ENJEUX DES ÉLECTIONS AU VENEZUELA

30 novembre 2020

Au Venezuela, la majorité des candidates aux législatives de décembre 2020 sont des femmes. 107 organisations de tout bord politique, de la gauche à la droite, et 14 400 candidats se présentent, parmi lesquels aussi des jeunes, des indigènes, des afrodescendants, la communauté LGBTI+ et des personnes souffrant de handicap, ce qui témoigne d’une avancée dans l’inclusion des différents secteurs sociaux et politiques.

 Le Venezuela organise en moyenne une élection par an, un record dans le continent.

Plus de 30 000 bureaux de vote seront installés dans plus de 14 200 centres électoraux, comme l’a annoncé ce dimanche le Conseil national électoral lors d’une nouvelle journée de vérification des machines de vote, en présence des partis d’opposition.

Les enjeux des résultats sont multiples. Il en sortira une nouvelle majorité au sein de l’Assemblée nationale, disputée entre le chavisme, représenté par le Parti socialiste unifié du Venezuela, et l’alliance du Grand Pôle patriotique, dite Alliance populaire révolutionnaire, et une opposition hétérogène composée de différentes forces, telles que Avanza Progresista, Soluciones para Venezuela, El Cambio, Primero Venezuela, Movimiento al Socialismo et une partie de Acción Democrática.

Il s’agira également du renouvellement d’un des pouvoirs qui a été au centre du conflit et de la déstabilisation politique. C’est en effet depuis l’Assemblée nationale que l’opposition a tenté de déclarer « l’abandon de charge » de Nicolás Maduro en 2016, ce qui a ouvert la porte à l’escalade qu’on a connue en 2017. C’est également à partir de là que s’est construite la « présidence par intérim » de Juan Guaidó en janvier 2019.

Contrairement à 2016, 2017 et 2019, où il existait un espace unifié pour la majorité de l’opposition, les élections législatives actuelles montrent l’image d’une opposition divisée entre ceux qui participeront le 6 décembre et ceux qui ne participeront pas, subdivisée à son tour entre ceux qui se rallient encore autour de la figure du Guaidó, et les partis et dirigeants critique à l’égard de celui-ci et qui ont pris leur distance.

Le groupe dirigé par Guaidó fait campagne pour réaliser ce qu’il a appelé une « consultation populaire », annoncée pour le 12 décembre. La consultation comportera trois questions : exigez-vous la fin de l’usurpation de la présidence par Nicolás Maduro et appelez-vous à des élections présidentielles et législatives libres, justes et vérifiables ? Rejetez-vous l’événement du 6 décembre et demandez-vous à la communauté internationale de l’ignorer ? Ordonnez-vous que les mesures nécessaires soient prises devant la communauté internationale pour activer la coopération, l’accompagnement et l’assistance qui permettront de sauver notre démocratie ?

Pour chaque bloc beaucoup de choses sont en jeux. Guaidó devra démontrer qu’il dispose toujours d’un soutien de la société après presque deux ans d’un processus marqué par sa perte d’assise sociale. Le succès ou l’échec de la consultation sera central pour la suite en 2021, notamment parce que, sa « présidence intérimaire » n’étant plus valable à l’Assemblée, il n’aura plus le soutien sur lequel sa fiction de « présidence du Venezuela » a été fabriquée et amplifiée médiatiquement.

Le secteur de l’opposition qui a choisi de participer devra montrer qu’il est bien un acteur disposant d’un capital politique et d’un soutien dans les urnes afin d’occuper l’espace de la nouvelle opposition vénézuélienne après la défaite de ceux qui restent avec Guaidó et la stratégie du coup d’État.

Quant au chavisme, son objectif sera non seulement d’obtenir une majorité législative et confirmer son soutien social, mais aussi d’avoir un taux élevé de participation afin de donner une plus grande légitimité au résultat de l’élection, tant au niveau interne qu’international où il aura la reconnaissance de plusieurs gouvernements, comme ceux du Mexique, de la Bolivie, de l’Argentine, de la Russie et de la Chine, mais pas celle d’autres, comme les États-Unis (USA) — qui ont cherché à empêcher la tenue des élections — l’Union européenne et plusieurs gouvernements de droite en Amérique latine.

Décembre laissera une photographie du rapport des forces politiques, y compris la composante de l’abstention, à partir de laquelle chaque acteur pourra se tenir, avec plus ou moins de moyens, face à une année 2021 qui apportera sûrement des changements dans certaines données du conflit. L’un de ces changements venant de la nouvelle administration américaine, sous la présidence de Joe Biden, qui prendra ses fonctions en janvier.

DU NEUF AVEC BIDEN ?

Il est encore trop tôt pour savoir quelles politiques le nouveau gouvernement prendra sous le nouveau département d’État dirigé par Antony Blinken, qui faisait partie de l’équipe de politique étrangère sous Barack Obama. Cependant, il semble probable qu’il y aura des changements, étant donné, par exemple, les différentes analyses publiées dans les médias et les think tanks démocrates, qui soutiennent que la stratégie — ou l’absence de stratégie — déployée par Donald Trump pour renverser Maduro n’a pas atteint son objectif.

Bien que la reconnaissance de Guaidó a été le fait des deux partis aux États-Unis depuis le début, il est probable que la situation changera et, dans ce cadre, une mauvaise performance dans la « consultation populaire » éloignerait encore plus Guaidó d’un rôle central dans la prochaine architecture construite à partir de Washington.

Un des principaux points de débat sur les changements possibles sera centré sur le blocus économique, critiqué au Venezuela tant par les acteurs politiques que commerciaux et sociaux, et remis en question par les États-Unis pour son manque d’efficacité. L’administration Biden pourrait-elle faire preuve de plus de souplesse pour négocier des points intermédiaires autres que la sortie immédiate de Maduro du pouvoir politique, ou sera-t-elle une simple variante de la continuité impériale ? Avant cela, une autre question se pose : quelle sera la priorité du Venezuela dans la politique étrangère américaine de l’après-Trump ?

Les élections législatives portent en elles la possibilité de marquer un tournant dans un conflit qui semble parfois se répéter en surface, mais qui a des modifications profondes dans un pays éprouvé par la guerre économique, et a de nouveau été frappé par une hausse du dollar passé de près de 700 000 bolivars à 1,2 million de bolivars en quelques jours, se rapprochant des chiffres de 2018, date de la conversion monétaire.

Marco Teruggi

Source : Pagina12

Traduction : Venesol