L’État communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela

Caracas, 8 janvier 2021

par Franco Vielma

Lors de l’installation de l’Assemblée Nationale (AN) élue le 6 décembre dernier, son nouveau président, le député Jorge Rodriguez, a indiqué certaines orientations fondamentales que le nouveau parlement aura, plaçant dans cet ordre de priorités celui de légiférer et d’agir en faveur de la construction du pouvoir communal au Venezuela.

Rodriguez a déclaré que la nouvelle gestion parlementaire « ira vers le Parlement communal, cette gestion ira vers la conformation de lois pour protéger les cités communales, les communes, les conseils communaux », ce qui suppose une relance ou une réforme des lois du pouvoir populaire et la promulgation d’autres, parmi elles, du projet de loi des cités communales, qui est considéré par beaucoup comme une pièce juridique manquante pour l’avancée dans la concrétion des gouvernements autonomes dans le pays.

Dans le cadre de la campagne pour ces élections législatives, déjà, Rodriguez avait indiqué que la transformation de l’État était possible à partir de l’approfondissement des mécanismes de transfert du pouvoir aux organisations populaires.

« Nous devons adopter la loi qui donne du pouvoir à ceux qui connaissent le quartier, les conseils communaux, nous devons donner un vrai pouvoir aux communes et ce sera par la loi des cités communales. Une loi pour que les communes prennent le pouvoir une fois pour toutes à partir de leurs territoires »

L’agenda de l’Assemblée Nationale est en phase avec la stratégie de l’exécutif vénézuélien qui assume de nouveaux termes dans la gestion sociale et dans l’exercice de la démocratie participative. En octobre dernier, lors du Congrès national des Communes 2.0 organisé par voie numérique, le président Nicolás Maduro a donné des instructions visant à l’organisation, l’installation et le déploiement de 200 cités communales gérées en autogouvernement populaire, par les communes et les conseils communaux eux-mêmes.

De même, le président a accepté la proposition de mettre en place, à travers les travaux de l’assemblée nationale, un instrument qui confère une existence juridique au Parlement communal qui, selon ses termes, « oblige le Parlement national à consulter les Communes, sur tous les projets et sur tous les sujets qui seront mis en débat ». Une proposition politiquement très ambitieuse. Le chavisme propose la création d’un organe législatif complémentaire à l’Assemblée Nationale elle-même et qui aurait un véritable corps politique dans les axes territoriaux du pouvoir communal.

De même, le président Maduro a évoqué la nécessité de consolider un nouveau bloc historique national, où les nouvelles façons de faire de la politique soient un facteur inexorable, une nouvelle forme à l’échafaudage de gestion et de participation pour moduler l’infrastructure et la superstructure du pays.

Contours et défis politiques

La nouvelle Assemblée Nationale a pris sa place dans la politique nationale avec une présentation claire et concrète. Ils s’agit de « réparer » les dégâts laissés par le cycle de la majorité de droite qui l’a précédée : le blocus et le siège extérieur, la fracture de l’espace intérieur et du débat politique entre les Vénézuéliens, et la stagnation et l’échouage partiel de la politique intérieure.

La nouvelle Assemblée nationale, favorable à la « réconciliation », à l’ouverture de « mécanismes de dialogue », à la distension politique, selon les termes du député et président de l’assemblée Jorge Rodriguez (photo ci-dessous, à droite), vise à maintenir la paix, à briser le blocus, au retour des institutions et à l’harmonie politique nationale comme atouts politiques stratégiques.

Mais le chavisme ne conçoit pas que le dialogue national soit perpétué comme le seul dialogue de deux camps. Il a su reconnaître l’existence de diverses oppositions politiques et, au-delà, de tout un pays beaucoup plus diversifié, avec un ensemble de besoins politiques, de revendications de la population et d’anciennes dettes en termes de participation sociale et de démocratie directe.

La pleine reconnaissance du terrain rend ces propositions parlementaires hautement stratégiques. Pour la première fois dans un parlement national, les lois concernant le pouvoir populaire sont en tête de l’agenda législatif. Dans ce sens, aller vers la Commune, c’est, pour le chavisme, aller au fond des choses, au cœur politique de la nation, là où se nouent les contradictions de la vie quotidienne, aujourd’hui, parmi tant de souffrances et de conquêtes.

La nouvelle Assemblée Nationale est, dans tous ses aspects, une assemblée pour le « déblocage » du pays. La politique intérieure est un élément à « débloquer », et pour cela, outre les dialogues politiques avec les oppositions, le chantier concerne la création de lois qui, pour l’ensemble du spectre social, changent les règles du jeu démocratique du pays le plus profond.

Ces lois seront rédigées dans un cadre conflictuel, car elles seront contestées par des secteurs politiques auto-exclus, qui se sont abstenus aux élections et qui défendront la permanence des anciennes formes de politique. Pour cela, ils feront appel à la défense d’instances qui seraient supposées être éradiquées, comme les mairies, ou en signalant l’élimination des AN par un Parlement communal, en déclarant l’inconstitutionnalité de ces lois du pouvoir populaire.

Ils se soumettront à des pressions extérieures, au blocus et chercheront à perpétrer l’État national, en diabolisant ces initiatives et dénonçant à nouveau un prétendu communisme imposé au pays.

En outre, ces lois seront débattues dans un nouveau pays, un pays différent, soumis à de nouvelles inerties et conditions qui n’existaient pas lorsque les premières lois du pouvoir populaire ont été promulguées. Les nouvelles lois seront élaborées selon les critères d’un État limité en ressources, sous blocus occidental, en contingence permanente et en chemin de démantèlement du rentisme pétrolier qui fut le contrat matériel fondateur du Venezuela contemporain, avant et après 1999.

L’expérience accumulée

Les meilleures références sur lesquelles les parlementaires peuvent compter pour assumer les nouvelles tâches législatives de la Commune, sont peut-être dans les mémoires des Congrès communaux qui ont eu lieu ces dernières années. Il existe des principes élémentaires écrits à partir de l’expertise et de l’expérience de ses protagonistes.

Les forces communales et autres expressions du tissu politique du Chavisme sont la réserve sociale, morale et politique du pays ; ce sont elles qui ont eu le privilège ardu d’expérimenter dans l’arène politique du « nouveau ». Ils ont travaillé avec des hauts et des bas, des erreurs, des incongruités, des faiblesses et avec mille obstacles au premier plan, mais ce sont eux qui ont donné naissance à une nouvelle façon de faire de la politique au Venezuela et font, par conséquent, partie des expressions du savoir indispensable pour repenser le pays.

Les conseils communaux, et après eux, les communes et les systèmes d’agrégation communale, sont tous des expressions germinales du pouvoir social, ils sont le point de départ pour donner forme aux Cités communales comme espaces géo-humains. Ils sont aussi le point exact pour décanter un système de participation parlementaire communale, qui permet de dépasser la vieille logique clientéliste de l’ancien parlementarisme.

Mais écrire une loi des villes communales et une loi qui se réfère au Parlement communal, implique l’identification de sujets politiques appropriés avec une plus grande amplitude, non seulement pour être rendus visibles dans ces lois, mais aussi parce qu’ils sont les facteurs qui peuvent donner l’assentiment dans la réalité à ces initiatives législatives.

Nous parlons de l’avant-garde, des Comités d’Approvisionnement et de Production (CLAPS), des Unités de Bataille Hugo Chavez (UBCH) et du tissu politique principalement féminin qui fait la vraie politique depuis le quotidien et au plus profond de l’espace politique national : référence indispensable, car ils sont dans les formes cellulaires de la politique au jour le jour.

Ce sont des secteurs qui, par excellence, se sont formés aux façons de faire de la politique au milieu des nouveaux obstacles ou inerties internes, loin des méthodes aériennes de formulation des politiques publiques. Ils sont donc essentiels, car ils comprennent que l’éventuelle loi sur les cités communales et une loi sur le parlement communal doivent aller à la recherche de nouvelles formes de gestion politique et sociale. Ces secteurs sociaux et leurs espaces naturels constituent un foyer d’expertise inestimable et peuvent être, en tant que facteurs de première ligne, les promoteurs du changement opportun des règles qui pourraient découler de ces lois importantes.

Les lois qui viendront, pourraient même reformuler les lois du Pouvoir Populaire en vigueur, car après des années de leur promulgation la réalité a montré que les mécanismes prévus pour leur mise en œuvre sont dépassés, ils n’ont pas été remplis car les méthodes pour les imposer n’ont pas été efficaces et de plus de nombreuses conditions ont changé. Cela n’implique pas l’expiration des lois en vigueur, mais plutôt que celles-ci soient réinventées.

La lutte naturelle entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant, qui a été longue et complexe dans les entrailles de la gestion publique, va maintenant avoir de nouvelles lois qui, avec une grande emphase, vont déléguer à de nouveaux acteurs politiques et sociaux de nouveaux rôles pour l’exercice du pouvoir citoyen. C’est très important, car ces lois pourraient résoudre les différends qui découlent des anciennes pratiques et prétentions des fonctionnaires et des institutions en matière de préservation des quotas. Cette lutte est donc aussi une source d’apprentissage pour les législateurs.

En outre, il conviendrait que la rédaction de ces lois soit originale, en explorant l’idéologie nationale d’origine, en particulier celle qui est née de Simón Rodríguez lui-même, qui a appelé « Toparquía » le gouvernement local et l’autonomie comme forme d’organisation de l’exercice du pouvoir sur le territoire de la République, en dissolvant les formes de pouvoir apparues dans l’inertie coloniale et en les remplaçant par des autonomies adaptées aux hommes et aux femmes libres en association et en organisation. Il y a là, dans toute cette accumulation théorique, une immense richesse que nous ne pouvons pas continuer à sous-estimer.

Source : La agenda parlamentaria arranca con destino hacia lo comunal | Misión Verdad (misionverdad.com)

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela | Venezuela Infos (wordpress.com)