Le Venezuela. Trump, Chavez et la peur du communisme. Une pétition à l’Union Européenne

Resumen Latinoamericano, 21 novembre 2020

Par Geraldina Colotti

La nouvelle, vous l’avez tous lue, fait partie de celles qu’il faut boucler en kiosque pour éviter l’assaut de lecteurs avides de complots et de vérités révélées : Hugo Chavez et Fidel Castro, venus de l’au-delà, auraient piraté le système électoral américain en produisant un logiciel spécifique pour aider Biden à gagner. Agissant en son nom, le perfide « Dictateur Maduro ». Vous ne pouvez vous arrêtez de rire parce que vous ne croyez pas aux ânes volants mais seulement aux Madones en pleurs dans un cortège ?

Cela signifie que vous ne tenez pas dûment compte de la force matérielle que prennent certaines théories, dans le pandémonium suscité par l’anarchie du capitalisme. Pendant qu’elle disait des bêtises, l’avocate de Trump continuait à verser des larmes chaudes et une bonne partie des Américains, en majorité blancs, suprémacistes et de la classe moyenne, s’identifiaient à elle en promettant du feu et des flammes contre l’ennemi de tous les temps : le communisme. La stratégie des émotions fait partie de la propagande de guerre, et elle fonctionne à merveille dans les guerres d’un nouveau genre, présentées à distance et sous la forme d’un jeu vidéo.

Le paradigme de la victime méritante, qui a remplacé la figure du héros, confond les termes du conflit de classe : au niveau politique, il dissimule la culpabilité et les responsabilités, au niveau social, il transforme le cours d’une maladie terminale ou la guérison d’un accident de la route en un exemple mythique à suivre. Et maintenant, il joue dans les mains de Trump.

Comme l’écrit l’essayiste française Anne-Cécile Robert dans un volume pertinent intitulé La stratégie de l’émotion, le regard victimisant, simpliste par définition, nous empêche de nous interroger sur les causes, de déchiffrer la séquence des événements. Il supprime la question délicate et épineuse de la responsabilité, sinon de la culpabilité, de ceux qui sont au gouvernement ou de la soi-disant “communauté internationale” dans les agressions impérialistes.

Prenez une mère qui court sous les bombes avec un bébé dans les bras. Une image brutale qui produit une empathie immédiate : de quoi approuver la thèse du “dictateur tueur”, même si les très démocratiques Européens ou les “libérateurs” américains lâchent les bombes. L’utilisation de l’émotion, la transformation de tout hooligan en ange par le simple fait de mourir dans un accident de voiture, coïncide avec la soi-disant “fin des grands récits politiques”, qu’il s’agisse du marxisme ou des épopées nationales qui ont constitué des références idéales pour les peuples opprimés. Elle rejoint la soi-disant fin de l’histoire en faveur du présent éternel de la post-vérité (la vérité des messages sur le net), qui a laissé place à la pire des idéologies a laissé place : celle de la fin des grandes idéologies. La larme remplit le vide laissé par la réflexion, par la pensée.

De plus, imaginer des complots, pointer des ennemis imaginaires, déplace des masses de gens égarés, aux États-Unis, mais aussi en Europe. Le fait même d’imaginer des conspirations  évite de s’interroger et de se sentir responsable, d’admettre son rôle dans la comédie.

Trump s’y connaît en matière de conspiration, puisqu’il a notamment réussi à faire élire à une large majorité la femme d’affaires Marjorie Taylor Greene, qui gagné haut la main en Géorgie et obtenu un siège à la Chambre des républicains. Cette femme d’affaires est le visage le plus connu de la secte QAnon, un groupe de conspiration numérique dans lequel Hitler et le ku-klux-klan apparaissent comme des chérubins. Elle avait remporté les primaires républicaines avec le slogan : “Sauvez l’Amérique, arrêtez le socialisme”, et sur les affiches électorales, elle était armée d’un fusil semi-automatique avec lequel elle menaçait les “terroristes de Antifa”.

Version 2.0 du maccarthysme habituel, qui remonte au début des années 1950. Sauf qu’à l’époque, le “danger rouge” venait d’une grande partie du monde, indiquant la possibilité concrète de se libérer du capitalisme. Aujourd’hui, trente ans après la chute de l’Union soviétique, les pays qui font référence au socialisme ne sont que quelques points sur le globe. Cependant, la grande peur ressentie par la bourgeoisie se renouvelle dans la résistance des peuples qui, comme les peuples cubain et vénézuélien, ont résisté à toute forme d’agression : depuis 1959 le peuple cubain et depuis 1998 le peuple vénézuélien.

Là où il échoue avec les mercenaires, avec les drones explosifs, avec ces véritables bombes silencieuses que constituent les soi-disant “sanctions”, l’impérialisme utilise la stratégie des émotions et la construction d’une réalité 2.0., dans laquelle il déplace un théâtre de fausses institutions et personnalités internationales qui n’existent pas dans leur propre pays, mais sont présentes dans les médias internationaux. Le Venezuela est, en ce sens, un cas d’école.

Le président intérimaire autoproclamé, Juan Guaidó, est une construction similaire à celle de l’obscur « Observatoire libre Syrien », aussi inconstant que néfaste au moment de l’attaque contre la Syrie. La diabolisation de Nicolas Maduro, présenté à la fois comme incapable de gouverner son propre pays mais omniprésent et omnipotent à chaque défaite électorale des gouvernements néolibéraux, est la chose la plus grossière qu’un cerveau humain puisse digérer. Mais cela fonctionne, même pour le palais ultra-douteux des députés européens, mais aussi pour l’ancien “centre gauche” : ceux-là mêmes qui, tout en faisant l’éloge de Biden et en vilipendant Trump pour sa gestion “populiste” après le vote présidentiel, ont pratiquement rencontré celui qui s’est autoproclamé, que personne n’a élu au Venezuela.

Mieux. L’Union européenne a renouvelé les mesures coercitives unilatérales de Trump à l’encontre du Venezuela pour une année supplémentaire et s’apprête à “ignorer” la 25e élection qui se tiendra au Venezuela le 6 décembre. En attendant, pas un mot sur le massacre quotidien des leaders sociaux et des anciens combattants des FARC en Colombie, sur le massacre de la police à Lima, au Pérou, où se trouve l’une des institutions internationales artificielles créées contre le Venezuela bolivarien, le tristement célèbre Groupe de Lima.

Il s’agit d’une bande de malfaiteurs à laquelle l’Union européenne est associée, indépendamment du fait que, chez eux, certains pays refusent d’offrir les fameuses garanties en matière de droits de l’homme que l’UE entend imposer chez les autres. Alors qu’elle s’apprête à ratifier l’accord néolibéral avec un Mercosur privé du Venezuela socialiste, l’Union européenne conclut un accord policier latino-américain lucratif avec des pays qui préfèrent consacrer leur argent à la répression. Après avoir exporté le droit, après avoir exporté les grandes sociétés de sécurité privée, c’est au tour des accords de police.

De quel droit, au nom de quelle arrogance néocoloniale l’Union européenne prétend-elle empêcher le développement de la vie démocratique au Venezuela, un pays souverain, qui respecte les lois prévues par sa propre constitution ? De quel droit le Sénat français, en pleine pandémie, suit-il la ligne italienne et reçoit-il, le 2 décembre, un criminel autoproclamé qui parcourt le monde pour voler l’argent du peuple vénézuélien ? Pourquoi ce monsieur, s’il est si sûr d’avoir des appuis dans son pays, ne se présente-t-il pas aux élections comme le fait la grande majorité de l’opposition vénézuélienne ?

Des questions que la simplification du message imposée par les médias hégémoniques, également à travers le paradigme de la victime méritante, en l’occurrence le voleur autoproclamé transformé en chérubin persécuté, interdit de poser. Le fait que ce soient aussi des camarades, habituellement si sensibles lorsqu’il s’agit de dénoncer les injustices dans d’autres parties de la planète, qui tombent dans le piège consistant à considérer la révolution bolivarienne comme un système autoritaire, est  alors très inquiétant.

“L’Union européenne doit reconnaître le résultat des élections du 6 décembre au Venezuela”, tel est le titre d’une pétition internationale en plusieurs langues qui, en deux jours seulement, a recueilli plus de 2 200 signatures. Vous pouvez le trouver sur la plateforme française d’information multimédia https://www.les2rives.info/petition6d, et nous vous invitons à le signer, comme l’ont fait d’importantes personnalités du monde politique ou intellectuel.

C’est ce que dit la pétition du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne : “Le 6 décembre 2020, comme le stipule sa Constitution, les citoyens vénézuéliens sont appelés à élire de nouveaux représentants à l’Assemblée nationale”.

Outre la pléthore de propositions politiques (107 partis en compétition, 14 400 candidats pour les 277 sièges parlementaires), cette élection représente surtout une issue démocratique, légale et pacifique à la crise politique et institutionnelle générée, en janvier 2019, par l’auto proclamation de Juan Guaidó comme “président intérimaire” du Venezuela.

Au cours de l’année 2020, les discussions entre le gouvernement et l’opposition, déterminé à revenir sur la voie constitutionnelle, ont conduit à la mise en place de nouvelles garanties électorales, unanimement acceptées par toutes les tendances politiques impliquées dans ce processus électoral.

Malgré ses appels répétés au dialogue au Venezuela, l’Union européenne a refusé d’accepter ce nouveau consensus démocratique. Ella a finalement décidé de rejeter l’invitation de l’État vénézuélien à envoyer des observateurs pour garantir le bon déroulement du contrôle.

Cette contradiction est le résultat d’une pression permanente de l’administration américaine, immergée dans une opération dont la priorité n’est pas le respect de la démocratie ou des processus électoraux, mais plutôt le “changement de régime”, quel qu’en soit le coût. Cet alignement sur la politique des faucons de Washington est un signe sérieux de l’abdication d’une politique étrangère indépendante qui avait été affichée dans de nombreux discours d’intention.

Si l’Union européenne était vraiment déterminée à être un vecteur de paix dans un monde de turbulences, elle ne devrait pas soutenir le chemin de la violence et de la confrontation au Venezuela.

Nous appelons donc l’Union européenne à respecter le résultat électoral du 6 décembre et à soutenir la volonté démocratique du peuple vénézuélien.

De nombreuses organisations se sont jointes au niveau européen. Parmi eux, Venesol, qui est basée en Belgique, où nous avons fondé le Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne.

Venesol déclare : “Depuis la Belgique, Bruxelles, Venesol se joint à l’initiative du Réseau européen de solidarité avec la révolution bolivarienne en soutenant la pétition qui demande la reconnaissance des résultats électoraux qui vont être réalisés au Venezuela le 6 décembre par l’Union européenne. Jusqu’à présent, l’Union européenne a suivi aveuglément la politique agressive des États-Unis envers Venezuela par l’application de sanctions, par la rétention et l’appropriation de biens qui ne lui appartiennent pas et le plus ridicule, par la reconnaissance de la marionnette autoproclamée des États-Unis. Nous pensons que c’est le bon moment pour Bruxelles de mettre fin à sa complicité génocidaire, de se dissocier du harcèlement criminel qui a coûté au Venezuela des vies précieuses et a rendu la vie impossible aux Vénézuéliens. Si le mot “démocratie” a encore un sens pour les gouvernements européens, nous les prenons au mot et leur demandons de se montrer à la hauteur, en reconnaissant les choix souverains du peuple vénézuélien.

Quant aux déclarations de Trump, le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza a répondu avec ironie : “Il y a plusieurs niveaux – a-t-il tweeté – : le mensonge, l’absurdité et la moquerie. Sans aucun doute, blâmer le commandant Chávez pour la défaite de Trump est ridicule au énième degré. Une telle démonstration de faiblesse a, à son tour, un côté savoureux, elle semble être une plaisanterie. Le ministre cubain des affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a quant à lui réagi avec un laconique : « Cuba ne s’immisce pas dans les affaires intérieures des autres pays ».

Cependant, l’imagination des internautes a été libérée en montrant également une caricature avec le commentaire du pape Bergoglio : « S’il est prouvé que c’est Chávez qui a renversé Trump, il est important d’entamer immédiatement le processus de sa canonisation : le saint Hugo Chávez ».

Source : Resumen Latinoamericano

Traduction : FAL 33