L’Union européenne cède aux pressions

L’Union Européenne (UE) est finalement restée sur sa position initiale : elle n’assistera pas aux élections législatives du 6 décembre au Venezuela. Cette annonce a été faite alors que s’exerçaient de fortes pressions diplomatiques et même militaires comme la présence, dénoncée jeudi par la chancellerie, d’un bateau destructeur de missiles du Commandement Sud des États-Unis (USA) à 16,1 milles marins des côtes vénézuéliennes.

« Les conditions pour des élections justes et démocratiques ne sont pas réunies » affirme le communiqué de presse émis par le Service Européen d’Action à l’Etranger (SEAE) après la visite de deux de ses membres à Caracas où ils ont rencontré Juan Guaidó et « toutes les forces de l’opposition », la conférence épiscopale, « la société civile et le secteur privé, » selon ce qu’ils ont fait savoir.

La reconnaissance de ces élections par l’Union Européenne était subordonnée principalement à l’ajournement de celles-ci : « Sans un ajournement et une amélioration des conditions démocratiques et électorales, l’Union Européenne ne peut envisager d’envoyer une mission d’observation des élections. »

L’Union Européenne avait déjà annoncé sa position le 17 septembre après une réunion du Groupe International de Contact (GIC) mis en place sous ses auspices, lors de laquelle les mêmes points avaient été mis en avant. La visite des membres du SEAE était, semblait-il, la dernière carte pour obtenir un accord qui amènerait à la reconnaissance des élections et à l’envoi d’une délégation officielle le 6 décembre.

Il y a eu de nombreuses pressions publiques avant qu’on n’ait connaissance de la résolution définitive. Ces derniers jours, par exemple, les sénateurs étasuniens Marco Rubio et Benjamin Cardin ont envoyé une lettre à Josep Borrell pour l’inciter à ne pas reconnaître ces élections. À leur tour, un groupe de dirigeants et de partis de droite ont envoyé une lettre au président du Conseil Européen, Charles Michel, pour dénoncer Borrell pour ses « incohérences et leurs conséquences néfastes » (…) et pour ses initiatives politiques organisées avec le Gouvernement d’Espagne. »

La lettre a été signée par des membres de secteurs ouvertement putschistes au Venezuela, comme María Corina Machado, Enrique Aristeguieta, Humberto Calderón Berti et un groupe de forces de droite composé d’acteurs comme le Parti Populaire, Ciudadanos et VOX d’Espagne, déjà uni dans d’autres initiatives. Cette initiative était destiné à discréditer Borrell, à faire pression pour que les élections de 6 décembre ne soient pas reconnues et à attaquer le Gouvernement espagnol : le Venezuela est à la fois un problème international et un problème domestique.

La décision de l’Union Européenne a eu des conséquences prévisibles. L’une d’elles a été la décision de Capriles Radonski de ne pas présenter de candidats. Il avait déjà dit qu’il ne participerait pas aux élections si les observateurs européens n’étaient pas présents : « Ces élections doivent être ajournées. Nous exigeons qu’elles soient ajournées, » avait-il affirmé mercredi soir, en compagnie de Stalin González, un autre dirigeant de l’opposition qui avait décidé de s’éloigner de la feuille de route de Guaidó.

La carte électorale ressemble à présent à celle du mois d’août : pas de nouvelle reconnaissance internationale, les mêmes acteurs politiques vénézuéliens qui n’y participeront pas. Maduro a affirmé que les élections auraient lieu le 6 décembre et que 107 organisations et plus de 14 000 candidats s’y étaient inscrits, selon le Conseil National Electoral. 

Plusieurs dirigeants de l’opposition qui se présenteront ont été sanctionnés par les Etats-Unis qui, ces dernières semaines, ont mis en branle de nombreuses actions destinées à empêcher la participation des forces politiques à ces élections d’augmenter. La politique actuelle de Washington est d’empêcher que le conflit politique se résolve par la voie des élections alors que Maduro est toujours président.

Cela se traduit par trois actions supplémentaire : d’une part, cinq nouvelles récompenses de plusieurs millions accordées par le Gouvernement étasunien (la plus forte de 10 000 000 de $). Des participants aux tentatives d’attaques armées parlent publiquement d’extraditions et d’enlèvement de dirigeants chavistes. La présence d’un bateau de guerre étasunien réalisant des manœuvres près des côtes vénézuéliennes.

La chancellerie vénézuélienne a dénoncé la présence d’un bateau de guerre
des Etats-Unis près des côtes vénézuéliennes au moment où se déroulent
des démarches diplomatiques.

D’autre part, le Gouvernement étasunien a affirmé qu’il continuerait à soutenir  Guaidó jusqu’à ce qu’on obtienne la « liberté ». Pour fabriquer une légitimité à son maintien sans que l’Assemblée Nationale n’ait été élue, l’opposition qui applique toujours la stratégie de non-participation aux élections a annoncé qu’elle ferait une consultation populaire pour « rejeter la fraude » du 6 décembre et autoriser « toutes les actions nationales et internationales. »

Enfin, les sanctions économiques menacent d’affecter encore plus le commerce que réalisent encore quelques grandes entreprises pétrolières étrangères avec le Venezuela et de frapper, par exemple, l’importation de diesel. Le blocus a affecté les revenus de l’Etat : Maduro a fait savoir que le 28 septembre, seulement 477 000 000 de $ ont été remis à la Banque Centrale du Venezuela par des entités publiques et a annoncé qu’une loi anti-blocus sera présentée à l’Assemblée Nationale Constituante.

Des protestations ont eu lieu dans diverses parties du pays, provoquées par les pénuries de gaz, d’électricité, d’eau, d’essence et par les bas salaires. L’opposition appelle à la mobilisation et cherche à prendre la tête de ce qui pourrait être une aggravation des conflits bien que, pour le moment, elle n’y ait pas réussi à cause de l’image détestable qu’elle donne et de façon plus générale d’un dégoût général de la politique dans de larges franges de la population.

Au cours de ce dernier trimestre, il pourrait alors y avoir de fortes pressions et d’éventuels affrontements politiques. Les élections du 6 décembre pourraient être un partage des eaux, non seulement à cause de sa date mais à cause de ses conséquences.

Marco Teruggi

Source : Pagina12

Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos