Le tournant final de Juan Guaidó et ses dangers

Photo : Archive

Mision Verdad, 28/07/2020

Par Augusto Marquez

Ces derniers jours, on a appris qu’une délégation diplomatique du Royaume de Norvège était arrivée au Venezuela pour examiner sa situation politique et sanitaire.

L’information a été confirmée de première main par le diplomate et médiateur expérimenté du pays nordique, Dag Halvor Nylander, via son compte Twitter.

Nylander était chargé de la médiation de la Norvège à la table des négociations entre le gouvernement vénézuélien et l’opposition l’année dernière, avec des bureaux sur l’île de la Barbade et à Oslo, un solide effort diplomatique avorté après l’imposition d’un embargo pétrolier par l’administration Trump contre le Venezuela le 5 août 2019.

Comme c’est toujours le cas lorsque le « fantôme du dialogue » émerge, le courant anti-Chávez réuni autour du député Juan Guaidó a indiqué à la hâte qu’il n’y a rien à discuter en ce qui concerne ce nouveau cycle de négociations.

Les diplomates norvégiens doivent se demander pourquoi cette déclaration est faite, alors que leur mission, ont-ils déclaré, est exploratoire et sans objectifs définis pour le moment.

Guaidó a dû sortir et calmer les flux Twitter qui lui demandaient de refuser toute tentative de négociation qu’il pourrait soulever. Afin d’éviter un nouveau lynchage, l’adjoint flou a déclaré avec sa position que la voie du secteur qu’il représente est de s’abstenir face aux parlementaires, en se conformant aux ordres de Washington.

Mais la déclaration de M. Guaidó ne fait preuve ni de fermeté ni de force, bien au contraire.

Deux événements marquent la ligne de vie du député sortant : la pandémie Covid-19 et les mouvements Trump. Ces deux facteurs dessinent un carrefour qui se rétrécit à mesure que le climat politique s’oriente vers les femmes parlementaires.

Commençons par la pandémie.

L’urgence sanitaire provoquée par Covid-19 au Venezuela a entraîné l’érosion de son image. Mais cette érosion, qui s’accentue depuis le début de l’année, n’est pas similaire à celle générée lors des tentatives de coup d’État successives contre Maduro.

Cette fois, elle est beaucoup plus profonde et plus décisive.

Avant la pandémie, Guaidó pouvait au moins conserver certains des éléments qui constituaient sa simulation de président fictif : petits rassemblements à Caracas, voyages à l’étranger pour obtenir un soutien diplomatique afin de le sortir de l’impasse, et autres actions similaires visant à faire preuve de force. Mais avec la pandémie, cette possibilité de simuler comme une fin en soi a été anéantie. Il a été confiné à des déclarations et à des mouvements inefficaces de son ordinateur, ce qui a contribué à son exclusion de la carte politique et médiatique.

Installation d’un hôpital d’urgence dans le Poliedro de Caracas pour soigner les personnes touchées par le Covid-19. Photo : El Correo del Orinoco

D’autre part, le Covid-19 a renversé la situation politique : les leviers du pouvoir, remis en cause par l’aventure du coup d’État mené par Guaidó, ont été déplacés vers leur lieu d’origine.

L’émergence de la pandémie a nécessité un immense déploiement au niveau sanitaire de toutes les institutions étatiques vénézuéliennes, la mise en place d’un système de gestion territoriale et l’application d’un ensemble de protocoles extraordinaires pour la prise en charge du Covid-19.

Guaidó avait remis en question le déploiement de cette autorité et la pandémie est venue briser le mythe de son « gouvernement intérimaire ».

Le Covid-19 l’a mis de côté, en quarantaine politique et avec une crédibilité asymptomatique.

La désillusion s’intensifie parmi ses partisans, et il doit maintenant administrer le peu d’essence qu’il reste dans son réservoir pour lutter contre les secteurs de l’opposition qui se frottent les mains en attendant sa chute définitive.

Face à la soi-disant « communauté internationale », nom artistique qu’a pris le système de vassalité internationale de Washington depuis 2019, Guaidó se trouve dans la pire des situations : alors que Maduro prend des décisions stratégiques, dirige la création d’hôpitaux d’urgence, dirige les rythmes de quarantaine et monopolise l’information sur la pandémie qui est reconnue à l’extérieur, le député se transforme en un énième youtuber ou tweeter de l’opposition, sans capacité organique de décider pratiquement autre chose que la gestion utilitaire des ressources volées au pays.

Dépistage massif dans un quartier de Caracas par le gouvernement vénézuélien.

Photo : Página12

L’autre facteur c’ est Trump.

Il y a quelques semaines, en Floride, dans le cadre de sa campagne, il a déclaré que « Guaidó perdait le pouvoir » et qu’ils (le gouvernement) soutiendraient toute personne ayant le soutien du peuple. En langage politique simple, cette déclaration implique l’estocade portée au député.

Trump, connu pour son « art de la négociation » (art of the deal), semble avoir fait deux pas en arrière afin de mettre en scène un nouvel élément : le « projet Guaidó » n’est pas d’origine présidentielle et de nouveaux sont entendus.

Avec cette déclaration, M. Trump a réduit l’engagement public de son gouvernement envers Guaidó. Et la raison de le soutenir repose sur sa figure pseudo-légale avec laquelle Washington peut gérer les avoirs vénézuéliens à l’étranger comme un mécanisme d’enrichissement illicite et de pression politique.

Dans ce cadre, Guaidó n’a pas d’autre choix que de devenir intransigeant. Et cela est démontré par sa déclaration ferme aux médiateurs norvégiens. Il a une fois de plus haussé le ton face à un Trump qui se méfie de sa crédibilité. Il joue le jeu de la menace pour voir si cela aidera à rétablir la confiance qu’il a perdue auprès du patron de la Maison Blanche.

L’échec de l’Opération Gedeón a fracturé la confiance et la conviction dans le « projet Guaidó ».

Mais la vérité est qu’il est déjà trop tard et qu’à Washington, on ne sait pas très bien comment renverser la situation. Les sanctions qui affaiblissent l’économie et l’approvisionnement du pays sont les seules cartes sur la table en l’absence d’un plan cohérent à moyen terme.

Guaidó lutte pour se maintenir à flot et depuis la Maison Blanche, avec la distance, le message très clair : soit tu portes un coup  avec les instruments dont tu disposes et que nous pourrions fournir, soit il y aura un changement de plans. Il ne peut y avoir de répétition de l’Opération Gedeón.

Guaidó se bat contre le temps

Mike Pompeo et Donald Trump. Foto: Archive

Le danger est que c’est dans ce désespoir que les pires options sont toujours forgées, et c’est peut-être à cela que joue finalement Washington.

C’est pourquoi le président Nicolas Maduro a averti que des tireurs d’élite sont formés depuis la Colombie pour le tuer. Il y a 15 millions de dollars sur la table, et l’assassinat présidentiel a déjà été institutionnalisé par la récompense du Département d’État.

Et Juan Guaidó fait une promotion excessive de ses alliances avec le gouvernement Duque. Les options criminelles sont très probablement testées comme un moyen de réinterpréter ce moment de crise dans le projet de changement de régime.

Parce que la seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que Guaidó, pour sauver sa peau et respecter ses engagements envers les États-Unis, n’hésite pas à signer un document et à dépenser des millions de dollars pour rendre possibles des assassinats politiques et mener le pays à la guerre. Et son échec n’a fait que redoubler ce désespoir.

Nous savons également qu’il n’a rein à attendre d’une élection parlementaire.

Source : Misión Verdad

Traduction : FAL 33

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