Les seuls “gagnants” : grâce à la pandémie, plus riches qu’avant

Nuestra República, 21 octobre 2020

Sergio Ferrari

Ce sont les 2 000 personnes les plus riches de la planète. Exactement 2 189 milliardaires (31 de plus qu’en 2017), qui à la fin du mois de juillet de cette année avaient déjà une fortune totale de 10,2 billions (10,2 milliards) de dollars US. Ce chiffre est équivalent à celui que détiennent 4,6 milliards de personnes dans le monde.

COVID 19, une entreprise appétissante

Une partie de cette élite, en particulier ceux qui sont actifs dans les secteurs de la technologie, de la santé et de l’industrie, profitent de manière opportuniste des avantages supplémentaires générés par la crise. Les 37 milliardaires qui vivent dans la petite Suisse illustrent cette tendance à l’enrichissement rapide : entre avril et juillet, ils ont augmenté leurs avoirs de 29 % pour atteindre un total combiné de 123,5 milliards de francs (environ 135 milliards de dollars).

Ces chiffres, qui dépassent l’imagination du citoyen moyen, ont été révélés début octobre dans un rapport élaboré conjointement par la banque suisse UBS (Union des Banques Suisses), la plus grande société de gestion de fortune au monde, et la société britannique PricewaterhouseCoopers, l’une des quatre plus grandes entreprises du secteur du conseil financier et comptable.

C’est la septième étude promue par l’UBS sur la richesse des super-riches. L’étude 2020 analyse la fortune de 2 000 milliardaires sur 43 marchés différents, soit pratiquement toutes les grandes fortunes du monde. C’est-à-dire 98% de la population minoritaire super-riche au niveau international. 

Les entrepreneurs du secteur de la santé ont vu leur richesse augmenter de près de 50 % au cours des derniers mois grâce à leur engagement dans les nouveaux traitements, les innovations en matière de diagnostic et surtout la recherche sur COVID-19. Cependant, ce sont toujours les personnes qui travaillent dans le domaine de la technologie qui concentrent la plus grande fortune, avec 1,8 milliard de dollars.

Selon France24 , Elon Musk, PDG de Tesla et SpaceX, a également bénéficié économiquement de la pandémie. “Tout en critiquant la distanciation sociale sur Twitter, il a quadruplé sa fortune, qui est passée de 76 à 103 milliards de dollars”, indique le réseau français.

Les entreprises technologiques ont été les plus privilégiées ces derniers mois, selon le rapport de l’Union des Banques Suisses. Bien que le rapport ne mentionne aucun nom, la chaîne de télévision française assure que Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook), Jack Ma (Alibaba) et Steve Ballmer (ancien PDG de Microsoft) font partie des grands gagnants à ce stade. Selon le rapport conjoint de l’UBS et de PwC, les nouveaux bénéfices proviennent presque entièrement des transactions financières. Les moteurs de l’industrie technologique ont bénéficié des profonds changements que la crise sanitaire et l’enfermement “ont entraînés dans les habitudes de consommation et de travail”. Le succès des applications de vidéoconférence, comme Zoom, et des plateformes d’achat en ligne, comme Amazon, ont convaincu les investisseurs de parier sur tout ce qui brille sur le plan technologique”, explique la chaîne française.

En avril de cette année, le magazine Forbes a inclus sept Latino-Américains dans la liste de ceux qui ont plus d’un milliard de dollars. Parmi ces sept personnes, le Mexicain Carlos Slim, l’homme le plus riche du continent, avec 49 milliards de dollars d’actifs, Joseph Safra, du Brésil, Iris Fontbona, du Chili, Luis Carlos Sarmiento, de Colombie, Carlos Rodriguez, du Pérou, et Juan Carlos Escotet, du Venezuela. Le septième sur la liste des potentats de la région est l’entrepreneur pétrolier argentin Alejandro Bulgheroni, avec une fortune de 2,8 milliards de dollars.

 Les deux côtés d’une même pièce

Richesse et pauvreté, multimillionnaires et indigents, agissent dans le même tube à essai planétaire et s’entremêlent par des vases communicants. Le fossé entre les plus riches du monde et le reste de la société planétaire reste abyssal. Comme le souligne l’ONG Oxfam dans son rapport de janvier dernier, la richesse – à l’époque – des 2 153 milliardaires était supérieure à celle des 4 600 millions d’habitants de la planète, soit environ 60 % de la population totale.

 Pour expliquer cette relation d’inégalité croissante d’une manière éducative, l’organisation estime que les 22 hommes les plus riches du monde possèdent plus de richesses que toutes les femmes du continent africain. Le 1% le plus riche de la Terre possède plus du double de la richesse de 6,9 milliards de personnes. Pour illustrer cela, la confédération internationale Oxfam, qui regroupe une vingtaine d’ONG dans 90 pays, explique que si “chacun s’asseyait sur l’argent qu’il possède, empilé en billets de 100 dollars, la plupart s’assiéraient par terre. Une personne de classe moyenne dans un pays riche le ferait comme une chaise. Les deux individus les plus riches du monde seraient assis dans l’espace. (https://oxfamilibrary.openrepository.com/bitstream/handle/10546/620928/bp-time-to-care-inequality-200120-es.pdf).

La crise exacerbe les inégalités 

Les études les plus récentes des institutions internationales, de l’Organisation internationale du travail (OIT) à la Conférence économique pour l’Amérique latine (CEPAL), anticipent le cadre calamiteux de la situation internationale et régionale post-pandémique.  La Banque mondiale, quant à elle, dans une étude publiée début octobre, conclut qu’en raison de la crise actuelle, entre 88 et 115 millions de personnes disposeront de moins de 1,90 dollar par jour d’ici 2020, des chiffres qui les conduiront à l’extrême pauvreté. En raison de la récession économique actuelle, estimée à 5,2 % d’ici 2020, ce nombre pourrait atteindre 150 millions d’ici 2021.

“Le paradoxe est que cette crise ne touche pas tout le monde de la même manière”, affirme l’ONG Oxfam dans son rapport Qui paie la facture ? « Depuis le début des confinements”, huit nouveaux milliardaires (ou billiardaires) sont apparus en Amérique latine, c’est-à-dire un nouveau toutes les deux semaines. En d’autres termes : la fortune des 73 milliardaires d’Amérique latine a augmenté de 48,2 milliards de dollars entre le début de la pandémie et la fin du mois de juillet. Paradoxal, prévient Oxfam, si l’on estime que 52 millions de personnes vont devenir pauvres et que 18 millions perdront leur emploi cette année sur le continent. Pour mieux comprendre cela, cette augmentation de la richesse de l’élite privilégiée équivaut à 38 % du total des plans de relance que tous les gouvernements nationaux ont mis en place, et à neuf fois l’intervention du Fonds monétaire international (FMI) avec des prêts d’urgence jusqu’à présent sur le continent latino-américain.

Qui paie la facture ?

Un bouleversement planétaire de cette dimension est difficile à conceptualiser et remet en cause les politiques des États et les recommandations monétaristes et fiscales émanant des organisations internationales pour atténuer la crise.

Un point clé du débat général – déjà en cours dans de nombreux pays – est celui de l’impôt sur la fortune.

Dans son analyse de la situation latino-américaine, Oxfam a lancé fin juillet des propositions concrètes qui vont dans le sens de “l’application d’une taxe sur la valeur nette comprise entre 2 et 3,5% à ceux qui disposent de plus d’un million de dollars d’ici 2020”. Grâce à cette taxe, les gouvernements d’Amérique latine pourraient collecter jusqu’à 14,2 milliards de dollars, qui pourraient être investis dans la santé publique et la protection sociale. Au cours de la deuxième semaine d’octobre, les porte-parole du Fonds Monétaire International, qui n’est pas du tout progressiste, ont anticipé la nécessité d’aller de l’avant avec une politique fiscale particulière. “Le FMI appelle à une augmentation des impôts sur les entreprises les plus riches et les plus rentables pour payer la facture de la crise”, titre le quotidien espagnol El País dans son édition du 14 octobre.

Bien qu’elle ne soit pas nouvelle, la réalité des fortunes multipliées et des richesses astronomiquement accélérées en période de pandémie aiguise la réflexion sur la redistribution des revenus dans chaque nation. Cela implique de réexaminer des questions sensibles telles que l’impôt sur les fortunes et les bénéfices, ainsi que la nécessité de retrouver une transparence active et le courage politique de faire face à l’évasion fiscale et à la fuite des capitaux, et aussi de définir une position ferme de la part des États en ce qui concerne la dette extérieure.

Source : Nuestra Republica

Traduction : FAL 33