Le Mexique face à son miroir

Gisela Brito et Guillermo Javier González

Vendredi 19 Juin 2020

Il y a deux ans, Andrés Manuel López Obrador est arrivé au pouvoir avec un grand soutien électoral et en tant que champion d’un projet de refondation de la nation mexicaine, un pays dont le système politique présente de graves problèmes structurels qui l’ont placé pendant des décennies à la limite de la démocratie quant à des questions aussi essentielles que le contrôle territorial et la sécurité publique. Les attentes d’un changement social progressif qui mettrait fin à un système corrompu ont depuis coexisté avec les préjugés qui persistent en tant qu’héritage d’un système corrompu.

Selon une lecture globale de la première enquête du CELAG réalisée au Mexique, qui est d’envergure nationale, la société est en pleine transition : en termes gramsciens, l’ancien ordre semble refuser de mourir (à bien des égards), tandis que le nouveau n’est pas (encore) capable de naître pleinement. Cette phase de transition constitue un horizon de possibilités qui reste ouvert, fondamentalement motivé par la grande popularité du président actuel et, en partie, par l’absence de leaderships pertinents dans le spectre de l’opposition.

L’un des principaux changements de paradigme proposés par la « Quatrième transformation » (4T) consiste à commencer à abandonner le regard suspicieux porté sur « les hommes politiques » afin de commencer à croire que ce nouveau projet et ceux qui l’incarnent seront capables de résoudre les problèmes sous-jacents. D’où la promesse emblématique d’AMLO de « balayer la corruption comme on balaye l’escalier : de haut en bas ».

Cette transition se reflète dans le fait que, bien qu’actuellement 37,1% des Mexicains considèrent qu’au-delà de celui qui gouverne, le principal problème structurel du pays est « l’impunité/corruption », dans le même temps, plus de la moitié des citoyens (52,9%) prennent position contre l’anti-politique et maintiennent que « tous les hommes politiques ne sont pas corrompus, certains sont honnêtes ». Cette proportion est conforme à l’évaluation du public concernant le président actuel.

Un an et demi après son entrée en fonction, la personne d’AMLO continue de susciter une très grande confiance. Plus de la moitié des Mexicains ont une image positive du président (55,3 %). De plus, les sentiments positifs (54,8%) concernant sa figure -affection, confiance, respect- sont presque le double des sentiments négatifs (29,6%) -déception, rejet. De plus, cette affinité est corrélée en termes d’identification des partis, puisque lorsqu’on demande aux Mexicains s’ils ont de la sympathie pour un parti politique, un quart d’entre eux choisissent MORENA – alors que le PAN et le PRI, les deux partis traditionnels mexicains, atteignent à peine 16 %.

Un autre chiffre illustre cette transition : actuellement, 38,4% des Mexicains pensent que le pays « vit un moment de profonde transformation », et la même proportion serait encline à se tourner vers AMLO s’il y avait de nouvelles élections demain. Cela indique qu’il existe un bloc enraciné qui lui est propre, ce qui sera un facteur déterminant dans la corrélation des forces pour faire face aux défis plus complexes que le gouvernement a devant lui, parmi lesquels la résolution du problème de l’insécurité des citoyens découlant de la pénétration du crime organisé, la question des migrations et les tensions avec les secteurs du pouvoir local, principalement les grandes entreprises.

En conclusion, l’arrivée au pouvoir de MORENA et le fort leadership de López Obrador ont réorganisé l’échiquier politique mexicain. AMLO exprime toujours le désir d’espoir dans une société qui rejette catégoriquement le modèle PRIAN, mais il est trop tôt pour mesurer la dimension transformatrice de son projet, d’autant plus dans un contexte rendu plus complexe par l’irruption de la pandémie et la l’importante détérioration sociale  conséquence au niveau local de la crise économique globale.

Gisela Brito est titulaire d’une maîtrise en analyse politique de l’Université Complutense de Madrid (UCM) et d’un diplôme en sociologie de l’Université de Buenos Aires (UBA). Elle est actuellement en doctorat en sciences politiques et relations internationales à l’UCM. Elle a effectué des études de troisième cycle en campagnes électorales et communication.

Guillermo Javier González

Guillermo González est diplômé en sociologie (UBA)  avec une spécialisation en diagnostic social ; il enseigne la sociologie à l’université de Buenos Aires (UBA). Il est actuellement en Master en études électorales à l’Université nationale de San Martín (UNSAM).

Traduction : FAL 33

Publié par :  https://www.celag.org/mexico-frente-a-su-espejo/

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*