La paix est l’unique chemin

Tout le chavisme a exhorté le monde à la paix. Photo Federico Pardo/ AFP

MisiónVerdad, 15 sept 2020

Par Jorge Arreaza Montserrat

Au Venezuela, cela fait plus de vingt ans que nous résistons aux différentes phases d’un même plan d’agression. L’accumulation d’échecs, de bravades et de maladresses, loin de décourager les forces impériales – peu importe qu’elles portent l’habit républicain ou démocrate – paraît blesser l’orgueil fougueux et querelleur qui les caractérise. La dernière étape du plan a essayé de créer les conditions propices pour conduire notre peuple à la guerre civile. Inciter les frères à s’entretuer les uns les autres, pour qu’ensuite viennent se rassasier dans les flaques de sang les appétits liés à leur âme de Nosferatu moderne.

Il y a un scénario et plusieurs intrigues qui lui ressemblent, mais sans doute, l’objectif principal est de pousser à bout le peuple vénézuélien par le désespoir, l’asphyxie et la souffrance. Ce n’est pas une supposition ou une de ces théories de la conspiration ; il existe un document qui explique le mécanisme et les intentions d’attaquer le peuple pour que celui-ci se rebelle contre le gouvernement.

Richard Nephew, ex assesseur du président Barack Obama pour la conception et le suivi de l’agression contre l’Iran, explique avec une franchise cynique l’objectif criminel qui cherche à imposer à un pays des mesures coercitives unilatérales, dans son livre (en partie confession) « L’art des sanctions. Un regard de terrain. »

Nephew est implacable : l’objectif principal est « d’occasionner des souffrances » et de « soumettre le peuple du pays sanctionné aux pires pénuries ». On cherche ainsi à produire les conditions favorables à des perturbations sociales telles qu’elles se prêtent à des coups d’état, des soulèvements populaires et le chaos. Ces scénarios peuvent être assortis, bien sûr, d’une guerre civile ou de multiples guerres intestines alimentées, de plus, par les industries guerrières du capitalisme.

Evidemment, pour éviter la paupérisation totale et le désordre généralisé, l’universitaire-fonctionnaire-agent des Etats -Unis est suffisamment généreux pour offrir une planche de salut au peuple de l’état sanctionné : se rendre et capituler en jetant aux orties sa souveraineté et sa dignité.

Cette nouvelle modalité impérialiste de la guerre intégrale à partir de l’agression économique comporte de graves déficiences quant à la prédiction de la réaction des peuples et des gouvernements des pays libres. Cuba, l’Iran, la Syrie et le Venezuela en sont les exemples vivants. Dans ces cas-là, non seulement la formule perverse a échoué mais elle a renforcé les processus politiques et les gouvernements qu’elle prétendait liquider.

Au Venezuela, une combinaison identitaire de patriotisme, amour de la paix, dignité et anti-impérialisme originaire, a anticipé l’échec de l’agression des Etats-Unis depuis le jour zéro. La charge historique, morale, et la conscience d’être les enfants de Simon Bolivar ne sont pas des variables que les softwares du Pentagone ou du Département d’État peuvent enregistrer. Si l’on ajoute le facteur Hugo Chavez et le re-arder bolivarien du XXIème siècle, leurs ordinateurs sophistiqués de dernière génération affichent « erreur », ou tout simplement, effacent ces variables de l’algorithme pour que leurs programmes puissent continuer sans faire chauffer leurs coûteux ordinateurs et serveurs.

Le chavisme participe à « la marche pour la paix et l’unité des peuples » à l’occasion de la célébration de la XXVème rencontre du Forum de Sao Paolo, à Caracas, Venezuela. 27/7/ 2019. Photo Rayner Pena/EFE

Dans leur tentative de provoquer un affrontement fratricide entre vénézuéliens, ils ont trouvé un allié indolent et obéissant dans une fraction de l’opposition nationale qui n’a jamais abandonné la violence comme possibilité d’action, qui fait des appels continuels à la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) pour qu’elle prenne les armes contre le peuple – toujours de façon infructueuse –, qui embauche des mercenaires, les entraîne en Colombie, et ensuite les lance dans des incursions aventureuses sur nos côtes, où ils  se fracassent toujours contre l’union civico-militaro-policière, formation populaire qui garantit la souveraineté et la dignité de notre patrie.

Le peuple vénézuélien a appris de son histoire, des marques ineffaçables des guerres. Depuis la bataille pour l’autodétermination de son destin devant le colonialisme européen – qui encore aujourd’hui a des spasmes de réminiscence coloniale avec des positions mal venues sur le Venezuela, contraire au Droit International Public – jusqu’à la Guerre Fédérale ou Guerre Longue.

Un aparté sur ces évènements. La Guerre Fédérale naquit de la trahison de l’oligarchie nationale par rapport au projet de Simon Bolivar. La conséquence de La Cosiata, en 1830, fut plus qu’un document qui nous a enlevé l’espoir unioniste que projetait le Libertador. Ce fut un évènement qui a ôté aux grandes masses populaires le droit de jouir de leur liberté gagnée dans la douleur et le sang sur les champs de bataille de l’Amérique de Sud.

De nouveau expropriés de la possibilité de produire leur nourriture et de vivre avec dignité, ils se sont conjurés avec le Général du Peuple Souverain, Ezequiel Zamora, sous le cri tonitruant de « Terre et hommes libres ! » C’est là que s’est forgé le peuple comme acteur pensant de la politique vénézuélienne. Le cimarron, les indiens, les Zambos, toute une classe qui a œuvré pour établir un nouveau système de justice sociale.

Cependant, les dégâts faits par la guerre furent très destructeurs pour la population. Elle a laissé des blessures profondes comme le mentionne dans son livre extraordinaire « La Guerre Fédérale : Conséquences », le Général Jacinto Pérez Arcay :

« Que s’est-il passé pendant et après la guerre cancérigène interne ? Sur les cendres de la génération de soldats auto-éteints sans n’avoir donné ni fruits ni exemples, se sont levés les survivants qui, dégoûtés de se tuer les uns les autres, ont dû introduire dans leur inconscient l’idée du refus de nouvelles luttes et de tout ce qui peut y ressembler. »

Le peuple vénézuélien ne veut plus de guerres sauf une où il devra lutter avec ses propres frères.

Souvenons-nous de la dramatique scène à la fin du grand film du serbe Emir Kusturica- Underground– inspiré par la guerre des Balkans. Après que le protagoniste ait assassiné son frère, arrive la puissante sentence : « Aucune guerre ne peut être nommée comme telle jusqu’au moment où un frère en tue un autre ».

Il n’y a aucune justification possible pour tenter de nous pousser à un conflit interne ; il n’y a pas non plus de possibilité qu’ils puissent matérialiser leur plan macabre. Ni le peuple ni la Révolution Bolivarienne ne permettront jamais que nous en arrivions à ce point. Le premier légionnaire de la paix est et sera le président Nicolas Maduro.

Le principe essentiel de la Révolution Bolivarienne a été d’atteindre la paix, mais une paix qui soit soutenable par le peuple. Le commandant Chavez, quand il parlait de socialisme, l’a toujours défini comme un mécanisme pour garantir la paix : « c’est seulement à travers le socialisme que l’on peut obtenir la justice, la justice sociale, la justice profonde, et c’est seulement par le chemin de la justice que l’on pourra obtenir la paix véritable ».

C’est une dimension stratégique, ontologique : trouver un système de justice qui conclut à la reconnaissance des vénézuéliens, les uns avec les autres, à travers la vraie mise en place de l’égalité et de la stabilité économique et sociale.

Mais également au sens tactique. Chavez a développé d’innombrables actions pour générer des espaces de dialogue entre les vénézuéliens. Même dans les pires moments de violence de l’opposition, pendant le coup d’état de 2002, il a toujours tendu la main pour chercher la concorde.

Et si nous parlions de ce que Chavez a signifié pour le processus de paix dans la Colombie voisine, nous n’aurions pas assez de mots pour décrire son orientation, son message et son action : toujours chercher la concorde entre les frères. C’est un principe humaniste que nous trouvons seulement dans son esprit à vocation sociale.

Nicolas Maduro a toujours suivi au pied de la lettre cette orientation du Commandant, il l’a assumée comme une valeur intangible de l’action révolutionnaire : tant dans la dimension structurelle, en poursuivant le soutien des politiques de justice sociale pour le peuple malgré le siège criminel de notre économie, que dans les pas de tous les jours pour tenter de contenir les visées sanglantes et belliqueuses de l’opposition « pitiyanki ».

La stratégie politique du président Maduro a toujours comme axe la paix du Venezuela. Photo : archive

Chacune de ses actions a toujours pris en compte le soutien à la paix au Venezuela. Les provocations, les bravades, la violence, les mensonges, les tentatives d’assassinats, les incursions de mercenaires, ont eu comme réponses du président la fermeté révolutionnaire, la solidité de tous les dirigeants de la société nationale et la recherche du dialogue, des mécanismes pour la concertation de l’esprit national.

Si nous voulons comprendre la magnitude de la capacité politique et de gestion du conflit du président Maduro, il nous suffit de regarder les évènements de 2017. L’opposition a cherché à mettre le feu au pays par un climat de violence continuelle. La situation tendait à une escalade dans la confrontation entre nos frères. Mais, l’appel du Président à un processus constituant, la convocation à une consultation de base – s’appuyant toujours sur la sagesse du peuple et la démocratie radicale –, a mis fin à la violence et à l’instabilité politique et sociale.

Aujourd’hui, malgré l’aveuglement de quelques porte-parole de l’opposition « monroïste », le président Maduro ouvre un nouvel espace pour la résolution de nos conflits en paix, par la voie du dialogue et de la démocratie. Heureusement, cet appel a rencontré un écho dans presque tout le pays y compris chez une bonne partie de nos adversaires qui croient en la capacité que nous avons, les vénézuéliens, à résoudre en paix nos différences. Même la Conférence Episcopale catholique, Fedecamaras, et la grande majorité des partis de l’opposition assument le défi de la paix.

Le processus transparent a conduit à l’élection constitutionnelle d’un nouveau Conseil National Electoral, avec le geste magnanime de pardonner à plus de 100 vénézuéliens impliqués dans toutes sortes d’agressions contre les institutions, depuis les tentatives de coups d’états, jusqu’aux incursions mercenaires et les tentatives d’assassinat. Et comme l’établit la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela, tous ces gestes sont le tribut payé pour la convocation d’un processus électoral pour relégitimer le Pouvoir Législatif, avec les plus grandes garanties électorales, des invitations ouvertes pour l’observation de l’évènement.

Tout cela démontre l’indéniable volonté de paix de la Révolution bolivarienne. C’est uniquement ce processus humaniste et populaire qui est garant d’une paix durable, terreau de la justice sociale.

Souvenons-nous d’un fragment du poème « S’éveiller » du grand écrivain Andrés Eloy Blanco :

Mais ici nous sommes près des enfants,

pour leur donner la patrie parce qu’elle est bonne,

pour leur donner la patrie sans douleur de parole,

comme se donnent les patries, sans mouiller leurs cernes,

comme se donnent les yeux, sans leur cacher le jour,

comme se donne la nuit, sans lui cacher l’étoile,

comme se donne la terre, sans lui enlever les arbres ,

comme se donnent les arbres , sans leur enlever la terre.

Et parler ainsi aux enfants de la patrie lointaine,

dans une classe claire, avec la fenêtre ouverte :

Les quatre qui sommes ici,

nous sommes nés sur la terre même du Venezuela ;

nous aimons Bolivar comme la vie même

et le peuple de Bolivar plus que la vie entière

et le Venezuela, injoignable et pur,

nous savons aller vers le « bénis sois-tu ».

Nous, peuple et Révolution, nous conjurons l’air nostalgique de Andrés Eloy. Nous luttons aussi pour la consolidation d’une Patrie complète. Nous sommes certains de la consolidation définitive de cette patrie que nous a laissée Bolivar et que Hugo Chavez a sauvée. Pleinement souveraine et indépendante. Nous avons une Patrie et un peuple convaincu qu’il n’y a pas un chemin pour la paix, mais que, comme nous l’a enseigné le Mahatma Gandhi, la paix est l’unique chemin possible.

Source : Misión Verdad – Traduction : FAL 33