’homicide simple ce qui correspondrait à une peine de 10 ans. Il a aussi été déclaré coupable du délit d’homicide simple manqué sur l’adolescent dont les initiales sont M.P.A.C. La sentence définitive sera donnée le 28 janvier à 11 heures et elle pourra être vue sur la page du Pouvoir Judiciaire.

L’assassinat de Camilo Catrillanca et les plans de l’opération

Selon des informations policières du renseignement, Camilo Catrillanca était déjà surveillé. Cela était indiqué par le document -Exposition coordination zone contrôle ordre public- que CIPER a révélé à la fin du mois de novembre 2018 et qui avait été élaboré par la défunte Unité d’Intelligence Opérationnelle Spécialisée de Carabiniers (UIOE) . La même unité qui, justement, dans ces mêmes jours de 2017 finalisait l’ « Opération Ouragan ».

Camilo avait une activité dans la défense des droits Mapuche. Il était le petit fils du lonko Juan Catrillanca connu lors des procès territoriaux de Temucuicui, et le fils du dirigeant et werken, Marcelo Catrillanca, qui avait aussi été poursuivi par l’Etat les années antérieures.

Il faut rappeler que, après que l’assassinat ait été commis, Andrés Chawick, en tant que  ministre de l’Intérieur avait dit à la presse : « ce sont des faits qui ont leur origine dans le droit commun, une agression grave et violente contre quatre femmes, délit qui n’a rien à voir avec le conflit mapuche. C’est un délit de droit commun ». Ces paroles ont fait partie des déclarations polémiques du ministre dont on a exigé la destitution, mais Piñera l’a gardé jusqu’à la rébellion sociale de novembre 2019.

En septembre 2019, La Chambre des députés a approuvé le rapport final de la commission d’investigation du cas Camilo Catrillanca ; celui-ci établit la responsabilité politique directe du ministre de l’intérieur, Andrés Chadwick, et du sous-secrétaire de l’Intérieur Rodrigo Ubilla (qui est toujours en poste), pour le crime du jeune Camilo Catrillanca.

Dans le texte de 247 pages, on détaille le rôle qu’ont joué les différentes autorités du gouvernement dans la mort de Catrillanca, et on affirme que « les autorités politiques sous la dépendance desquelles se trouvent les forces de police ont une responsabilité politique. Il a été démontré, d’une part, que la mort de Camilo Catrillanca a été la conséquence de l’intensification volontaire et consciente de la part du gouvernement, d’une politique de violence institutionnelle et de criminalisation du peuple Mapuche ».

Avant l’assassinat de Camilo Catrillanca, l’ « Opération Ouragan » avait été activée. Il s’agit d’un acte porté depuis une unité d’intelligence des Carabiniers, des secteurs politiques et certains opérateurs de justice, en 2017, qui a généré un ample réseau illicite, avec des chiffres qui vont de centaines à des milliers de téléphones surveillés, de faux chats de watsap, des attentats fabriqués, l’application de la loi anti-terroriste et la criminalisation de nombreuses personnes mapuches. Tout cela dans le but de freiner les revendications pour leurs droits, principalement sur leurs terres ancestrales, ce qui implique les intérêts des entreprises forestières et de certains latifundistes d’origine coloniale.

L’Opération Ouragan n’était pas isolée, elle était l’antichambre de l’Opération Andes qui essayait d’atteindre la scène internationale et frontalière (Chili-Argentine), avec l’implication des gouvernements du Chili et de l’Argentine. Selon les investigations et publications de Ciper Chile, les supposées deux créations du « professeur » Alex Smith (Antorcha et Tubicacion), l’unité d’Intelligence des Carabiniers de l’Araucanie préparait la scène pour l’« Opération Andes », dans laquelle apparaissait un trafic d’armes depuis l’Argentine vers la Coordination Arauco Malleco au Chili ; mais tout s’est écroulé avec l’effondrement de l’Opération Ouragan, ce qui démontrait que tout avait été inventé.

Les opérations ont disparu et il y a eu une série d’accusations croisées qui ont dénoncé des tentatives de manipulation de preuves et des montages entre agents de l’Intelligence des Carabiniers et des procureurs, pendant que le gouvernement de Pinera essayait de se démarquer en essayant d’apparaître comme victime de cette unité de Carabiniers.

Source : Comunicaciones Mapuches/Alba TV

Traduction : FAL 33