L’expérience médicale de Cuba en Afrique subsaharienne: sa contribution contre la Covid-19

Échange du président de la Commission de l’UA, N. Dlamini-Zuma, avec des étudiants en médecine africains à Cuba (oct 2015) Photo: Roberto Suárez

Par Yoslán Silverio González, 21/07/2020 

La coopération Sud-Sud a été un pilier fondamental de la politique étrangère du gouvernement cubain, fondée sur les principes de solidarité et d’internationalisme. À partir des années 1960, Cuba a commencé à soutenir non seulement les forces progressistes d’Amérique Latine mais aussi les mouvements de libération nationale du continent africain qui ont consolidé son chemin vers la décolonisation, ainsi que d’autres gouvernements progressistes et forces politiques en Afrique subsaharienne: la Ghana, la Guinée Bissau, la Guinée, le Mali, L`Éthiopie, la Tanzanie, L`Angola, le Zimbabwe, le Mozambique, la Namibie et L`Afrique du Sud. Ce soutien couvrait un large éventail de domaines, allant du soutien politico-diplomatique dans les forums internationaux au soutien concret dans la formation professionnelle, le transfert de ressources et même le soutien militaire aux mouvements anticoloniaux et anti-impérialistes qui avaient du mal à atteindre ou à maintenir l’indépendance de leur pays.

Parmi les principaux jalons de la collaboration cubaine avec l’Afrique figurent: l’arrivée en Algérie de la première brigade médicale en 1963, le soutien à la guérilla nationaliste en Guinée Bissau qui luttait contre le colonialisme portugais, le soutien au gouvernement éthiopien contre l’intervention Somalienne sur son territoire, la légendaire collaboration militaire en Angola contre l’intervention des forces du régime d’apartheid sud-africain et sa contribution à l’indépendance de la Namibie (1). Ainsi a commencé une longue histoire de liens politiques et de coopération ininterrompue jusqu’à nos jours.

Bien que les principes de la collaboration cubaine soient restés inchangés au fil du temps, il y a eu des changements concernant la coopération militaire de Cuba avec les pays africains en raison du nouveau contexte international. Après l’effondrement du camp socialiste, Cuba a connu une forte crise économique qui s’est étendue tout au long des années 90, tandis que le blocus économique et financier des États-Unis contre l’île s’est intensifié. Malgré cela, Cuba n’a pas diminué ses niveaux de collaboration. Il a plutôt élargi son activisme, principalement avec l’Amérique Latine, l’Afrique et le Moyen-Orient (2), en élargissant sa collaboration multisectorielle dans le domaine de la santé, de l’éducation et de la formation professionnelle des étudiants de toutes ces nationalités, renforçant ainsi son engagement à coopération sud-sud.

Dans les médias occidentaux, la politique des États-Unis contre Cuba est généralement définie et présentée comme un embargo. Mais, l’ensemble des mesures extraterritoriales de persécution économique, commerciale et financière contre Cuba, dépasse le niveau bilatéral, donc il constitue en fait un blocus (3), car il applique des sanctions contre les pays tiers dans ses relations avec La Havane. Dans ce contexte, la collaboration médicale est devenue ces dernières années l’une des principales sources de revenus pour Cuba. En prenant en compte seulement les données correspondant à 2016, Cuba avait une présence médicale dans 61 pays du monde pour un total de 42 242 collaborateurs.

Tableau 1. Nombre de pays par région avec la collaboration médicale de Cuba (2016)

Région

Total des pays

 

Afrique sub-saharienne

27

 

Amérique latine et Caraïbes

24

 

Asie de l’Est et Pacifique

8

 

Afrique du Nord et Moyen-Orient

2

 

Total des pays

61

Somme finale      42 242

Femmes

26 746

63.3%

Hommes

15 496

36.7%

Source: propre élaboration avec les données de l’Unité centrale de coopération médicale (UCCM). Annuaire 2016. MINSAP, Volume 6, No 1, p. 130.

Malgré l’hostilité du gouvernement américain, sa campagne pour discréditer les médecins cubains et les changements politiques survenus dans les pays d’Amérique latine (Brésil, Équateur et Bolivie, où la collaboration médicale cubaine a été annulée), en février 2020, il y avait plus de 28 700 collaborateurs cubains dans 59 pays. C’est précisément pour cette raison que cette sphère est devenue l’un des principaux fers de lance de cette politique contre Cuba. À cet égard, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a dénoncé le 8 mai que l’Agence des États-Unis pour le Développement International (USAID) consacrerait 2 millions de dollars supplémentaires à l’attaque des brigades médicales cubaines. Comme on le verra plus loin, cela n’empêche pas que depuis 1963, quelque 131 933 professionnels de santé et de spécialités diverses, ont collaboré dans d’autres pays.

Coopération médicale cubaine: l’expérience africaine

Comme on a déjà indiqué, la coopération médicale à l’étranger a évolué au fil du temps, et a actuellement différentes modalités et programmes: Programme de Santé Complet (PIS), Programme de Santé Complet avec Compensation des Dépenses (PISCG), Assistance Technique Compensée (ATC), Services Médicaux Cubains (SMC), Opération Miracle (OM) et Opération Miracle avec Compensation des Dépenses (OMCG). Dans certains pays, il existe même plusieurs de ces programmes en même temps, selon la modalité dans laquelle le pays bénéficiaire souhaite l’accueillir. Le tableau suivant montre les pays africains qui avaient au moins une des modalités. D’une manière ou d’une autre, que ce soit par ces programmes ou bourses pour étudier à Cuba, presque tous les pays de ces régions ont été bénéficiés.

Tableau 2. Type de coopération médicale cubaine dans les pays africains

Type de coopération

à l’échelle mondiale

En Afrique

Les pays africainsProgramme global de santé (PIS)

Programme global de santé (PIS

8

5

Guinée, Lesotho, Niger, RASD et Swaziland

PIS et Opération Miracle

21

10

Burkina Faso, Tchad, Congo, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée Bissau, Sao Tomé-et-Principe, Tanzanie et Zimbabwe.

Services médicaux cubains (SMC)

16

4

Algérie, Botswana, Guinée équatoriale et Namibie.

Assistance technique compensée

16

9

Afrique du Sud, Ouganda, Angola, Cap-Vert, Djibouti, Gabon, Ghana, Mozambique et Seychelles.

Source: propre élaboration avec les données de l’Unité centrale de coopération médicale (UCCM). Annuaire 2016. MINSAP, Volume 6, No 1, p. 131.

En particulier, sur le continent africain, en raison de ses problèmes structurels et du manque de services médicaux, la coopération cubaine dans ce domaine a été très bien accueillie par les peuples et les gouvernements africains. Il y a eu plusieurs actions dans le cadre de la prestation de services médicaux, qui ont non seulement été l’envoi de médecins et de personnel infirmier mais aussi le transfert de technologie pour lutter contre les maladies évitables, la contribution de l’enseignement dans les écoles de médecine dans plusieurs des pays de la région et leur formation à Cuba.

 

L’une des dimensions de la coopération cubaine dans le domaine de la santé a été la lutte contre les maladies transmissibles telles que le paludisme, qui est la principale cause de décès en Afrique, raison pour laquelle les efforts visant à réduire son impact ont été renforcés. En ce qui concerne la lutte contre le paludisme, la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a accepté d’appliquer la technologie, les produits et les spécialistes cubains en signe d’efficacité dans l’application du programme anti-vecteur au Ghana (4) et en Angola.

 

Parmi les méthodes figurent l’application de produits tels que le biopesticide Bactivec et la cyperméthrine, qui contrôle, par pulvérisation, la propagation du moustique aedes aegypti. Le programme cubain de lutte antivectorielle a également été appliqué en Zambie, en Guinée Équatoriale, au Bénin, au Kenya et en Tanzanie (5). Le Groupe Biotechnologie et Industries Pharmaceutiques (BioCubaFarma), fondé en décembre 2012 et qui intègre le pôle scientifique du pays, a joué un rôle fondamental dans ces domaines.

 

Ce business group est responsable de la fabrication d’environ 525 types de médicaments différents et poursuit ses travaux scientifiques pour développer de nouveaux médicaments et équipements médicaux. Parmi les principales réalisations de l’entreprise figurent la mise en place d’un médicament contre le diabète et pour le traitement du cancer. Dans le cas du diabète, il y a ce que l’on appelle l’érythropoïétine recombinante humaine ou Heberprot-P (6). Il existe également des projets de création de joint-ventures dans des pays comme l’Afrique du Sud et l’Algérie. Une autre de ses missions les plus importantes est la lutte contre les maladies telles que le Zika, le Chikungunya, la dengue et la fièvre jaune, toutes causées par le moustique aedes aegypti. Toutes ces expériences ont été transmises aux autorités sanitaires de différents pays africains.

 

Au même temps que le Nigéria, la Guinée Équatoriale et le Gabon, Cuba collabore aussi avec l’Angola dans le programme de lutte contre les vecteurs responsables du paludisme et de la dengue, entre autres maladies. Dans la lutte contre le paludisme en Angola, 140 spécialistes cubains collaborent dans 98 des 164 municipalités. S’engager dans la lutte contre le paludisme en Afrique comprend la construction d’usines de biolarvicides et la réalisation d’actions de formation du personnel, la formation d’agents communautaires et des entretiens éducatifs sur l’assainissement de l’environnement. Ce programme a plus de 8 ans d’application. Le ministère angolais de la Santé a reconnu que dans ce pays, quelque 20 000 personnes mouraient chaque année du paludisme, alors qu’en 2013, moins de 5 000 en mouraient (7).

 

Le programme de santé complet n’est pas seulement composé de personnel médical, mais également d’une équipe de techniciens et d’ingénieurs appartenant à diverses entités scientifiques cubaines qui travaillent ensemble. Par exemple, au sein de BioCubaFarma, le Groupe d’activité Laboratoire pharmaceutique (Labiofam) a été responsable du transfert des technologies vers les pays africains. Cette entreprise travaille sur des projets pour éradiquer le paludisme et promouvoir l’agriculture.

 

Un autre des programmes de santé qui se sont répandus en Afrique a été L’Opération Miracle. Cette initiative ophtalmologique a aidé plus de 600 000 patients ayant des problèmes de vision dans 30 pays d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Afrique. La preuve en est l’ouverture d’un centre d’ophtalmologie au Mali, une région dans laquelle Cuba s’est également impliquée dans la lutte contre le VIH-SIDA (8). Dans le cas du Mali, les problèmes de sécurité qui affectent ce pays depuis 2012, en raison de l’avancée des groupes terroristes, ont conduit au retrait de la coopération médicale cubaine. C’était un exemple de la façon dont ces problèmes de sécurité peuvent faire reculer ces initiatives de coopération. L’Érythrée est un autre des pays où les collaborateurs cubains travaillent depuis plus de huit ans, bénéficiant de la reconnaissance du Ministère de la santé et de l’agriculture de ce pays africain.

 

En raison de la faiblesse des systèmes de santé dans la plupart des pays africains, des épidémies se produisent constamment, posant un défi à la sécurité humaine et ayant de graves répercussions socio-économiques. L’antécédent le plus immédiat a été l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest (mars 2014-2016). Ce contexte sanitaire a marqué un autre jalon dans la collaboration médicale de Cuba avec l’Afrique. Le Libéria est l’un des pays de la sous-région où se trouve l’une des flambées épidémiques. En septembre 2014, 5 800 cas ont été signalés, dont le Libéria a connu la pire situation, avec 1 698 et 871 décès, suivi par la Sierra Leone (1 216 cas et 476 décès) et la Guinée (avec 771 infections et 498 décès) (9). L’impact sur l’économie a également été ressenti en raison des restrictions de voyage pour les personnes, de la fermeture des frontières, de la réduction des services et des activités agricoles.

 

À ce stade, Cuba comptait 32 brigades médicales sur le continent, avec un total de 4 048 collaborateurs, dont 2 269 médecins. En Sierra Leone en particulier, il y avait 23 travailleurs humanitaires et en Guinée 16. À l’appel de l’Organisation Mondiale de la Santé, Cuba a décidé de renforcer sa présence médicale dans ces pays, avec des membres de la Brigade Henry Reeve. A cette occasion, 256 spécialistes ont été envoyés entre et personnel infirmier: 165 spécialistes sont arrivés en Sierra Leone, 53 au Libéria et 38 en Guinée Conakry (10). Pendant cinq mois, ils ont travaillé dans ces pays. Un aspect essentiel à garder à l’esprit est que la présence médicale cubaine dans ces pays touchés par Ebola n’a pas commencé avec le déclenchement de l’épidémie, mais qu’il y avait déjà d’avant.

Les actions de la communauté internationale, y compris la participation de médecins cubains, ont permis l’élimination de l’épidémie: «début 2015, le Libéria enregistrait moins d’une douzaine de cas par semaine, mais il fallait quatre mois avant qu’elle ne puisse être déclarée le 9 septembre pays sans Ebola » (11). Cela a également été rendu possible grâce à une action conjointe avec d’autres pays. Même l’administration Barack Obama a dû reconnaître le rôle de Cuba dans cette situation.

Formation professionnelle dans les spécialités des sciences médicales

 

Un autre des piliers fondamentaux de la collaboration que Cuba a offerté à différentes parties du monde a été la formation du personnel médical à Cuba grâce à un vaste programme de bourses destiné aux étudiants des pays en développement. Les étudiants se sont engagés moralement à travailler après avoir obtenu leur diplôme dans les communautés rurales de leur pays, dépourvues de services de santé. Jusqu’en 1988, plus de 18 000 étudiants avaient été formés à Cuba.

 

Depuis la création en 1999 de l’École latino-américaine de médecine (ELAM) de La Havane, des milliers d’étudiants d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen-Orient ont été formés. Au cours de cette période, les étudiants sont venus à Cuba grâce à des bourses entièrement payées par le gouvernement cubain. Ce programme a été maintenu malgré la crise économique des années 90.

 

Par exemple, dans le cas de l’Afrique du Sud, le premier groupe de 92 étudiants de ce pays est arrivé à Cuba en 1996. Un an plus tard, le Programme de collaboration médicale entre Cuba et l’Afrique du Sud (SACMC) (12) a été signé, ce qui a augmenté le nombre d’étudiants sud-africains, à faible revenu, sélectionnés pour se former à Cuba, à la condition de rentrer au pays et de travailler, dans le secteur public, pendant la même période qu’ils avaient été formés sur l’île (13). Dans le cadre de l’accord de coopération de 2012 dans le domaine de la santé publique et des services médicaux, près de 3 000 étudiants sud-africains ont été formés à Cuba.

Tableau 3. Étudiants en médecine diplômés de l’École latino-américaine de médecine (ELAM) entre 2005 et 2016 (14).

Comme le montre le tableau précédent, seuls dans l`ELAM (depuis sa fondation en 1999 et 2016) 27 630 étudiants étrangers c´est sont diplômés en médecine, dont 1 333 sont africains. Ces données ne représentent qu’une des universités de médecine de Cuba. Entre 1999 et 2015, 73 848 étudiants étrangers ont obtenu leur diplôme dans toutes les branches et tous les niveaux d’enseignement. Sur ce nombre, 27 685 (37,5%) provenaient de 47 pays d’Afrique subsaharienne et 3 334 (4,5%) de 18 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (15). Dans le tableau suivant, nous sélectionnons les dix pays ayant le plus grand nombre de diplômés, des deux sous-régions, au cours de la même période.

Tableau 4. Pays ayant le plus grand nombre de diplômés à Cuba (1999-2015) (16)

Afrique sub-saharienne

(10 pays sur 47)

Afrique du Nord et Moyen-Orient (10 pays sur 18)

Pays

Total

Pays

Total

Angola

7 890

RASD

2 032

Mozambique

3 197

Yémen

433

L´Éthiopie

2 949

La Syrie

244

Le Zimbabwe

1 892

La Palestine

238

La République du Congo

1 615

Jordanie

174

Guinée Bissau

1 562

Liban

97

Namibie

1 097

Maroc

25

Ghana

1 063

Oman

17

Guinée

828

Algérie

15

Afrique du Sud

739

Mauritanie

13

Total général

27 685

Total général

3 334

Selon les données du ministère cubain du commerce extérieur (MINCEX), au cours de l’année universitaire 2017/2018, 8 246 étudiants africains ont étudié dans différentes carrières universitaires et selon différentes modalités: boursiers financés par leur gouvernement ou autofinancés. Le nombre total d’étudiants de différentes nationalités étudiant les sciences médicales à Cuba pendant l’année académique 2018-2019 était de 8 478 (17) et pendant l’année académique 2019-2020 il était de 7 726 (18). La grande majorité de ces étudiants venaient de pays africains et d’Amérique latine. Si les autres diplômes universitaires et centres d’éducation sont additionnés, le nombre d’Africains s’élève à plus de 9 mille (2018).

Cuba a également contribué à la création de facultés de médecine pour former des professionnels selon des nécessités dans leurs propres localités. Si l’année 1963 a marqué le début de la coopération médicale, en 1975, la première école de médecine à l’étranger avec des professeurs cubains a été créée dans la ville d’Aden (Yémen). Depuis, plusieurs pays ont rejoint cette modalité. Le 12 novembre 1986, l’école de médecine “Miguel Díaz Argüelles” en Guinée Bissau a été inaugurée avec 30 étudiants, ce qui a marqué le début de la collaboration pédagogique avec ce pays. Le premier diplôme de médecins guinéens, dans son propre pays, a eu lieu le 24 juillet 1992 (19). Après 2004, un nouveau programme de formation a été mis en œuvre conjointement avec les brigades médicales cubaines, où les étudiants ont commencé à s’impliquer dans les problèmes de santé de leur pays avec les Cubains. Avec cette nouvelle projection, le nombre de facultés à l’étranger a été étendu à 11 pays, dont 6 africains: Angola, Érythrée, Gambie, Guinée Bissau, Guinée Équatoriale et Tanzanie (20).

Dans le cas de la Guinée-Bissau, la guerre civile qui a éclaté dans ce pays en 1988 a affecté la collaboration médicale. Ce n’était qu’en 2006 que la réouverture de la faculté de médecine de Bissau a eu lieu. Grâce à la collaboration de l’enseignement cubain, entre 2005 et 2017, 445 médecins ont obtenu leur diplôme, 318 en Guinée-Bissau et 127 à Cuba. Au cours de l’année académique 2017-2018, la Faculté de médecine Raúl Días Arguelles comptait au total 34 enseignants cubains et 390 étudiants, de la première à la sixième année du diplôme (21). Toujours en Guinée Équatoriale, les autorités locales ont reçu à Malabo, 19 nouveaux enseignants cubains qui ont rejoint ceux qui enseignaient déjà à l’Université nationale de Guinée équatoriale (UNGE), dans le cadre de l’accord de coopération entre les deux gouvernements. L’un des facteurs en faveur de cette collaboration est la langue espagnole, qui facilite la présence de professionnels cubains.

Il s’agit là d’un pilier fondamental de la collaboration sud-sud de Cuba sur la formation professionnelle, qui n’a cessé de se consolider. Au total, plus de 30 000 étudiants africains ont obtenu leur diplôme dans diverses spécialités, non seulement dans le secteur médical, mais aussi dans les sciences sociales et l’ingénierie. De ce nombre, 28 299 appartiennent à la région de l’Afrique subsaharienne. Bon nombre de ces diplômés ont maintenant occupé des postes importants à la fois au gouvernement et dans les établissements universitaires de leurs pays respectifs. Il s’agit d’une contribution importante de Cuba à la formation du personnel médical dans toutes ces nations.

Collaboration médicale et approfondissement des relations diplomatiques

Le prestige de la collaboration médicale cubaine lui a valu la reconnaissance des autorités africaines et des hauts fonctionnaires de l’Union africaine (UA) pour les contributions de Cuba dans ce secteur. Ces éléments ont contribué à renforcer les liens politico-diplomatiques avec la plupart des pays africains. Cuba entretient des relations diplomatiques avec 47 des 48 États d’Afrique subsaharienne par l’intermédiaire de 27 missions diplomatiques, dont 19 autres pays de la région sont desservis simultanément.

Cuba a également une ambassade accréditée au siège de l’UA à Addis-Abeba, en Éthiopie. En ce sens, il convient de noter que Cuba détient le statut d’observateur permanent auprès de l’UA. Cette organisation continentale a unanimement soutenu la résolution qui est présentée chaque année devant l’Assemblée générale des Nations Unies qui vise à mettre fin au blocus américain contre Cuba. Pendant ce temps, à La Havane, il y a 18 ambassades de pays d’Afrique subsaharienne et 19 autres le font en accord avec le siège, principalement aux États-Unis et au Canada. Dans toutes les visites de haut niveau, tant par les dirigeants cubains dans les pays africains que par les dirigeants africains à Cuba, la gratitude est exprimée à Cuba pour la collaboration multisectorielle qu’elle offre au continent.

En 2016, plus de 5000 employés collaboraient dans des secteurs tels que la santé, l’éducation, la construction, les sports et l’agriculture. Le chiffre représentait 10% des travailleurs humanitaires cubains dans le monde et a réaffirmé l’engagement du gouvernement cubain envers le développement socio-économique et culturel de l’Afrique, un continent avec lequel nous avons des liens historiques et culturels solides. Les chiffres de la collaboration médicale varient d’année en année, selon les pays et les régions en raison de la nature circulaire qu’elle présente: après son retour à Cuba, le personnel de santé peut rejoindre une brigade dans une autre nation. Le tableau suivant montre les pays qui avaient le plus grand nombre de personnels de santé cubains en 2016.

Tableau 5. Coopérateurs de santé dans les pays africains (2016)

Pays

Total

Pays

Total

1

Angola

1 733

15

Guinée Conakry

15

2

Algérie

911

16

Guinée équatoriale

230

3

Botswana

94

17

Lesotho

2

4

Burkina Faso

23

18

Mozambique

298

5

Cap-Vert

55

19

Namibie

80

6

Tchad

33

20

Niger

7

7

Congo

95

21

RASD

5

8

Djibouti

85

22

São Tomé et Príncipe

9

9

Érythrée

2

23

Seychelles

50

10

Éthiopie

15

24

Afrique du Sud

421

11

Gabon

39

25

Swaziland

21

12

Gambie

103

26

Tanzanie

20

13

Ghana

23

27

Ouganda

4

14

Guinée Bissau

28

28

Zimbabwe

42

Total pour l’Afrique

4 443

10.5 %

Source: propre élaboration avec les données de l’Unité centrale de coopération médicale (UCCM). Annuaire 2016. MINSAP, Volume 6, No 1, p. 132. L’Algérie (région de l’Afrique du Nord) est incluse dans ce tableau, raison pour laquelle le total serait de 28 pays africains.

Lors de la visite à Cuba du vice-président de la Commission de l’Union africaine, Thomas Kwesi Quartey, en avril 2018, il a eu une réunion avec le vice-président du Conseil d’État, Salvador Valdés Mesa, où ils ont souligné la collaboration de l’île avec le continent africain dans la santé, l’éducation et la formation professionnelle. A cette occasion, Valdés Mesa a déclaré: “Au milieu de toutes les difficultés, nous ne cesserons d’être solidaires, notamment avec l’Afrique“. En 2018, un total de 4 457 collaborateurs ont travaillé dans 28 pays africains. La plupart d’entre eux – 4 108 – ne provenaient que de la santé (Mincex, décembre 2018).

 

En 2018, l’un des exemples les plus notoires de la collaboration médicale a été l’envoi au Kenya de 100 médecins cubains pour travailler dans les zones rurales les plus pauvres et les plus reculées du pays. À son tour, le gouvernement kenyan enverrait 50 médecins locaux à Cuba pour étudier comment le pays a fait de grands progrès en matière de soins médicaux, selon le Dr Peter Tum, secrétaire général de la santé du pays. Il a également déclaré que le programme de formation des étudiants des Kenya Medical Training Colleges (KMTC) serait élargi pour inclure les programmes et les études utilisés à Cuba. En juin, les 100 premiers médecins cubains sont arrivés au Kenya, dans une brigade comprenant des spécialistes en neurochirurgie, des endocrinologues, des cardiologues, des urologues, des chirurgiens plasticiens, des chirurgiens orthopédistes, des néphrologues, neuf médecins en soins intensifs et 53 médecins généralistes.

 

En 2019, il y avait 29 pays en Afrique subsaharienne – au moment de l’adhésion du Kenya – et 5 en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (Algérie, Qatar, Arabie saoudite, Bahreïn et Koweït) dans lesquels Cuba a fourni une collaboration médicale. Dans 15 Afrique subsaharienne, le programme de santé complet a été maintenu (Burkina Faso, Tchad, Congo, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée Bissau, Guinée, Lesotho, Niger, RASD, Sao Tomé et Principe, Swaziland, Tanzanie et Zimbabwe) (22).

 

Un autre exemple de liens politiques a été la visite officielle, entre le 24 mars et le 3 avril 2019, en Afrique du Sud, au Lesotho et au Kenya, la vice-présidente des Conseils d’État et des ministres, Inés María Chapman. Au cours de sa visite au Lesotho, il a eu un échange cordial avec les membres de la Brigade médicale cubaine dans ce pays et avec une représentation de professionnels basothiens diplômés à Cuba dans les spécialités de médecine, médecine vétérinaire, médecine sportive, informatique et ingénierie (23). En septembre, le Vice-Premier Ministre des Affaires étrangères de Cuba, Marcelino Medina González, a effectué une tournée officielle dans quatre pays: l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Tanzanie et le Rwanda. Pour sa part, le Vice-ministre des Affaires étrangères, Rogelio Sierra Díaz, s’est également rendu au Cameroun, au Bénin, au Sénégal et au Libéria. Les deux tournées ont consolidé les relations bilatérales historiques entre l’Afrique et Cuba. Les échanges soutenus ont réaffirmé la volonté de poursuivre la coopération avec la région.

 

En décembre 2019, le Ministre de la Santé Publique de Cuba, le Dr José Ángel Portal Miranda a signé un accord de coopération avec le Ministre de la Santé de Djibouti, M. Mohamed Warsama Dirieh, qui permettra de renforcer les liens de coopération entre les deux nations. Cuba entretient une collaboration médicale avec ce pays depuis 2001, date à laquelle le premier envoi de 13 collaborateurs a eu lieu. Actuellement, 84 collaborateurs fournissent des services de santé, dont 79 médecins. Il a également contribué à la formation des ressources humaines pour la santé, à la formation de 67 médecins et d’un stomatologue (24). Un autre exemple de coopération médicale avec cette petite nation de la corne africaine.

 

En 2020, le monde a été touché par la pandémie causée par le coronavirus, qui a suscité une augmentation nécessaire de la coopération internationale pour y faire face. En Afrique, le premier cas a été enregistré en Egypte, le 14 février, par un touriste chinois, et le second au Nigeria, le 24 février, par un Italien de Milan à la ville nigériane de Lagos. Selon les chiffres officiels du Centre de contrôle des maladies de l’UA (CDC), datés du 26 mars, le virus s’est propagé dans 46 pays. L’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie et le Maroc ont été les plus touchés.

 

Au cours de la dernière semaine d’avril, les infections ont augmenté de 43%. Le CDC de l’UA a signalé pour le 18 mai un total de 85 000 cas et 2 765 décès. Au jour 19, le chiffre était de 91 400 personnes infectées et de 2 919 décès. À la fin du 22 mai, le continent signalait déjà 100 491 cas, 3 104 décès et 39 509 personnes récupérées. Le 20 juin, les chiffres dépassaient déjà 300 000 infections et 7 700 décès. Le 13 juillet les chiffres ont augmenté plus de 600 000 avec 13 249 décès. La pression montait sur les systèmes de santé faibles du continent. Dans ce scénario, plusieurs pays africains ont demandé une augmentation de la présence médicale cubaine pour lutter contre la pandémie.

Covid-19: Cuba renforce sa présence médicale en Afrique

 

La propagation du coronavirus dans le monde a renforcé la critique des politiques néolibérales adoptées au cours des 25 dernières années et qui ont affaibli les services de santé publique. La pandémie a alerté les gouvernements et a mis en évidence la nécessité d’une collaboration internationale entre les États pour faire face à cette menace commune qui ne comprenait pas les frontières, la classe sociale, l’orientation politique ou la croyance religieuse. Alors que le gouvernement des États-Unis a adopté une attitude répréhensible à l’égard de la gestion de la pandémie, en torpillant le travail de l’OMS, en gelant ses contributions à cette organisation, en menaçant son retrait et en blâmant la Chine, d’autres pays ont consacré leurs efforts à renforcer la coopération. .

 

L’émergence du virus en Afrique a continué de préoccuper les autorités sanitaires de ce continent où la tendance à la propagation n’a pas diminué. Dès le début des premiers cas, les gouvernements de la région ont commencé à prendre toutes les mesures nécessaires. Dans le même temps, ils ont exigé une collaboration internationale, qui n’a pas tardé à arriver de Chine et de Cuba. En ce sens, la Chine est devenue le principal donateur international de fournitures médicales pour lutter contre la Covid-19, comme son président l’a clairement indiqué lors de la 73e Conférence annuelle de l’OMS (25). Cette collaboration prendrait forme dans les pays où les systèmes de santé sont plus faibles.

 

De même, Cuba a mobilisé non seulement son système de santé publique, mais a également renforcé la coopération médicale avec d’autres pays. Au milieu de la pandémie de Covid-19, le gouvernement cubain a activé le contingent international de médecins spécialisés dans les situations de catastrophe et les épidémies graves Henry Reeve. En point de mire, quatre pays africains ont vu un renforcement de la présence de médecins cubains qui ont rejoint ceux qui travaillaient déjà dans ces pays avant la pandémie et le Togo a été ajoutée pour la première fois. À son tour, le personnel médical cubain travaillant déjà en Afrique a également pleinement participé à la lutte contre Covid-19.

 

Ce n’est qu’au mois d’avril que quatre groupes de médecins sont partis pour les pays africains, qui ont atteint: l’Angola (10 avril), le Togo (13 avril), le Cap-Vert (22 avril) et l’Afrique du Sud (27 avril) et le nombre de médecins sur le continent devrait augmenter, alors que la pandémie continue de croître. Ce fut le cas d’une cinquième brigade qui partit pour la Guinée Conakry (4 juin) et d’une sixième qui se rendit en Guinée Bissau (27 juin). En outre, un nouvel accord de collaboration médicale a été signé avec la Namibie. Début juillet, trois nouvelles brigades sont parties pour la Sierra Leone, la Guinée équatoriale et São Tomé et Príncipe.

 

Les relations politiques et de collaboration entre Cuba et la République d’Angola sont ininterrompues depuis 1975. C’est l’un des pays africains où la collaboration cubaine a été la plus forte. Après le retrait des troupes cubaines d’Angola, après avoir garanti l’indépendance de la Namibie, Cuba a maintenu ses relations avec le parti au pouvoir: le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA). Les exemples incluent la mise en œuvre du programme d’alphabétisation “Je peux” dans la province de Kuanza Norte, avec la présence de 42 conseillers cubains. Grâce à ce programme, l’Angola avait prévu de déclarer qu’il atteindrait 86,5% des personnes alphabétisées d’ici 2017. Actuellement, plus de 800 collaborateurs de santé cubains travaillent dans ce pays africain, avec quelque 1 000 enseignants de différentes spécialités. Dans le même temps, à Cuba, plus de 2 000 Angolais étudient dans diverses universités, ce qui s’ajoutera aux plus de 7 000 diplômés de notre pays.

 

À la suite de la déclaration par l’OMS – 11 mars 2020 – du coronavirus comme pandémie et de l’adoption de l’état d’urgence, Mme Silvia Lutucuta, ministre de la Santé de l’Angola, a annoncé la demande de son gouvernement d’augmenter la collaboration médicale Cubain pour lutter contre le nouveau virus SARS Cov-2 (26). La réponse de Cuba a été immédiate et la première brigade du contingent Henry Reeve est partie pour ce pays. Ce groupe qui a été parti pour l’Angola le 10 avril était composé de 214 collaborateurs: 188 médecins, 24 infirmières et deux techniciens. Au total, il y avait 136 femmes et 78 hommes, de toutes les provinces cubaines. Parmi les régions angolaises où se trouvaient les médecins se trouvaient Cabinda, Cacongo, Buco-Zau, Belize, Huambo et Benguela, où ils ont été reçus par les plus hautes autorités locales (27).

 

La République du Togo, avec une population de 7 889 000 habitants, avait, au 13 juin, un total cumulatif de 530 cas confirmés, dont 291 s’étaient rétablis et 13 personnes étaient décédées. Ces données indiquent un taux de 6,65 cas pour cent mille habitants. C’est dans ce contexte que, à la demande du gouvernement togolais, une autre brigade médicale Henry Reeve est arrivée dans le pays. C’était la première fois que des membres de ce contingent se rendaient dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Il était composé de 11 professionnels de cinq spécialités, dont 6 médecins et 3 infirmières.

 

Des médecins cubains ont également été rejoints par des médecins togolais diplômés de Cuba et des représentants de l’OMS et de l’UNICEF dans ce pays. À leur arrivée dans la capitale, Lomé, ils ont été officiellement reçus par le Premier ministre, Komi Sélom Klassou, ainsi que d’autres autorités, qui ont remercié Cuba pour leur collaboration médicale. Après avoir franchi la phase de quarantaine établie et organisé le travail avec les autorités sanitaires locales, le personnel médical cubain a commencé son travail dans les communes reculées de Dapaong (au nord), Kara et Sokodé (au centre), qui faisaient partie des les plus touchés par les infections.

 

Le troisième pays à recevoir une assistance médicale, à l’époque du coronavirus, était la République du Cap-Vert. La brigade qui est partie pour cet archipel était composée de 20 spécialistes: 5 médecins, 10 infirmières diplômées et 5 spécialistes en hygiène et épidémiologie. Ce groupe a rejoint les 79 qui travaillaient déjà sur ces îles. La brigade a été reçue à l’aéroport Nelson Mandela de la capitale Praia, par l’ambassadeur cubain, Rosa Olivia Rill et par d’autres autorités nationales telles que le Dr Serafina Alves, du ministère cap-verdien de la Santé (28).

 

De leur côté, l’Afrique du Sud et Cuba ont célébré 25 ans de relations diplomatiques. Lors de la visite en Afrique du Sud du Vice-premier ministre des Affaires étrangères de Cuba, Marcelino Medina González, en septembre 2020, les importantes réalisations de l’accord de coopération dans les domaines de la santé publique et des sciences médicales ont été soulignées. Il a également été souligné que quelque 732 Sud-Africains, dont beaucoup issus de communautés défavorisées, avaient obtenu leur diplôme de médecin depuis le début du programme de formation Nelson Mandela-Fidel Castro en 1997 (29).

 

Un résultat important de cette visite a été l’entrée en vigueur d’un nouvel accord de collaboration intergouvernementale dans le domaine de la santé. Cet accord a été renouvelé pour cinq ans, à compter du 17 avril 2020. Il comprend l’embauche de médecins et de professeurs d’université cubains, la formation médicale d’étudiants sud-africains à Cuba et l’échange scientifique. Dans ce cadre, il a été décidé d’octroyer des bourses à 15 étudiants de la province du Nord-Ouest pour étudier la médecine à Cuba, au cours de l’année scolaire 2019-2020. En septembre 2020, 221 médecins cubains travaillaient en Afrique du Sud, déployés dans 8 des 9 provinces du pays, en particulier dans les zones rurales.

 

C’était le contexte préalable à que l’Afrique du Sud commence à être affectée par la pandémie de coronavirus. En mai, plus d’un millier de cas avaient été signalés, atteignant 4 300 en une journée le 14 juin, pour un total de 73 533 confirmés. De ce nombre, seulement 39 867 s’étaient rétablis et 1 568 étaient morts. C’était sans aucun doute la nation la plus touchée du continent. Face à ce scénario, un appel a été lancé pour augmenter les services médicaux cubains dans le pays, lorsque Cuba a commencé à être affectée par Covid-19.

 

Conformément aux accords de partenariat bilatéraux, l’aide est également venue d’Afrique du Sud. Ce pays a envoyé sur l’île une cargaison d’aide humanitaire composée de moyens de protection, de masques, de gants, de thermomètres infrarouges et de couvertures pour les lits d’hôpital nécessaires pour combattre le SRAS-Cov-2. À son retour, sur le même avion qui avait transporté les fournitures médicales, un nouveau groupe de collaborateurs de santé du contingent Henry Reeve partirait pour l’Afrique du Sud. Cette brigade était composée de 200 autres professionnels qui renforceraient la collaboration médicale dans ce pays, où 221 autres médecins travaillaient déjà (30). Comme d’habitude, les médecins étaient répartis dans différentes provinces. Cette fois, la brigade était composée de médecins, d’épidémiologistes, de biostatistes, de biotechnologues et d’autres spécialités (31). Les dirigeants politiques et différentes organisations, ainsi que le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, ont remercié la solidarité cubaine.

 

La Namibie est un autre pays ayant un lien étroit avec Cuba. Au stade d’avant l’indépendance, des centaines de Namibiens étaient venus à Cuba pour s’entraîner. Après la victoire du SAWPO et la création de la République en 1991, une coopération médicale s’est instaurée. Jusqu’en 2015, 1 345 coopérateurs de différentes branches étaient passés par la Namibie. Cette année-là, 88 spécialistes des sciences médicales travaillaient dans le pays. En 2020, ce chiffre était déjà de 4 300 coopérateurs. Actuellement 93 médecins, électromédicaux et infirmiers travaillent dans ce pays, ainsi que 21 architectes et 6 spécialistes de l’aquaculture. Dans le cadre de la confrontation avec le coronavirus, le gouvernement namibien a signé un nouvel accord de coopération sur la santé avec Cuba (mai 2020) (32) pour poursuivre ces liens. À ce jour, la présence de médecins cubains en Namibie n’a pas augmenté.

 

Une cinquième brigade de professionnels de la santé a également été envoyée en République de Guinée (Conakry) le 4 juin. Il ne faut pas oublier que des médecins cubains étaient dans ce pays lors de l’épidémie d’Ebola. Cette fois, le nouveau groupe arrivé dans ce pays ouest-africain était composé par 11 médecins et 10 infirmières (21 au total, dont 12 femmes) venues soutenir les médecins qui travaillaient déjà ici avant la pandémie (33). Dans le pays, 3 933 patients de Covid-19 ont été signalés, dont 2 332 s’étaient rétablis et 23 avaient perdu la vie.

 

Le 21 octobre 1976, le premier accord de collaboration scientifique et technique entre Cuba et la Guinée Bissau a été signé à La Havane, qui a initié des actions de coopération sanitaire entre les deux pays. Comme a été déjà indiqué, il s’est également concentré sur la formation des médecins dans le pays. En 2017, la brigade médicale comptait 34 collaborateurs. Dans le bilan annuel du travail de la brigade en 2019, il a été déclaré que l’activité d’assistance et d’enseignement avait été dépassée de 130%: plus de 120 mille cas, 600 accouchements avaient été suivis et près de 900 vies sauvées. À l’École de médecine Raúl Díaz Argüelles, 53 nouveaux médecins ont obtenu leur diplôme pour un total général de 441 diplômés (34).

 

En mars 2020, l’Afrique commençait à être affectée par la pandémie et la Guinée Bissau a confirmé son premier cas le 25 mars. Depuis lors, 1 614 positifs ont été signalés, dont 317 se sont rétablis et 22 ont perdu la vie (26 juin). Dans ce contexte, une nouvelle brigade Henry Reeve, composée de 23 coopérateurs, a rejoint les 43 qui travaillaient déjà dans ce pays. Ils ont été reçus (27 juin) par le Haut Commissaire à la lutte contre Covid-19, Mme Magda Rabalo et par l’ambassadeur de Cuba à Bissau, Raúl de la Peña Silva.

 

Début juillet, trois nouvelles brigades médicales se préparaient à partir en Afrique pour la Sierra Leone, la Guinée équatoriale et São Tomé et Príncipe dans le but d’unir leurs efforts contre le nouveau coronavirus. À ce jour – 5 juillet – neuf pays africains ont bénéficié de la présence médicale cubaine. Cette fois, 111 spécialistes cubains se sont joints à des autres (35). Le contingent qui travaillera à Sao Tomé-et-Principe est composé de 19 spécialistes et est dirigé par le Dr Adolfo Miguel Zorrilla Quiñones. Pendant ce temps, le Dr Bernardo Quintero Suárez dirige la brigade médicale de la Sierra Leone, qui est composée de 16 professionnels, dont 11 médecins et 5 diplômés en soins infirmiers (36).

 

La brigade arrivée en Guinée équatoriale est dirigée par le Dr Tania Balard et est composée de 76 collaborateurs, dont la plupart – 95% d’entre eux – ont effectué d’autres missions internationalistes. La Guinée équatoriale a alors signalé plus de 3 071 cas positifs, dont 842 guéris et 51 morts. Les médecins cubains renforceraient les soins d’urgence et les soins intensifs pour les patients atteints de coronavirus dans les principaux hôpitaux, comme celui de Sampaca et celui de Mondong dans la ville de Bata (37). Cette coopération est conforme aux accords signés entre Cuba et la République de Guinée équatoriale en matière de santé. Ils ont également reçu une petite cargaison de médicaments disponibles à Cuba qui avaient été utilisés pour soigner les malades (38).

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Tableau 6. Médecins cubains de la Brigade Henry Reeve en Afrique pour combattre Covid-19 (avril – juin 2020)

Pays

Médecins

Infirmière

Autres spécialités *

Total

Composition totale par sexe

M

F

Angola

188

24

2

214

78

136

Togo

6

3

2

11

8

3

Cap-Vert

5

10

5

20

11

9

Afrique du Sud

133

14

69

216

131

85

Guinée Conakry

11

10

21

9

12

Guinée-Bissau

8

10

5

23

9

14

Total

351

71

83

505

246

259

ource: propre élaboration

* Parmi les principales spécialités on peut trouver: hygiène et épidémiologie, biostatistes, électromédicaux et techniciens de laboratoire.

De cette façon, la présence médicale de Cuba en Afrique a continué de s’étendre, où les femmes ont été les principaux protagonistes. Aux 505 professionnels de la santé des Brigades Henry Reeve pour combattre Covid-19 en Afrique, 111 nouveaux spécialistes ont été ajoutés. Les informations publiées ne précisent pas les spécialités des membres, bien que les brigades précédentes soient composées principalement de médecins et d’infirmières, à la fois des spécialistes des soins intensifs et d’autres domaines médicaux. Ainsi, il y a 616 spécialistes cubains seulement sur l’Afrique, mais il y avait déjà un total de 38 brigades de contingents Henry Revee servant dans 32 pays à travers le monde.

 

C’est ainsi que s’est comportée la collaboration historique que Cuba a offerte aux pays africains. Grâce à la création d’un système de santé publique entièrement gratuit, à la formation de milliers de médecins et d’infirmières, ainsi qu’à la construction d’un vaste réseau d’infrastructures sanitaires, Cuba a pu exporter des services médicaux de haute qualité vers d’autres pays sous-développés, déjà contribuer aux formation de spécialistes de divers pays. La coopération Sud-Sud a toujours été au centre de la politique étrangère du gouvernement cubain, qui est restée inchangée.

 

Malgré l’hostilité de l’administration américaine actuelle contre Cuba (39) et en particulier contre les services médicaux, le gouvernement cubain a maintenu sa volonté de continuer à envoyer des médecins et des professionnels dans les pays africains qui en font la demande, ainsi que de poursuivre le transfert de technologie, la mise en œuvre de programmes d’alphabétisation et la lutte contre le paludisme. Les autorités cubaines ont exprimé, dans différents forums internationaux, que la coopération avec l’Afrique n’est pas à but lucratif et c’est l’un des aspects qui la distingue des autres pays.

 

Par conséquent, les perspectives de collaboration cubano-africaine restent positives et Cuba maintiendra son engagement à continuer de contribuer au développement social des pays du continent. Le président de la Commission de l’Union africaine, S.E. M. Moussa Faki Mahamat a reconnu le rôle historique et actif joué par Cuba en Afrique, en particulier dans les moments difficiles pour ce continent, et a souligné la présence de personnel médical cubain, d’abord dans les pays touchés par Ebola et maintenant, dans lesquels le coronavirus est combattu.

 

– MSc. Yoslan Silverio González est Chef du Groupe de L`Afrique et du Moyen-Orient, Centre du Recherche sur la Politique International (CIPI) – Cuba

Référence

(1) Paco Azanza Telletxiki. Internacionalismo cubano en África. 30 Septembre de 2015. Disponible sur: http://www.rebelion.org/noticia.php?id=203870

(2) Des dizaines d’étudiants palestiniens et sahraouis ont continué de recevoir des bourses pour se former professionnellement à Cuba, dans diverses spécialités, notamment en médecine.

(3) Uniquement dans le secteur de la santé publique, cette politique des États-Unis a provoqué, entre avril 2018 et mars 2019, des pertes évaluées à 104.148.178 $, soit 6.123.400 $ de plus que l’année précédente. Voir: Rapport de Cuba sur la résolution 73/8 de l’Assemblée générale des Nations Unies. Nécessité de mettre fin au blocus économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d’Amérique à Cuba. Juillet 2019. Minrex, p.11.

(4) Dans la capitale ghanéenne Accra, la mise en œuvre de ce programme a réduit la mortalité due au paludisme de 71%.

(5) Impacta en África programa cubano de lucha contra la malaria. 11 octobre 2009. Disponible sur: http://www.cubadebate.cu/noticias/2009/10/11/impacta-en-africa-programa-cubano-de-lucha-contra-la-malaria/#.WLYD5iODNLM

(6) Katheryn Felipe y Nuria Barbosa León. Cuba offers the world healthcare alternatives. November 17, 2015. Disponible sur: http://en.granma.cu/cuba/2015-11-17/cuba-offers-the-world-healthcare-alt…

(7) Cuba en el empeño por erradicar la malaria en África. 31 août 2013. Disponible sur: http://www.cubadebate.cu/noticias/2013/08/31/cuba-en-el-empeno-por-erradicar-la-malaria-en-africa/#.WLYD5yODNLM

(8) Salud y esperanza, el regalo de Cuba a África. 15 septembre 2014. Disponible sur: http://www.telesurtv.net/telesuragenda/Cuba-Africa-20140915-0030.html

(9) Socio-economic impact of the Ebola Virus Disease in Guinea, Liberia and Sierra Leone. United Nations Development Program, Policy Notes Volume 1, Numbers 1-5, 2014, p.9 y 10. Disponible sur: http://reliefweb.int/4B5987/FinalDownload/DownloadId-87/sites/reliefweb.int/files/resources/_web.pdf

(10) Fidel Castro. Colaboración cubana en la lucha contra el Ébola. Disponible sur: http://www.fidelcastro.cu/es/internacionalismo/colaboracion-cubana-en-la-lucha-contra-el-ebola

(11) Luis Raúl Vázquez Muñoz. “El ébola no perdona, y el juego tenía que ser perfecto”, en: Juventud Rebelde, Suplemento Científico Técnico, 31 de mayo de 2015, p. 3

(12) Reed G, Torres J. Training and retaining more rural doctors for South Africa. MEDICC Rev. 2008, pp. 49–51. Disponible sur: http://www.medicc.org/mediccreview/articles/mr_51.pdf

(13) South African–Cuban Medical Collaboration: students’ perceptions of training and perceived competence in clinical skills at a South African institution. 29 Sep 2015, pp. 74-79. Disponible sur: http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/20786190.220936

(14) Henry Morales. Ayuda Oficial al Desarrollo de Cuba en el Mundo. Guatemala, 2017, p. 66.

(15) Íbidem, p. 128.

(16) Íbidem, p. 130 y 131.

(17) MINSAP. Anuario Estadístico de Salud 2018, p. 188. Disponible sur: http://files.sld.cu/bvscuba/files/2019/04/Anuario-Electr%C3%B3nico-Espa%C3%B1ol-2018-ed-2019-compressed.pdf

(18) MINSAP. Anuario Estadístico de Salud 2019. p. 188. Disponible sur: http://files.sld.cu/bvscuba/files/2020/05/Anuario-Electr%C3%B3nico-Espa%C3%B1ol-2019-ed-2020.pdf

(19) Néstor Marimón Torres y Evelyn Martinez Cruz. La cooperación docente cubana en Guinea Bissau, una estrategia para alcanzar la cobertura universal de salud. Sociedad Cubana de Salud Pública, 26 novembre 2019. Disponible sur: http://www.revsaludpublica.sld.cu/index.php/spu/article/view/1727/1316

(20) Ídem, p. 5.

(21) Ídem, p. 5-7.

(22) MINSAP. Anuario Estadístico de Salud 2019. p. 127.

(23) Ministère des Affaires étrangères de Cuba.

(24) Ministros de Salud de Cuba y Djibouti firman Acuerdo de Cooperación. Minsap, 9 decembre 2019. Disponible sur: https://salud.msp.gob.cu/ministros-de-salud-de-cuba-y-djibouti-firman-acuerdo-de-cooperacion/

(25) Yoslan Silverio González. China y África Subsahariana: cooperación frente a la Covid-19. Observatorio de la Política China, 25 Mai 2020. Disponible sur: https://politica-china.org/areas/politica-exterior/china-y-africa-subsahariana-cooperacion-frente-a-la-covid-19

(26) Cuban medical brigade will fight COVID-19 in Angola. Cubanews/ACN. 27 Mars 2020. Disponible sur: http://www.cubanews.acn.cu/science/10515-cuban-medical-brigade-will-figh…

(27) Angola´s Cabinda supported by more Cuban doctors to fight Covid-19. Prensa Latina, Luanda, Angola, 11 mai 2020. Disponible sur: https://www.plenglish.com/index.php?o=rn&id=55589&SEO=angolas-cabinda-su…

(28) Cuba sends medical team to Cape Verde to fight Covid-19. Prensa Latina, Havana, 22 avril 2020. Disponible sur: https://www.plenglish.com/index.php?o=rn&id=54871&SEO=cuba-sends-medical-team-to-cape-verde-to-fight-covid-19

(29) Enrique Moreno Gimeranez. Presidente de Sudáfrica reconoce solidaridad de Cuba frente a la COVID-19. 27 avril 2020. Disponible sur: http://www.granma.cu/mundo/2020-04-27/presidente-de-sudafrica-reconoce-s…

(30) Sudáfrica dona a Cuba insumos para el combate de la COVID-19. Radio Habana Cuba, 23 avril 2020. Disponible sur: http://www.escambray.cu/2020/sudafrica-dona-a-cuba-insumos-para-el-combate-de-la-covid-19/

(31) Cuban Doctors Arrive to Help South Africa Fight Coronavirus. Associated Press. 27 avril 2020. Disponible sur: https://www.voanews.com/covid-19-pandemic/cuban-doctors-arrive-help-south-africa-fight-coronavirus

(32) Cuba y Namibia firman acuerdo de cooperación en salud. Prensa Latina, 23 mai 2020. Disponible sur: https://www.prensa-latina.cu/index.php?o=rn&id=368424&SEO=cuba-y-namibia…

(33) Cuban medical brigade arrives in Guinea to confront COVID-19. Radio Habana Cuba, 5 juin 2020. Disponible sur: http://www.radiohc.cu/en/noticias/nacionales/224868-cuban-medical-brigade-arrives-in-guinea-to-confront-covid-19

(34) Participa Embajador de Cuba en el Balance de la brigada Médica en Guinea Bissau. Minrex, 14 février 2020. Disponible sur: http://misiones.minrex.gob.cu/es/articulo/da-medica-en-guinea-bissau

(35) Cuba envía brigada médica a países de África por la COVID-19. Prensa Latina, 5 juillet 2020. Disponible sur: https://www.prensa-latina.cu/index.php?o=rn&id=379347&SEO=solidaridad-de-brigadas-medicas-de-cuba-continua-combate-a-covid-19

(36) Médicos cubanos contra la COVID-19 en África. Agencia Cubana de Noticias, ACN. Disponible sur: https://www.cubainformacion.tv/solidaridad/20200706/86929/86929-salen-tres-nuevas-brigadas-medicas-cubanas-sierra-leona-guinea-ecuatorial-y-santo-tome

(37) Bata est la capitale économique et la plus grande ville du pays. Voici le siège du Parlement de Guinée équatoriale. C’est aussi la capitale de la région continentale appelée Río Muni et de la Province Littorale. Elle a une population approximative de 230 282 habitants.

(38) Llegan a Guinea Ecuatorial 76 médicos cubanos para apoyar al país en la lucha contra el coronavirus. 6 juillet 2020. Disponible sur: https://ahoraeg.com/salud/2020/07/06/llegan-a-guinea-ecuatorial-76-medicos-cubanos-para-apoyar-al-pais-en-la-lucha-contra-el-coronavirus/

(39) L’une des dernières tentatives pour nuire à la collaboration médicale de Cuba est venue des sénateurs anti-cubains Rick Scott, Marco Rubio et Ted Cruz, qui ont présenté, le 17 juin 2020, un projet de loi intitulé “Stop Profits” du régime cubain », avec lequel ils exhortent le Département d’État à identifier les nations recevant des missions médicales. Les promoteurs ont indiqué que les pays d’accueil des médecins cubains seraient exemptés des sanctions pour autant qu’ils versent directement les salaires aux professionnels, rendent les contrats publics et n’effectuent pas de paiements supplémentaires à Cuba pour leur travail. Scott a déclaré que “tout pays qui demande une assistance médicale à Cuba soutient la traite des êtres humains”. Voir: Le président de Cuba recommande aux sénateurs américains de traiter de Covid-19. Prensa Latina, 19 juin 2020. Disponible sur: http://www.escambray.cu/2020/Presidente-de-cuba-recomienda-a-senadores-de-ee-uu-ocuparse-de-la-covid-19 /

Publié par Alainet

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