Bolivie : au bord d’un coup d’État électoral et politico-militaire

Par Katu Arkonada

Une fois le coup d’État consommé en novembre, une série de dispositifs ont été mis en place en Bolivie visant à légitimer un président putschiste arrivé au pouvoir de manière anticonstitutionnelle et oint par les militaires, qui étaient, avec la police, non pas les architectes mais les légitimistes du coup.

Un coup d’État qui a pu être consommé grâce une mauvaise décision de la direction du processus de changement, qui a fait démissionner la troisième personne dans la chaîne de succession, la présidente du Sénat, Adriana Salvatierra (MAS-IPSP), une fois qu’Evo et Alvaro ont quitté le pays pour le Mexique, laissant un vide de pouvoir non prévu par la Constitution politique de l’État.

Malgré cela, et l’installation d’un gouvernement de coup d’État au sein de l’Exécutif, il a été possible de maintenir la majorité des 2/3 que le MAS avait au Législatif, garantissant ainsi une dualité de pouvoirs, contrepoids à toute décision prise par la leader du coup d’État Jeanine Áñez. C’est pourquoi la date du 6 septembre pourrait être imposée pour tenir les élections qui, sans la pandémie, auraient eu lieu le 3 mai.

Mais l’urgence sanitaire, dont on pourrait penser qu’elle a permis à de nombreuses personnes de rester au pouvoir pour toujours, a été désastreuse pour les putschistes du gouvernement. Non seulement parce qu’ils ont mal géré la crise sanitaire, dans un pays dont les conditions d’isolement géographique ont contribué à contenir le virus, mais aussi parce que ces derniers mois ont été marqués par de nombreux scandales de corruption dans lesquels ont été impliquées diverses autorités du gouvernement putschiste, du président de la principale entreprise publique, YPFB, à la plus grande entreprise de télécommunications du pays, Entel, en passant par des commissions de plusieurs millions de dollars pour l’achat de respirateurs pour faire face à l’épidémie, qui ont conduit le ministre de la santé en prison.

Tout cela a fait que la classe moyenne urbaine, qui à l’époque a retiré son soutien au gouvernement d’Evo Morales, a méprisé les putschistes corrompus venus remplacer le MAS-IPSP, dont le candidat est Luis Arce Catacora, le ministre le plus performant en 14 ans de changement, et qui a mené la croissance de l’économie bolivienne aux niveaux  chinois.

Arce Catacora, qui était membre du PS-1 de Marcelo Quiroga Santa Cruz, est actuellement en tête dans tous les sondages, dépassant même dans certains cas 40 % des intentions de vote et avec plus de 10 points d’écart sur le second, ce qui est nécessaire pour gagner au premier tour.

C’est pourquoi les dirigeants du coup d’État ont mis en place une stratégie à deux variables :

Premièrement, il y a une tentative évidente de laisser Arce Catacora hors de la course électorale en annulant le statut juridique du MAS-IPSP, en raison de certaines déclarations où le candidat présidentiel commente certains sondages télévisés. La loi empêche la promotion des sondages par les partis en campagne, mais le fait est que Luis Arce n’a diffusé aucun sondage, ni montré de graphiques ou parlé de votes nuls ou blancs, et encore moins donné de détails sur une quelconque fiche technique, il l’a seulement commenté dans un studio de télévision, et en outre, jusqu’au 24 juillet, il n’entre pas de nouveau dans la campagne électorale, puisque le processus qui aurait dû être réalisé en mai, puis en août, et enfin en septembre, a été interrompu et suspendu en raison de la pandémie. Il est clair que le processus ne s’est pas poursuivi et que ce que les putschistes recherchent c’est un retour à l’époque où la Bolivie choisissait des présidents qui avaient entre 17 et 22 % des voix, en excluant les majorités sociales, en particulier le mouvement paysan indigène originel, qui est principalement représenté par le MAS-IPSP.

Mais en outre, et au cas où la voie juridico-électorale ne leur conviendrait pas, les putschistes, avec le ministre du gouvernement, Arturo Murillo El Bolas, et le ministre de la défense, Fernando López, travaillent à la création d’une guérilla indépendante des indigènes qui a notamment pour but de commettre des actes violents (incendies, pillages et même meurtres) contre la population civile afin d’en rendre le MAS responsable. Tout cela avec le soutien de la station de la CIA à l’ambassade des États-Unis à La Paz. Ce groupe irrégulier serait composé de militaires et de policiers en activité et à la retraite, pour la plupart d’origine indigène, ainsi que de membres de l’Union de la jeunesse de Crucena, une organisation d’extrême droite. Selon certaines informations, ce groupe aurait été formé par des mercenaires américains et israéliens en 2019 dans une ferme près de Santa Cruz de la Sierra, sous la supervision d’Erick Foronda, un agent de la CIA qui est actuellement le secrétaire privé de la fausse présidente Jeanine Áñez.

Parmi les responsables de cette opération se trouvent également Rolf Olson, du bureau politique de l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie, qui est le lien direct entre Murillo et López, ainsi que le commandant des forces armées, le général Sergio Carlos Orellana.

Si aucune des deux voies susmentionnées ne permet de renverser même le MAS qui est en tête des sondages, un coup d’État classique et surchargé avec Orellana et Murillo en tête ne peut être exclu.

Source Portal ALBA

Traduction FAL 33

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